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Renouvellement des générations : remporter son dernier challenge professionnel

La production de bovins viande conjugue des niveaux de capitaux plus élevés et des niveaux de revenus plus faibles que la moyenne des autres productions agricoles, mais cela ne constitue pas un obstacle infranchissable pour la transmission. Si on s’en donne les moyens, la transmission est non seulement possible, mais elle constitue un beau projet de fin de carrière.

« Tous ceux qui s’en donnent les moyens réussissent à transmettre. » Xavier Anquetil, conseiller transmission, et Delphine Breton, chargée de mission en viande bovine, tous deux de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, ont un discours qui tranche par rapport à un certain défaitisme ambiant.

Xavier Anquetil et Delphine Breton, respectivement
conseiller transmission et chargée de mission en viande
bovine à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. « On ne transmet qu’une fois dans sa vie. Alors mieux vaut
ne pas se louper. » ©X. Anquetil

« Les bovins viande, c’est dans l’air du temps »

Pourquoi ces deux conseillers de terrain sont-ils si optimistes ? Parce qu’ils savent que la production de viande bovine possède bien des atouts pour attirer des porteurs de projets. Cet attrait se retrouve dans le nombre d’installations annuelles, relativement stable depuis une dizaine d’années au niveau national. « C’est une production qui permet de concilier vie personnelle et vie professionnelle, qui laisse beaucoup d’autonomie de décision et qui est 'peu intégrée', décrit Delphine Breton. C’est celle qui offre le plus de marge de progression sur le plan technico-économique. Elle est aussi synonyme de prairies, d’environnement, d’animation du monde rural, de charges faibles en intrants, matériels, frais vétérinaires… Il y a aussi un certain prestige à élever ces 'grosses bêtes"'. »

Autant de caractéristiques qui dépassent les controverses sur la viande, et qui font que la filière de bovins allaitants est plutôt en accord avec les préoccupations sociétales actuelles. D’ailleurs, le souci de préserver cette production est largement partagé au-delà de la profession, par les régions, les territoires et certaines associations environnementales.

Lire aussi | Installation en bovins viande : être éleveur fait encore rêver des jeunes

Valeur patrimoniale versus économique

Une fois la volonté de transmettre établie, comment se mettre dans les meilleures conditions pour le faire ? « Il faut être au clair sur ce que l’on veut transmettre. Passé cette étape, la négociation sera plus facile », assure Xavier Anquetil. L’une des premières décisions concerne la maison d’habitation. Ne pas la céder avec la ferme est à risque. « Rester, c’est verrouiller l’exploitation, par exemple du fait des distances requises pour les élevages. »

Sur la valeur de l’exploitation, une bonne approche consiste à prendre le point de vue du porteur de projet. « Quel financement est permis par la richesse que l’on dégage ? », interroge Delphine Breton. Certes, des marges de progrès existent, mais s’éloigner de cette valeur économique, c’est mettre des freins à la transmission. Souvent, le cédant aura en tête la valeur patrimoniale de sa ferme. « Il faut se souvenir qu’une partie de ce patrimoine a pu être acquise avec des aides publiques, donné ou vendu peu cher par la génération précédente », tempère Xavier Anquetil. Sans oublier que ce patrimoine, par exemple un troupeau de haute valeur génétique, a déjà rapporté au vendeur. Le céder à sa valeur économique n’est pas donc forcément une « mauvaise affaire ».

Sur la valeur de la maison d’habitation aussi, il ne faut pas s’éloigner de ce qui est « raisonnable ». « La maison comme les terres s’acquièrent à titre privé, rappelle Xavier Anquetil. Pour un UTH rémunéré au Smic, la capacité d’emprunt est autour de 80 000 euros sur vingt ans avec des taux aujourd’hui à plus de 4 %. Cela peut bloquer un projet, même si des solutions de portage existent pour limiter l’endettement d’un jeune. »

Rester ouvert et progresser

D’une manière générale, si on veut transmettre, « mieux vaut ne pas verrouiller les trajectoires », résume Xavier Anquetil. Pour rester ouvert et, au passage, se constituer un bon réseau de candidats potentiels, l’accueil d’apprentis est une bonne expérience : « pour les élèves, l’apprentissage est l’occasion d’apprendre et de voir différents systèmes. Mais pour les encadrants aussi, c’est l’opportunité de mettre à jour leurs connaissances et de comprendre ce à quoi aspirent les jeunes ».

