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Livre
Droits : « Les animaux sont protégés d’à peu près rien » selon Florence Burgat

« Les animaux ont-ils des droits ? », l’ouvrage de Florence Burgat publié par La Documentation française dresse un état des lieux sur la condition animale et sur la prise en compte du bien-être animal dans la législation.

droits des animaux
© La documentation française

Dans son ouvrage "Les animaux ont-ils des droits?" Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à Inrae, affectée à l’Ecole normale supérieure, Inrae-ENS, affirme que contrairement à une idée reçue, la condition des animaux s’est considérablement dégradée au fil des siècles. Alors que nos connaissances sur les dispositions biologiques et psychologiques des animaux ne cessent de s’enrichir, nous exploitons et tuons toujours plus d’animaux, ce qui est paradoxal, selon Florence Burgat. Un second paradoxe est pointé par l’auteur : « Jamais l’humanité n’a eu si peu besoin des animaux pour sa survie ou même son développement ». Et de pointer quelques chiffres : 70 % de tous les oiseaux sont des oiseaux d’élevage destinés à la boucherie (« volaille ») et 60 % des mammifères sont constitués par le bétail.
 

La notion d’intérêt au cœur du débat

Selon Florence Burgat, la notion d’intérêt est au cœur du débat sur les droits des animaux, c’est-à-dire le fait que telle ou telle condition de vie, tel ou tel traitement est, ou non, dans leur intérêt. Dans la discussion sur le fondement des droits des animaux, l’auteur rappelle l’existence de deux pensées : « L’une tient la sensibilité pour critère nécessaire et suffisant pour se voir reconnaître des droits, l’autre opte au contraire pour la faculté rationnelle, ou selon une terminologie contemporaine pour les capacités cognitives ». Dans la même veine, on parle aujourd’hui de welfarisme et d’abolitionnisme.

Le premier terme, welfarisme, qui renvoie au mot anglais welfare (bien-être) implique que l’environnement où sont maintenus les animaux soit adapté à leur mode de vie propre (explorer, se déplacer largement, voler…) et qu’ils ne soient ni affamés, ni assoiffés, ni blessés, ni malades.

L’abolitionnisme est un courant de pensée qui défend l'abolition de toute forme d'exploitation des animaux par l'être humain. L'abolitionnisme affirme que tous les êtres sensibles, qu'ils soient humains ou non, partagent le droit fondamental de ne pas être traités comme la propriété d'autrui.


L’exemple du gavage

Dans son ouvrage Florence Burgat parle de tous les animaux terrestres et marins, qu’il s’agisse d’animaux sauvages, de compagnie ou d’élevage. Elle donne les pourcentages, par espèces, de l’élevage confiné et intensif en France et un tableau récapitulatif des conditions de vie et morbidité dans les élevages intensifs. La chercheuse s’arrête sur le cas du gavage des oies ou des canards pour la production de foie gras. Elle liste les techniques et les maladie afférentes et affirme que des alternatives au gavage existent : en nourrissant les oies, des oiseaux migrateurs, qui ont tendance à accumuler la nourriture, avec des aliments riches. Laisser faire la nature donne le même résultat « mais au bout d’un an et non de 21 jours » écrit Florence Burgat qui mentionne aussi les alternatives végétales.

« Les fictions que crée le droit permettent de chosifier les animaux tout en cherchant à les protéger de certains actes cruels »

Le droit animalier qui figure dans un article du juriste Roger Nerson datant de 1963 désigne la partie du droit qui concerne les animaux précise Florence Burgat qui écrit : « Le législateur romain puis napoléonien, a classé les animaux parmi les choses. Ceux-ci demeurent soumis à ce régime dans le droit actuel ». Elle poursuit : « l’article 515-1 du Code civil apprend, si toutefois le doute était permis, que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité », mais ajout plus étonnant, qu’il « sont soumis aux régimes des biens ».

Elle dénonce aussi le fait que « la souffrance inutile est prohibée, mais que l’idée d’une douleur utile reste présente ». La conclusion de la philosophe est sans appel : « Les fictions que crée le droit permettent de chosifier les animaux tout en cherchant à les protéger de certains actes cruels. Aussi sont-ils protégés d’à peu près rien, dans la mesure où tout ce qui peut être tiré d’eux est exploité dans des proportions inégalées, à force de mauvais traitements et d’actes effectivement cruels ».

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