L'exosquelette a-t-il tout bon ?
L’exosquelette n’est pas forcément la solution pour prévenir et soulager les troubles musculo-squelettiques
et douleurs en élevage laitier. Des étudiants du lycée Pompidou ont consacré une matinée au sujet.
L’exosquelette n’est pas forcément la solution pour prévenir et soulager les troubles musculo-squelettiques
et douleurs en élevage laitier. Des étudiants du lycée Pompidou ont consacré une matinée au sujet.

Les exosquelettes, top ou flop ? La réponse est venue d’une autre conférence, organisée le 19 mars au lycée Pompidou par des étudiants en deuxième année de BTS Acse de l’établissement aurillacois. Dans le cadre d’un Pic, projet d’initiative et communication, Kévin, Corentin, Gabriel, Odrik et Alex(1), qui tous se destinent à s’installer en élevage bovin (allaitant ou lait), ont souhaité se pencher sur cette technologie peu répandue dans les exploitations cantaliennes et étudier sa pertinence dans la prévention des TMS, les troubles musculo-squelettiques, responsables de 85 % des arrêts maladie dans le milieu agricole (statistique nationale MSA).
Au menu de cette matinée, rondement organisée et menée par les cinq étudiants, une présentation théorique et pratique de ces exosquelettes, avec un modèle Mate XT commercialisé par le Groupe Altitude, des témoignages et des échanges interactifs par smartphone et application interposés avec la centaine d’élèves réunis dans l’amphithéâtre. Seul bémol, l’absence remarquée de la MSA (excusée) pour approfondir ce dossier, au-delà des documents et vidéos transmises aux organisateurs.
Exosquelette : pas de supers pouvoirs
Premier message : l’exosquelette ne fera pas de vous un super producteur aux cadences de traite et à la force décuplées, tout comme il ne s’avère en aucun cas une potion magique aux douleurs déjà bien installées. Avant de se tourner vers cette sorte de sac-à-dos destiné à faciliter des tâches répétitives - la traite en premier lieu mais aussi le port de charges(2) - il est en effet recommandé de recourir à un diagnostic ergonomique de son installation et de ses pratiques. Mieux encore, c’est avant la création ou la rénovation d’une installation de traite qu’il convient de s’interroger sur l’organisation la plus adaptée à sa morphologie. Gare par exemple au quai de traite, trop bas, qui va obliger à forcer exagérément sur les épaules, comme le fait Ophélie Laporte, salariée de l’exploitation pédagogique du lycée.
La prévention, c’est quand on est jeune qu’il faut y penser", Maud Vimond, jeune agricultrice à Marcolès.
C’est aussi une recommandation appuyée de Maud Vimond, installée en 2020 à Marcolès en double troupeau bovin lait (65 VL) et viande (10 VA), et qui doit déjà composer avec un syndrome du défilé thoraco-bracial qui la handicape au quotidien. “Je réfléchis à trouver des solutions notamment pour alléger le port de charge, mais la meilleure des solutions, c’est la prévention, adopter les bons gestes, les bonnes postures, aménager sa salle de traite à sa taille... Tout ça c’est quand on est jeune qu’il faut y penser” a-t-elle lancé à l’assistance.
L’exosquelette, l’éleveuse y a déjà réfléchi et souhaite le tester, tout en craignant que dans son cas, il ne soit déjà trop tard. “L’idée serait de limiter les pressions exercées sur les épaules dans les gestes répétitifs du métier mais j’ai peur que cela limite mes mouvements en salle de traite, d’autant que la mienne n’est pas très large, et que l’encombrement de l’exosquelette soit gênant notamment dans les passages d’homme”, a exposé la jeune agricultrice.
Exosquelette encombrant
Un encombrement qu’Ophélie Laporte a confirmé, elle qui a testé plusieurs semaines durant l’exosquelette prêté par le Groupe Altitude. “C’est vrai que c’est assez encombrant avec des parties qui dépassent des épaules, obligeant à se tourner dans les endroits étroits.” Une vidéo réalisée pour l’occasion en salle de traite a montré plusieurs “collisions” qui peuvent sans doute disparaître au terme d’un temps d’adaptation, variable, estimé entre un et deux mois. Le maintien du dos droit assuré par l’équipement est un atout pour préserver ce dernier mais un inconvénient lorsqu’il faut se pencher pour ramasser un objet. C’est d’ailleurs ce qui rend l’exosquelette incompatible avec des salles de traite en épi.
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Testé mais pas approuvé
Au terme de l’essai, si la salariée de l’exploitation du lycée n’a pas souhaité conserver cet équipement, c’est avant tout parce qu’elle considère qu’il était mal adapté à sa taille et sa morphologie. Difficile dès lors de tirer un enseignement. Et ce d’autant plus que les études font défaut et que la profession manque de recul pour trancher sur le réel gain de ces dispositifs aux allures futuristes. La MSA elle-même reconnaît ne pas disposer de données scientifiques suffisantes pour affirmer leur rôle favorable dans la réduction de l’apparition de TMS. C’est peut-être ce qui l’a conduite à ne plus aider leur financement, un autre frein au recours par les éleveurs à cet équipement : le coût du modèle simple, léger (2,5 kg) et non motorisé (mécanisme à ressort) présenté se chiffre à 5 000 €.
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Plus de prise en charge
Les étudiants ont eux aussi évoqué les points de vigilance à ne pas négliger : frottements et pressions répétés pouvant provoquer inconfort et irritation de la peau, risques de nouvelles contraintes biomécaniques et donc de nouveaux TMS du fait du transfert de charge à d’autres parties du corps, hausse potentielle de la sollicitation cardiovasculaire liée au poids de l’exosquelette et à la gène associée à certains mouvements... Ce qui fait dire à Odrik Ansel que “l’exosquelette n’est pas la solution mais le début de la réflexion”.
(1) Kévin Martin, Corentin Fages, Gabriel Veyres, Odrik Ansel et Alex Bonventi.
(2) Sensation à l’effort : tensions réduites de 30 % sur les épaules, et + 50 % pour le soulagement du dos pour le modèle Mate XT présenté selon les données constructeurs.