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« L’enjeu de la pomme de terre à très court terme c’est la météo mais à moyen terme c’est de nous mobiliser collectivement pour s’adapter aux futures attentes »

Joanny Dussurgey est le nouveau président du CNIPT, l’interprofession française de la pomme de terre pour le frais. A l’occasion d’une interview avec FLD où il dresse sa feuille de route, il revient aussi sur les emblavements prévus en France et en Europe dans un contexte de météo très humide, la disponibilité en plants et une demande industrielle qui va aller croissant.

Plantation de pomme de terre variété markise, sous contrat avec un industriel de la transformation agroalimentaire Mc Cain. Agriculteur. Plant de pommes de terre
La demande des industriels de la pomme de terre est attendue en croissance pour les prochaines années, au regard des investissements faits en France. Photo d'archives Réussir
© J.-C. Gutner

Joanny Dussurgey, dirigeant de l’entreprise de négoce Select’up, est le nouveau président du CNIPT, l’interprofession de la pomme de terre pour le frais, depuis le 14 mai. Pour FLD, il a dressé la feuille de route de l’interprofession et les challenges auxquels la filière pomme de terre doit répondre.

A l’occasion de cette interview, réalisée le 10 juin, le président du CNIPT a aussi fait le point sur les emblavements de la campagne à venir et la disponibilité en pomme de terre française pour tous les débouchés, à court terme mais aussi à moyen terme.

Lire aussi : Pomme de terre origine France : pourquoi il faut craindre des tensions sur les approvisionnements

 

FLD : Certains industriels s’inquiètent de la future disponibilité en pomme de terre françaises. A moyen terme, aura-t-on assez de pommes de terre pour répondre à toutes les demandes ?

Joanny Dussurgey : Effectivement, on observe des constructions d’usines de transformation de pomme de terre sur le territoire français et il y aura des besoins qui devront trouver preneurs. Mais cette situation montre que la pomme de terre française est attractive ! C’est un bon problème à avoir.  On aurait bien plus à s’inquiéter d’un manque d’investissement dans la filière française. A nous entreprises de toute la filière de construire une offre structurée qui puisse répondre à toutes les demandes, du frais, de la frite, de la chips, de la fécule, des autres agro-industries.

Les débouchés de la pomme de terre française (avant 2020)

(sources : CNIPT d’après données 2014-2018 Agreste, douanes/Eurostat, GIPT et déclarations internes CNIPT) 

* Le marché français du frais = 17 % ; 

* L’export = 43 % ; 

* Le marché français de la transformation = 21 % (dont les deux tiers partent pour la fabrication de frites surgelées et de purées en flocons) ; 

* Les autres débouchés (alimentation animale, pertes, autoconsommation des agriculteurs) = 19 %.

« Ces investissements par les industriels sur le territoire français montrent que la pomme de terre française est attractive ! »

 

FLD : A plus court terme cependant, on observe une pression sur la disponibilité des plants de pomme de terre. Et les conditions météorologiques du printemps ne sont pas favorables aux emblavements de pomme de terre…

Joanny Dussurgey : Sur la question des plants de pomme de terre : aujourd’hui on a un maintien des surfaces pour l’année à venir, le travail a été fait. Mais, oui, il y a un enjeu à moyen terme pour le maintien de la production de plants. Ce n’est pas un métier facile. Cet enjeu nous concerne tous, puisque notre filière est interconnectée. 

Lire aussi : Chine : pourquoi la culture de la pomme de terre y est en forte progression ?

 

FLD : Et pour les emblavements de la campagne à venir ?

Joanny Dussurgey : Comme vous le savez, les conditions de l’année sont complexes, avec des excès d’eau, et ont pour impact premier un retard dans les délais d’emblavement. En agriculture un retard peut ne rien vouloir dire mais pour le moment on se semble pas se diriger vers un comblement du retard. Concernant les emblavements globaux, on serait plutôt à l’équilibre : entre le maintien et +4 % au niveau européen, et une tendance similaire en France. La filière s’est mobilisée pour planter tous les calibres disponibles afin de répondre à la demande, et la grande distribution a bien joué le jeu en ouvrant le cahier des charges variétal afin de fluidifier le marché. C’est un bel exemple de réactivité collective.

« La filière s’est mobilisée pour planter tous les calibres disponibles et la grande distribution a bien joué le jeu en ouvrant le cahier des charges variétal. C’est un bel exemple de réactivité collective. »

 

FLD : Comment se passe la campagne de pomme de terre primeur ?

Joanny Dussurgey : Elle commence tout juste ! Cette campagne de pomme de terre primeur observe elle aussi du retard, dans le contexte météorologique actuel. Nous pensons que nous ne serons pas sur des rendements historiques. Et avec les rendez-vous que la France va connaître [Jeux olympiques et paralympiques], nul doute que la demande sera au rendez-vous et que la pomme de terre primeur trouvera son client.

Lire aussi : Pomme de terre : pourquoi la primeur peut-elle tirer son épingle du jeu ?

 

FLD : Finalement, l’enjeu de la pomme de terre, c’est la météo ?

Joanny Dussurgey : L’enjeu de la pomme de terre à très court terme c’est la météo. Mais à moyen terme, il s’agit surtout de notre capacité à faire évoluer nos systèmes, nos pratiques et nos exigences, de manière fluide, pour répondre aux attentes des consommateurs mais aussi de la société (loi Agec, Egalim…). Nous le ferons, comme nos prédécesseurs l’ont fait et comme nos successeurs le feront aussi. Avec du travail et de l’écoute, la co-construction se fait.

« L’enjeu de la pomme de terre à très court terme c’est la météo. Mais à moyen terme, il s’agit surtout de notre capacité à faire évoluer nos systèmes, nos pratiques et nos exigences pour répondre aux attentes des consommateurs mais aussi de la société »

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