Allô véto : la nécrobacillose chez un veau, douloureuse et odorante
La nécrobacillose, aussi appelée chancre, provoque des lésions douloureuses dans la bouche du veau, qui dégagent une forte odeur. Pour guérir la pathologie, des soins locaux sont indispensables.


« Bonjour, j’ai un veau qui bave et qui sent très mauvais. Est-ce que tu peux passer le voir ? » En ces périodes de FCO, avoir un appel pour un animal qui bave devient une routine. Ce n’est pas à prendre à la légère : un bovin avec une fièvre aphteuse va également baver, tout comme celui avec une pneumonie carabinée. Le traitement, le pronostic et la prévention ne sont pas du tout les mêmes à l’échelle de l’animal et du cheptel.
Ce veau est le seul mal en point dans la nurserie. Il est né il y a trois semaines et bave depuis quelques jours. L’appétit est un peu capricieux, il n’y a ni diarrhée, ni boiterie, ni omphalite, ni troubles respiratoires et la température rectale est normale. Par contre l’odeur, même de loin, est atroce.
À l’ouverture de la bouche, on trouve facilement l’origine de l’odeur : une plaque de nécrose blanchâtre, qui occupe tout l’avant du palais. Les lésions sont douloureuses à la palpation, ce qui explique la gêne lors de la tétée. Aucune lésion sur la langue n’est à signaler, rien non plus à l’intérieur des joues.
Les maladies type FCO, fièvre aphteuse sont exclues en l’absence d’autres symptômes (boiterie, fièvre…). Les pathologies propres à la bouche et provoquant des écoulements de bave sont nombreuses. Il n’y a pas d’abcès dentaire, rien qui empêche mécaniquement la déglutition, pas de langue de bois (actinobacillose), ni de langue trop grosse. C’est la douleur qui est à l’origine des difficultés à avaler, et ces tissus blancs et morts sont typiques d’une nécrobacillose.
Une bactérie, plusieurs pathologies
Cette lésion, qu’on appelle aussi chancre, est due à une bactérie appelée Fusobactérium. Elle peut causer des laryngites et est également responsable d’une pathologie très commune en élevage bovin : le panaris. Dans la bouche des jeunes veaux, elle s’installe à la suite d’un petit traumatisme (piqûre par un fourrage un peu vulnérant le plus souvent, c’est-à-dire qui provoque des blessures) : il n’y a donc pas de contagion directe d’un animal à un autre, mais plusieurs animaux peuvent être touchés dans un même élevage, notamment lors de troubles immunitaires (mauvaise absorption colostrale, carence en sélénium ou en iode). Une fois installée, la bactérie prolifère sur la langue, les joues, ou le palais comme c’est le cas ici, en créant un ulcère, parfois très profond, recouvert d’un enduit blanchâtre et nauséabond de nécrose.
Pour guérir la génisse de sa nécrobacillose, les soins locaux sont indispensables : nettoyage de la nécrose en tâchant d’enlever le maximum d’enduit blanchâtre, dans la limite de la résistance du veau à la douleur, et application d’antibiotique (oxytétracycline) pulvérisé sur des compresses et tamponné sur la plaie. On aurait également pu utiliser des huiles essentielles « antiseptiques », « anti-nécrosantes » ou « cicatrisantes », comme le laurier noble et le tea tree. L’antibiothérapie par voie générale peut également être nécessaire (oxytétracycline également) si les lésions sont avancées ou trop profondes pour être nettoyées. Le pronostic est généralement bon, avec une guérison attendue en deux semaines environ. La multiplication des cas doit amener à vérifier la qualité du fourrage et l’immunité des jeunes bovins.
Face à un animal qui bave, ce qu’il faut examiner dans la bouche
• Mobilité de la langue. Si elle est grosse et peu mobile : langue de bois/actinobacillose, macroglossie (veau naissant avec une très grosse langue)
• Blessure de la langue
• Zone de nécrose sur la langue : chancre/nécrobacillose
• Présence d’ulcères sur la langue, les gencives : attention, nombreuses maladies graves comme la FCO, la fièvre aphteuse ou la BVD
• Présence d’autres symptômes : gonflement de l’auge, gonflement au niveau de la mâchoire, odeur, saignement
• Vérifier aussi les boiteries, la température, etc.