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États-Unis : comment le gouvernement veut renforcer la concurrence dans la filière bovine

La création de nouveaux abattoirs indépendants aux États-Unis est dopée par des subventions fédérales, l’un des leviers activés par l’État pour redonner du poids à l’amont de la filière.

vaches et cowboys dans un pré aux Etats-Unis
Grâce à un programme lancé par l'administration Biden pour favoriser la capacité de production locale de viande, 31 projets de création de nouvelles unités d'abattage sont à l'étude, impliquant souvent des éleveurs.
© USDA-ARS-Matt Mortenson

Le futur abattoir de Sustainable Beef, jeune coopérative d’engraisseurs de bovins constituée en 2020 dans l’État du Nebraska, est en cours de construction, à North Plattle. On y recevra jusqu’à 1 500 têtes par jour, soit 1,5 % de la capacité d’abattage totale de bovins aux États-Unis. « On ne veut pas seulement être un abattoir de proximité, mais être un acteur de premier plan de notre souveraineté alimentaire », a déclaré David Briggs, le directeur de Sustainable Beef, à la Radio publique nationale (NPR) le 1er août dernier.

« Le distributeur Walmart s’est déjà engagé à nous acheter une partie de la viande, mais cela ne garantit pas notre succès », a toutefois reconnu le responsable, conscient de l’ampleur du défi à relever. D’autres éleveurs du Midwest ont tenté l’aventure auparavant, pour autant d’échecs. « Ces échecs l’ont été pour des raisons de logistique ou de marché, ou alors les structures ont été absorbées par les multinationales du secteur », rappelle-t-il.

Mais il y a bel et bien un intérêt renouvelé pour la création de nouvelles unités d’abattage aux États-Unis. En témoignent ces 31 projets plus ou moins avancés dans les états du Missouri, du Dakota du Sud, du Nebraska, de l’Arkansas, du Michigan et de l’Iowa.

375 millions de dollars de subventions

Dans l’Iowa, la société Cattlemen’s Heritage Beef porte un projet similaire à celui de Sustainable Beef. Le futur abattoir devrait lui aussi accueillir 1 500 bêtes par jour. Pour son projet d’usine à 450 millions de dollars, la start-up a reçu, le 29 juin dernier, la subvention maximale de 25 millions de dollars dans le cadre d’un programme fédéral finançant les investissements dans de nouvelles unités d’abattage de bovins, porcs et poulets de chair. Une enveloppe totale de 375 millions de dollars a été débloquée à cet effet, ainsi qu’un montant équivalent en guise de prêt complémentaire à des emprunts privés.

Ce « programme d’élargissement de la capacité de production locale de viandes » a reçu des demandes jusqu’au 11 mai dernier. La dotation maximale par projet se monte à 25 millions de dollars, à hauteur de 20 % maximum du coût total de l’investissement prévu. À fin juin, l’USDA avait déjà accordé, sur 2023, un total de 171 millions de dollars en subventions à ces 31 projets promettant de créer 3 000 emplois en zone rurale.

Ce programme vise à davantage faire jouer la concurrence au sein de l’industrie du bœuf. Soit. Mais les éleveurs ne l’ont pas attendu pour mûrir leur projet. Refroidis par les pratiques commerciales douteuses des quatre entreprises d’abattage qui contrôlent 85 % du marché (Tyson Food, JBS, National Beef et Cargill), ils rêvent depuis longtemps de voler de leurs propres ailes.

Les producteurs rêvent depuis longtemps de voler de leurs propres ailes

Quatre entreprises d’abattage contrôlent 85 % du marché

Car au niveau réglementaire, rien n’a bougé depuis 1921, date d’adoption du Packers and Stockyard act. Cette loi régule l’activité du négoce de bétail et de transformation des filières viande aux États-Unis. Elle n’est pas remise en cause, si ce n’est à travers un amendement présenté au Sénat par Joni Ernst, un Républicain de l’Iowa. L’élu propose de lever l’interdiction faite aux négociants de bestiaux d’être propriétaires d’un abattoir, chose jusqu’ici interdite pour des raisons de conflits d’intérêts… soudainement jetées aux orties au nom de la compétitivité des petits acteurs.

Si l’amendement passe, les négociants pourront détenir des parts d’une entreprise d’abattage à condition que celle-ci opère moins de 2 000 têtes par jour ou 700 000 animaux par an. Cette restriction exclut de facto les très gros transformateurs des éventuels bénéficiaires d’injections de capitaux faits par des maisons de négoce.

La complexité des contrats passés entre industriels, éleveurs et distributeurs est telle que l’administration Biden a prévu dans son plan de promotion de la concurrence un volet de recherche académique : l’USDA doit financer des projets de recherche sur ces questions commerciales en y associant l’Institut américain antitrust. Un avertissement adressé aux Big Four ?

Loi antitrust ?

Si rien ne sort du laborieux processus de promotion de la concurrence au sein de l’industrie du bœuf, le recours à la loi antitrust n’est pas exclu par la Maison Blanche. Plusieurs chercheurs d’universités prestigieuses spécialistes de ces questions l’ont évoqué dans divers médias locaux.

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