Assurances agricoles
« La gestion du risque devient cruciale pour les exploitations » estime Jean Cordier
Assurances agricoles
Aux États-Unis, des outils d´assurance permettent aux farmers de se prémunir contre des baisses de rendement ou de prix. Commentaires de Jean Cordier, professeur d´économie à l´Agrocampus de Rennes, à l´heure où l´on parle assurance-récolte en France.
Quels sont les outils de gestion du risque mis en place aux Etats-Unis ?
Jean Cordier - Les États-Unis disposent de nombreuses mesures visant à protéger le revenu de leurs producteurs : baisse des prix compensée par les marketing loans, paiements directs, soutien à l´exportation. Par ailleurs, les outils de gestion des risques sont nombreux et variés et, au fil des années, ils deviennent de plus en plus complexes !
Des aides en cas de calamités naturelles sont déclenchées selon le besoin par le Congrès ; par ailleurs, des programmes d´assurance permettent aux farmers de se prémunir contre les variations d´une part de leurs rendements (bien plus variables que chez nous) - c´est ce qu´on appelle l´assurance-récolte -, d´autre part de leurs chiffres d´affaires - c´est l´assurance-revenu.
Depuis le début des années quatre-vingt, les pouvoirs publics ont misé sur le développement des programmes d´assurance dans l´objectif de restreindre les aides directes en cas de calamités naturelles. Pour cela, ils subventionnent les primes payées par les producteurs, rémunèrent les compagnies d´assurance pour leur gestion des contrats et prennent en charge la part la plus risquée de la ré-assurance.
Quelles cultures sont assurées et quelles surfaces sont concernées ?
J. C. - Les programmes d´assurance sont disponibles pour près de 90 cultures dont une majorité de fruits et légumes. En 2003, pour les principales productions (céréales, oléagineux et coton), le taux d´assurance frôle les 80 % des surfaces cultivées ; 32 % des surfaces sont couvertes par l´assurance-récolte et 46 % par l´assurance-revenu.
Pourquoi la question d´assurance-récolte se pose-t-elle en France ?
J. C. - La réforme de la Pac de 92 a accru l´exposition des exploitations aux risques de marché en augmentant la variabilité des cours. Auparavant, les organisations de marché offraient des prix garantis, stables. Ce n´est plus le cas. Le découplage des aides, et l´amorce de leur modulation, augmentent encore les risques pour les exploitations. A cela il faut ajouter de plus grands risques au niveau des rendements, suite aux contraintes liées à la qualité (déclassement de lots à cause de présence de mycotoxines par exemple), à la préservation de l´environnement (arrêt de certaines molécules.). La gestion du risque devient cruciale dans une exploitation agricole.
Pourquoi ne pas imaginer un système d´assurance-récolte au niveau européen ?
J. C. - Le développement très subventionné de l´assurance-récolte aux États-Unis a permis de produire dans des États à risque. L´assurance-récolte n´est pas neutre sur la production. D´une façon purement technique, elle conduit à la spécialisation des régions. Supposons un régime d´assurance au niveau de l´Europe. on assisterait, comme aux États-Unis, à une spécialisation des régions, voire des pays. Une telle orientation semble difficilement imaginable en Europe à court terme, surtout si l´on parle d´aide publique européenne. Par contre des projets régionaux sont envisageables.
Quelles leçons tirer de l´expérience nord-américaine ?
J. C. - Pour que cela marche, il faut que le système soit équitable, c´est-à-dire que chacun paye en fonction des risques encourus sur son exploitation. Cela suppose de bien connaître ce que l´on assure et le niveau de risque. En France, on manque singulièrement de données. Sur la variabilité des prix de marché d´abord. puisque, pendant longtemps, existaient des systèmes de prix garantis ou de régulation de l´offre comme l´intervention ou les quotas de production. On ne sait pas ce qu´auraient été les prix de marché en l´absence de ces mécanismes.
On manque aussi de références sur les rendements individuels des exploitations. or les assurances ont pour base des références historiques en terme de rendement et de prix.
C´est un premier élément. Ensuite, aux États-Unis comme au Canada, les programmes de gestion des risques font partie intégrante de la politique agricole. Ces pays ont testé de nombreux outils et méthodes. Pour la France et l´Europe, nous manquons d´un cadre politique sur la gestion des risques agricoles. L´expérience nord-américaine est très intéressante pour savoir comment faire mais ne peut fixer les objectifs politiques.
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