Aller au contenu principal

Enedis reconnu coupable du comportement anormal de ses vaches, une victoire pour l’éleveur laitier

Le tribunal judiciaire d’Alençon vient de reconnaître Enedis responsable de la dégradation de l’état de santé des vaches laitières de l’exploitation d’Alain Crouillebois à La Baroche sous Loucé dans l’Orne lors de l’enfouissement d’une ligne à haute tension à quelques mètres de son exploitation. Les réactions de l’éleveur.

 

Alain Crouillebois vache ligne à Haute tension Enedis
Alain Crouillebois éleveur laitier dans l'Orne a retrouvé un troupeau de 70 vaches Prim'Holstein en bonne santé après le déplacement de la ligne à haute tension.
© EARL Le Petit Quince

Installé depuis 1997 sur une exploitation laitière dans l’Orne, Alain Crouillebois voit son troupeau fortement perturbé après l’enfouissement en 2011 d’une ligne électrique de 20 000 volts à quelques mètres de son exploitation à La Baroche-sous-Lucé dans l’Orne. L’éleveur avait obtenu en 2019 le déplacement de la ligne et s’apercevant de l’amélioration de son troupeau a décidé d’attaquer le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité Enedis pour le préjudice subi durant huit ans.

Le Tribunal d’Alençon vient de lui donner raison en reconnaissant « qu’il existe des présomptions graves précises fiables et concordantes démontrant que le comportement anormal des animaux, leur état de santé et la production laitière diminuée est la conséquence directe et certaine de l’installation de la ligne souterraine de 20 000 V et du transformateur à quelques mètres de son exploitation », selon le jugement que nous avons pu consulter en partie. Et de condamner Enedis à lui verser quelque 140 000 euros d’indemnités à l’élevage.

Contacté par téléphone l’éleveur laitier nous livre sa réaction, alors qu'Enedis annonce faire appel de la décision et conteste toujours " fermement les arguments avancés par la partie adverse" selon un communiqué transmis à la presse locale. "Nos équipes en région échangent régulièrement avec les agriculteurs et les éleveurs afin de les accompagner dans leurs projets. Nous sommes à l’écoute des difficultés qu’ils peuvent rencontrer " indique la société.
 

Selon le délibéré du Tribunal d’Alençon que vous avez reçu le 8 novembre, Enedis a été reconnu coupable du comportement anormal de vos animaux, une victoire pour vous ?

Alain Crouillebois : La responsabilité d’Enedis est engagée, c’est une victoire pour moi et une première pour toutes les autres victimes des courants vagabonds (encore appelés courants parasites, NDLR). Entre 1996 et 2011, quand la ligne électrique était aérienne mon élevage n’avait aucun souci. En 2011, la ligne de 20 000 volts a été enfouie à 15 mètres de mon bâtiment et un transformateur à 20 mètres. J’ai rapidement commencé à constater un comportement anormal de mes vaches, et ai vu les résultats chuter durant six mois au niveau du robot de traite. J’ai alors remis en cause toutes mes techniques, de ventilation du bâtiment, d’alimentation, sur le point de vue sanitaire. Tout était clean.

Je me suis battu pour faire déplacer la ligne et comme par magie le troupeau a redémarré

Enedis est venu contrôler et n’a rien trouvé d’anormal. Je me suis battu pour faire déplacer la ligne de 150 mètres, à mes frais (12 000 euros d’acompte payés sur les 70 000 facturés par Enedis ensuite l’éleveur a refusé de payer, NDLR) en 2019. Et comme par magie le troupeau a redémarré !
 

Comment avez-vous pu prouver tout cela ?

Grâce à des constatations, avant, pendant et après l’enfouissement de la ligne via le protocole GPSE (groupe de travail permanent sur la sécurité électrique dans les exploitations agricoles), mis en place sous l’égide du ministère de l’Agriculture. Ma technique a d’abord été mise en cause, mais en étudiant mon élevage les experts n’ont rien trouvé d’anormal. J’ai aussi pu montrer les résultats de mon robot de traite.


Espérez-vous que cette décision fera jurisprudence ?

