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Comment maîtriser le déficit énergétique ?

Acétonémie, perte d’état, chute de la production, défenses immunitaires amoindries… Autant de conséquences associées au déficit énergétique. La prévention démarre dès le tarissement.

Parmi les fraîches vêlées, plus d’une vache sur cinq souffre d’acétonémie clinique ou subclinique. © E. Bignon
Parmi les fraîches vêlées, plus d’une vache sur cinq souffre d’acétonémie clinique ou subclinique.
© E. Bignon

Le début de lactation se caractérise par une forte production de lait par rapport au niveau d’ingestion de la vache. Son appétit ne lui permet pas de couvrir ses besoins en énergie. Elle doit donc puiser dans ses réserves corporelles. C’est un phénomène normal mais qui ne doit pas durer. On évoque souvent le déficit énergétique après le vêlage, mais celui-ci peut commencer deux à trois semaines avant la mise bas. Quelques règles évitent les écueils qui pénalisent souvent les débuts de lactation.

1 Pas de vache grasse au vêlage

Plus une vache est grasse au vêlage, moins elle aura d’appétit en début de lactation. Elle aura tendance à maigrir énormément, voire fondre littéralement. Plus ses réserves corporelles sont importantes, plus elle mobilisera du gras. Ces acides gras vont inonder et saturer le foie. Il s’ensuit une dégradation incomplète des graisses, avec production de corps cétoniques. La vache tombe alors en acétonémie, perd son appétit et c’est le début de l’engrenage… Si une vache arrive grasse au vêlage, mieux vaut stimuler son appétit et tout faire pour réduire son stress.

L’idéal est d’amener les vaches au vêlage avec un état corporel de 3,25 à 3,75. Les hautes productrices doivent disposer de suffisamment de réserves corporelles pour assurer le pic de lactation mais pas trop non plus pour éviter un amaigrissement rapide et excessif.

2 Un système digestif bien développé

La prévention du déficit énergétique passe aussi par une bonne préparation du système digestif pendant la période sèche : le rumen, l’intestin grêle et le gros intestin. Ils doivent être à l’optimum le jour J. Pour cela, il faut d’une part maintenir la taille des papilles ruminales et des villosités intestinales, pour que l’animal soit apte à digérer une ration riche en énergie après vêlage. Et d’autre part, assurer un bon remplissage du rumen pour préserver le volume de la panse et sa motricité.

En début de tarissement, une ration à faible densité énergétique et fibreuse est adéquate. Mais en fin de gestation, les besoins nutritionnels augmentent alors qu’en parallèle la capacité d’ingestion diminue. C’est pourquoi, il faut éviter à tout prix de descendre en dessous de 12 kilos de MS ingérée dans les quinze derniers jours. Plus une vache tarie ingère avant le vêlage, plus elle ingérera après, et moins elle aura à mobiliser ses réserves corporelles. En fin de tarissement, il est essentiel de maintenir le niveau de concentration énergétique de la ration au regard des quantités de matière sèche ingérée. Et si les fourrages utilisés en lactation sont différents, c’est aussi le moment de les réintroduire pour que la flore ruminale s’y adapte.

3 Des vaches en forme pour ménager le foie

« Traditionnellement, on associe l’origine de la cétose à la mobilisation des graisses mais une autre hypothèse met également en avant la capacité limitante du foie dans sa fonction de désintoxication en début de lactation, avance Arturo Gomez, responsable R & D ruminants chez Zinpro. En effet, si une vache présente des problèmes de santé au vêlage, son foie va en priorité synthétiser de nombreuses protéines impliquées dans la réponse immunitaire pour lutter contre l’infection, mais pendant ce temps il ne pourra pas produire d’autres sources d’énergie et faire face à l’afflux de corps gras. » Il est donc important que les vaches arrivent toniques et en forme au vêlage, sans pathologie particulière, afin que le foie soit le plus disponible possible pour assurer le métabolisme énergétique.

4 Stimuler l’ingestion en début de lactation

« Le premier mois après le vêlage, la ration doit être sécurisée. Il faut la raisonner en privilégiant la santé des vaches plutôt que la production », insiste Arturo. La ration doit être appétente, accessible, et riche en fibres digestibles. Veillez à ce que la ration ne soit pas trop acidogène. Évitez les excès d’amidon et maintenez un niveau de fibrosité suffisant. Misez sur une augmentation progressive des apports en concentrés. D’autant qu’avec une capacité d’ingestion limitée, les animaux privilégient les concentrés aux fourrages. « La présentation physique compte beaucoup. Les fibres doivent être coupées courtes (2-3 cm) pour éviter le tri. La ration doit être appétente, riche en fibres digestibles. »

Attention aussi à ne pas négliger l’abreuvement. La quantité d’eau offerte doit être suffisante. Toute diminution de consommation peut diminuer l’ingestion jusqu’à 30 % ! Multiplier les points d’eau limite la compétition. Tablez sur 8-10 cm de linéaire d’abreuvoir par vache.

5 Réagir vite

« Toute baisse d’ingestion doit alerter. Cet indicateur n’est pas facile à apprécier quotidiennement, mais c’est le plus sensible, estime Arturo. On peut évaluer l’appétit en observant le comportement des vaches après chaque traite. Une vache qui ne s’approche pas de l’auge, c’est le signe que quelque chose cloche. » Il faut tout de suite s’interroger. Souffre-t-elle de métrite ? Fait-elle une rétention placentaire ? Boite-t-elle ? A-t-elle une mammite ? La note d’état corporel et le score de remplissage du rumen donnent aussi une indication du statut énergétique de l’animal.

« Une augmentation de la température rectale entre la première et la seconde semaine de lactation est un autre indicateur. Si la température d’une vache monte à 39,5 au lieu de 39°C, il faut la garder à l’œil. » L’évaluation de la production journalière peut aussi alerter avec un décalage de 24 à 48 heures, mais le plus important reste d’évaluer son appétit.

Le dosage des corps cétoniques dans le lait ou le sang constitue également un outil facile à mettre en place pour surveiller la rapidité, l’intensité et la durée de l’amaigrissement.

Si les vaches maigrissent trop en début de lactation, le recours aux précurseurs du glucose, tels que le propylène glycol, est indiqué.

Le saviez-vous ?

L’écart TB-TP n’est pas toujours un critère suffisant pour statuer d’une acétonémie. On trouve des vaches avec un écart TB-TP quasi normal qui affichent pourtant un score acétonémie fort lors du dosage des corps cétoniques dans le lait. Et vice versa.

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