La transmission, plus compliquée que l’installation ? « Non, ce n’est pas plus compliqué ! Ce qui change, c’est l’état d’esprit. Le parcours à l’installation et ses tracas administratifs paraissent moins pénibles car on est dans une logique de construction de projet. D’où l’intérêt de se fixer la transmission comme un objectif. » Xavier Anquetil, conseiller transmission.

Cette ouverture peut aussi être apportée par la participation à des groupes de progrès. Ces derniers sont l’occasion d’améliorer les performances techniques, qui, selon Delphine Breton, sont encore trop hétérogènes en bovins viande : « bien souvent l’improductivité des animaux pèse lourd dans la comptabilité ». Parmi les points clés, la spécialiste cite « la course à la diminution des charges de production ». « Avant de transmettre, il faut impérativement connaître son prix de revient. »

Attention avec l’optimisation fiscale

Outre la maîtrise des aspects zootechniques, l’optimisation économique et fiscale constitue un atout pour la transmission. Sur ces plans-là, les conseillers de gestion ont la vision et le recul pour donner des pistes : « il y a des options fiscales à prendre absolument trois à quatre ans avant de faire valoir ses droits à la retraite, par exemple l’exonération totale à la vente de certaines catégories de bovins », décrit Nathalie Lebeau, référente conseil au Cerfrance Saône-et-Loire.

Mais attention à ce que l’on entend par « optimisation fiscale », surtout en ce qui concerne les investissements : « à quelques années de la transmission, est-ce judicieux d’investir dans un nouveau tracteur ou non ? Va-t-on pouvoir facilement le revendre à la cessation d’activité ou faut-il partir plutôt sur un crédit-bail ? Idem pour les bâtiments, une construction-modernisation donnera-t-elle de la valeur à l’exploitation, ou est-ce que ce sera plutôt un handicap à la transmission ? », poursuit l’experte Cerfrance. Toutes ces réflexions doivent être mûries à l’avance, d’autant plus dans un contexte où « les candidats à l’installation se font rares et ont le choix ».

Delphine Breton est de cet avis. En étudiant les bases de données Inosys réseaux d’élevage, elle constate que les capitaux mobilisés en viande bovine n’ont cessé de croître, passant, en région Pays de la Loire, de 260 000 euros en 2002 à 530 000 euros en 2021 par unité de main-d’œuvre (UMO). Or, ce capital n’est composé que pour moitié du cheptel ! « Une optimisation fiscale par l’amortissement de biens immobilisés engendre un renouvellement plus rapide des actifs qui contribuent à l’augmentation du capital présent et par conséquent à la baisse la rentabilité », prévient la chargée de mission.

« Il faudrait avoir une lecture 'carrière' dans ses investissements », préfère Delphine Breton. Et si investissement il y a, privilégier ceux qui apportent « sécurité, confort et autonomie dans le travail », comme un parc de contention par exemple. « Que le travail soit gérable à une personne est un point central pour les porteurs de projets ».

Se faire accompagner (et pas juger)

Plusieurs organismes du secteur para-agricole proposent des accompagnements à la transmission. Une première étape (gratuite) concerne la réalisation d’un plan d’action transmission à la chambre d’agriculture, pour faire un point sur les trajectoires possibles et les étapes à suivre. « L’anticipation est clé pour transmettre dans de bonnes conditions », décrit Xavier Anquetil. Ensuite, quel que soit l’organisme choisi, un accompagnement à la transmission permet toujours au cédant de cheminer vers « l’après ». « Personne ne peut décider à sa place, mais il existe une vraie différence entre transmettre et vendre. Transmettre, c’est tout mettre en œuvre pour réaliser le projet d’installer un jeune. Humainement, c’est une réalisation. »

Le saviez-vous

La MSA lance un module d’orientation intitulé Mon projet d’Agri pour accompagner les agriculteurs dans leurs démarches d’installation, de développement de leur activité ou de transmission de leur exploitation. « Pensé sous une logique de parcours, cet outil en ligne permet aux professionnels d’avancer pas à pas dans leur projet », informe l’opérateur dans un communiqué daté de novembre. À chaque étape, sont renseignés les démarches à réaliser, les acteurs à contacter pour se faire accompagner, et les sites internet des institutions auprès desquelles les professionnels peuvent s’informer ou effectuer ces démarches.​

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