Oui je l’espère pour tous les éleveurs pris dans cette tourmente. J’espère aussi qu’on va enfin lever le voile sur tous ces courants vagabonds générés par les courants électriques.

J’espère qu’on va enfin lever le voile sur tous ces courants vagabonds


En revanche, le montant des indemnités de 140 000 euros demandés par le tribunal à Enedis ne vous convient pas il me semble…

Mes pertes avaient été évaluées entre 700 et 800 000 euros pour l’exploitation laitière, plus la compensation du temps passé sur l’affaire et le préjudice moral (avec une tentative de suicide et un divorce…), le tout estimé à 1 million d’euros. Le tribunal a retenu une indemnisation pour la perte de production, l’augmentation des frais vétérinaires (de 8000 à 24000 euros par an) et le temps passé mais rien pour le préjudice moral.

J’ai retrouvé ma vie d’éleveur avec un troupeau normal


Comment se porte votre troupeau aujourd’hui ?

J’ai retrouvé ma vie d’éleveur avec un troupeau normal. L’effet épigénétique joue, les vétérinaires me disent qu’il faudra attendre 5 ans pour que mon troupeau retrouve son potentiel mais ça repart, je le constate au niveau du robot de traite, avec la fréquence de traite et la fin des problèmes d’échec de traite. Lactalis m’a envoyé une attestation pour me dire que mon lait retrouvait la catégorie A+, comme avant 2011. Parfois ça me donne la chaire de poule. Je me demande comment j’ai pu tenir pendant 10 ans en travaillant 100 heures par semaine.
 

Enedis va faire appel, comment réagissez-vous ?

On va voir comment Enedis réagit face à la médiatisation de mon combat. TF1 était chez moi ce matin, un sujet est passé au 13h et repasse ce soir au JT de 20 heures. Beaucoup de journalistes m’appellent. Je poursuis le combat pour les autres victimes. Il y a beaucoup de projets d’enfouissement de lignes près d’élevages ou de parcs éoliens et autres antennes relais. Je sollicite les élus pour intervenir et expliquer mon expérience à travers une vidéo. Quand je montre les photos chocs de veau de 85 kg à six mois au lieu de 200 kg, les gens sont ébahis.

Les plus lus

<em class="placeholder">vache équipée pour mesure de courant électrique continu</em>
Courants parasites : un prototype embarqué sur vache laitière permet de mesurer en continu les courants perçus par l’animal

Les méthodes actuelles de diagnostic électrique, en élevage, ne permettent des mesures qu’à un instant t. C’est pourquoi un…

<em class="placeholder">Nicolas Legentil, éleveur normand et co-président de l’AOP FMB Grand Ouest et Normandie</em>
« J’ai deux acheteurs, Lactalis et Savencia, deux tanks mais seul le camion Eurial me collecte dans le Calvados »

Bloqué dans son développement par un contrat avec Lactalis pénalisant tout dépassement, Nicolas Legentil, éleveur laitier dans…

Cyril Mignon, éleveur laitier dans le Finistère
Monotraite partielle : « À 10h30, l’astreinte de la journée est terminée dans mon élevage laitier du Finistère »

Réduire l’astreinte tout en palliant les annuités liées à son installation, c’est un challenge qu’aimeraient voir aboutir…

<em class="placeholder">Vincent Guérin, éleveur dans le Calvados</em>
Courants parasites en élevage : « Le problème venait de mes racleurs dans le Calvados »

À l’EARL de la Pérouze, dans le Calvados, les soucis de courants parasites ont commencé en 2012. L’année d’implantation de…

<em class="placeholder">Alice Nothhelfer, vétérinaire consultante</em>
Abreuvement : « Le manque d’eau freine la production dans neuf élevages sur dix »
L’incidence d’un apport d’eau insuffisant sur les performances et la santé des vaches reste souvent peu palpable en élevage.…
Carte de la répartition des foyers déclarés de FCO 3 en France, à date du 13 mars 2025.
FCO 3 : moins de 100 foyers en une semaine et libre circulation des bovins sur le territoire national

À date de jeudi 13 mars 2025, le ministère de l'Agriculture annonce 10 410 cas de fièvre catarrhale ovine sérotype 3. La…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 96€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière