De l’exploitation agricole à la mécanique automobile
Jean-Philippe Chouvet a décidé de travailler dans la mécanique automobile tout en conservant une partie de son exploitation agricole.

Après plusieurs années de réflexion, Jean-Philippe Chouvet, 52 ans, agriculteur à St Pierre Eynac et responsable professionnel bien connu dans le département, a choisi la voie de la reconversion professionnelle.
«Cela fait 3 ans que mon exploitation n’est plus assez rentable économiquement par rapport au travail fourni» analyse-t-il. Installé depuis 1990 en production laitière, d’abord en Gaec avec son père puis en Earl unipersonnelle, Jean-Philippe a progressivement diminué son troupeau de Prim’holstein (de 40 vaches en 2000 à 25 à l’heure actuelle) ainsi que sa SAU, passée de 70ha à 63ha.
Une exploitation grignotée par l’urbanisation
Une baisse de rentabilité qu’il explique par la baisse du prix du lait et par la diminution des cours de la viande et en particulier la disparition du marché pour les petits veaux Prim’Holstein. Quant à la SAU, elle a été peu à peu grignotée par l’urbanisation. «La déviation de Blavozy m’a pris 13 ha de foncier, celle de St Hostien m’en a fait perdre 4,5 ha. À cette problématique, s’ajoute aussi celle des propriétaires qui préfèrent vendre leurs terrains pour la construction... Je perds également des zones d’épandage en raison de la proximité des habitations et cela n’était plus possible de sortir les vaches à cause du salissement des routes qu’elles occasionnent ; heureusement que j’étais en zéro pâturage !» indique-t-il.
Sa stabulation en libre-service étant trop proche des habitations voisines, Jean-Philippe n’aurait de surcroît pas pu la transmettre. Et s’installer ailleurs, sur un autre ilôt, aurait induit un gros investissement pour lui et ce à 13 ans de l’âge de la retraite...!
Après mûre réflexion, Jean-Philippe a décidé de se reconvertir dans la mécanique automobile, pour une partie de son temps de travail.
«J’ai toujours aimé la mécanique, c’est d’ailleurs moi qui entretenais tout le parc matériels et automobiles de l’exploitation. Récemment, un voisin a ouvert une carrosserie qui fonctionne bien près de chez moi ; il m’a proposé du travail mais il fallait d’abord que j’obtienne un CAP de mécanique».
Pour l’accompagner dans son projet, Jean-Philippe a fait appel à Sébastien Portal, responsable du service agriculteurs en difficulté à la chambre d’agriculture.
Ce dernier lui a proposé de participer à une formation à la reconversion professionnelle au printemps dernier.
«L’échec aurait été de ne pas participer à la formation"
«C’est une excellente formation. Etant en petit nombre, tout le monde a parlé ouvertement de sa situation et de ses projets. Cela nous a conforté dans nos choix de reconversion. Souvent, les agriculteurs redoutent de participer à ce genre de formation, pourtant l’échec aurait été de ne pas y participer !» lance-t-il.
Cette formation s’avère de surcroît très efficace puisque «90% des personnes qui l’ont suivie ont trouvé du travail rapidement auprès des différents intervenants de la formation» souligne Sébastien Portal. La formation permet également aux agriculteurs participants de prendre conscience de toute la diversité de leurs compétences professionnelles. «On s’aperçoit que nous agriculteurs, on est compétent dans de nombreux domaines, on est sérieux, travailleurs, consciencieux. Autant de valeurs qui sont recherchées par les employeurs» explique Jean-Philippe.
La formation «reconversion professionnelle» est d’autre part considérée comme la clé d’entrée à Pôle Emploi, un organisme généralement difficile d’accès pour les exploitants agricoles.
La reconversion professionnelle, non ce n’est pas un échec !
Jean-Philippe Chouvet encourage les agriculteurs qui réfléchissent à la reconversion, mais qui n’osent pas franchir le pas, à le faire sans hésiter : «Beaucoup d’agriculteurs résistent pensant ne pas pouvoir travailler dans un autre domaine. Or quand une exploitation n’apporte plus satisfaction, il ne faut pas devenir esclave de son métier. Il ne faut pas se sous-estimer et surtout ne pas voir la reconversion comme un échec».
«La formation reconversion permet aux agriculteurs de reprendre confiance en eux, de faire jour sur leurs nombreuses compétences et de découvrir qu’il existe une multitude de propositions d’emplois pour eux» indique Sébastien Portal.
Même si dans son cas, l’urbanisation a contribué à étouffer son exploitation, Jean-Philippe Chouvet reste persuadé que l’agriculture de Haute-Loire a un avenir en particulier dans les zones éloignées des centres urbains.