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Lecture
Les races bretonnes, un patrimoine à protéger

L’écrivain et journaliste François de Beaulieu signe « Races bretonnes, une histoire bien vivante », un livre consacré aux animaux d’élevage de la région sur plus de deux siècles. Un beau récit conjointement publié par les éditions Apogée et l’écomusée de la Bintinais de Rennes.

livre
© Apogée-écomusée de la Bintinais

« Les races domestiques à petits effectifs sont des monuments historiques vivants. (…). Elles méritent d’être considérées comme des trésors nationaux et leurs éleveurs comme des conservateurs du patrimoine bénéficiant des financements adéquats » écrit François de Beaulieu dans l’introduction de son dernier ouvrage « Races bretonnes, une histoire bien vivante ». La réalité est malheureusement loin d’être réjouissante puisqu’au niveau mondial, 26 % des 7745 races de bétail locales sont menacées d’extinction.

Dans les régions françaises, la situation est également préoccupante : 80 % des 178 races locales sont encore considérées aujourd’hui comme menacées.

La Bretagne ne fait pas exception puisque le poney d’Ouessant, le bidet breton ou encore la vache de Carhaix, comme d’autres races de la région, sont éteintes. Elle compte désormais quatre races bovines, une race équine, trois races ovines, une race caprine, une race porcine et trois races de volaille.

Un combat de longue haleine

François de Beaulieu relate le combat mené par toutes celles et ceux qui ont montré leur volonté de sauvegarder les races bretonnes mises à mal par la politique d’après-guerre qui prônait notamment un nombre de races bovines restreint. Pour éclairer le lecteur sur l’état d’esprit de l’époque, l’auteur cite certains passages d’un texte intitulé « Les races bovines françaises » publié en janvier 1945 par Edmond Quittet, inspecteur général de l’Agriculture qui écrivait au sujet des races à faible effectifs : « Comment peut-on envisager l’élimination des autres ? Nul ne peut songer évidemment à une interdiction pure et simple d’élever des animaux appartenant à ces races. Par contre, on ne comprendrait pas que l’Etat continuât à encourager un élevage jugé indésirable. C’est donc en supprimant ses encouragements habituels qu’il orientera les races « condamnées » vers une disparition progressive ».

« Actes de résistance »

A la fin des années 1960, la prise de conscience de la disparition du monde rural traditionnel engendre les premières initiatives pour sauvegarder le patrimoine vivant, notamment la poule Coucou de Rennes. La vache Bretonne Pie Noir a elle aussi été sauvée de justesse grâce à un plan de sauvetage mis en place en 1975, le premier en France. Le mouton des Landes de Bretagne ou encore la chèvre des Fossés sont toujours là grâce à l’effort conjugués de passionnés. « La désormais longue histoire de la sauvegarde des races locales de Bretagne montre qu’elle est faite de multiples actes de résistance » note l’auteur.

Un ouvrage très documenté

Les 250 documents glanés par François de Beaulieu, dont beaucoup d’inédits, montrent au cours de deux siècles la place prédominante occupée par les animaux domestiques dans le quotidien des Bretons, jusque dans les églises puisque six saints pouvaient intervenir en faveur des bovins, six pour les porcs et deux pour les moutons ! Tableaux, gravures, sculptures, les arts ne sont pas en reste puisque le animaux ont inspiré de nombreux artistes dont Jacques Raymond, un peintre animalier bordelais qui a été un des tous premiers à représenter une vache Bretonne Pie Noir en 1830. Ce livre illustre comment chevaux, vaches, moutons, chèvres, ânes, cochons de la région ont accompagné les Bretons pendant des millénaires et explore les liens originaux qu’ils ont tissé.

Des races d’hier tournées vers demain

Outre l’intérêt à conserver les races locales d’un point de vue génétique exposé dans son ouvrage, François de Beaulieu explique : « Sauf cas très particulier, la conservation n’a d’avenir que véhiculée par des éleveurs professionnels vivant en assez grand nombre de leur activité. En préservant les races, ils préservent des produits originaux, des paysages, du patrimoine, une expérience, une culture, des savoir-faire, une agriculture à échelle humaine. Leur travail, leur persévérance , leur intelligence, leur sensibilité sont pour beaucoup dans leur réussite, mais celle-ci tient à la vente de leurs produits et à un portage collectifs de leurs ambitions. C’est pourquoi il est essentiel de mieux faire connaitre les races domestiques de Bretagne ».

Ce livre est publié dans le cadre de l’exposition « Races bretonnes, une histoire bien vivante ! » conçue par l’écomusée de la Bintinais et présentée du 26 novembre 2022 au 3 septembre 2023.

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