Installation en Beauce : « Je me suis diversifié dans le poulet Label rouge »
D’abord installé grâce à deux poulaillers Label rouge, Corentin Chateignier a récidivé pour conforter la diversification de l’exploitation partagée avec son père Alain.
D’abord installé grâce à deux poulaillers Label rouge, Corentin Chateignier a récidivé pour conforter la diversification de l’exploitation partagée avec son père Alain.

Fils et petit-fils d’agriculteurs beaucerons à Guillonville en Eure et Loir – commune rurale située entre Orléans et Châteaudun – Corentin Chateignier a toujours su qu’il prendrait leur suite. S’installant à 23 ans en juin 2019, Corentin a poursuivi sur la voie de la diversification tracée par son père Alain. « Avec 120 hectares, nous avons une exploitation plutôt de taille modeste pour la région. Je me suis d’abord renseigné sur l’œuf et puis j’ai privilégié la volaille Label rouge pour sa charge de travail moins élevée. Par ailleurs, cet élevage puise peu dans nos ressources en eau qui sont de plus en plus limitées. » Pour obtenir du rendement dans cette partie de la Beauce ayant des sols assez superficiels, l’arrosage est quasi obligatoire sur toutes les cultures, blé compris.
Des bâtiments polyvalents

Deux bâtiments de 400 m2 sont sortis de terre en 2019, puis un troisième en novembre 2022 et un quatrième en juin 2023. Corentin produit des volailles fermières en Label rouge de l’Orléanais (poulets cou nu blanc ou jaune, pintade, volailles festives), mais pas que. La polyvalence des productions devient une nécessité en Label rouge.

« Avec les difficultés conjoncturelles du Label rouge, nous complétons les plannings des poulaillers Label rouge avec de la dinde baby », précise Aurélie Préhu, responsable de l’organisation de production Nouri’Vrai, qui est rattachée à Richard-Bouix, fournisseur sarthois d’aliment et filiale de LDC.

Construire avec une véranda
Construits par la société Coquelin et équipés par Techni Maine, les quatre poulaillers sont d’une facture courante, avec une ventilation statique sans lanterneau, deux lignes de pipettes Plasson et une ligne de mangeoires Multi Beck, un échangeur d’air PRC 31 Systel pour assécher la litière. Seul, le quatrième poulailler comprend un isolant Recticel foncé, censé calmer les volailles. Bien sûr, tous ont des parois translucides intégrées dans les volets continus d’entrée d’air, pour répondre au cahier des charges Nature d’éleveurs de LDC.

Le préau bétonné de 2 mètres de large sur un long pan est à noter. Il va permettre de répondre à certains cahiers des charges et pourra servir d’aire d’exercice lors de confinement ordonné en cas de risque élevé de grippe aviaire. Chez Nouri Vrai, des dossiers avec préau sont aussi à l’étude pour des poulaillers dédiés aux volailles du quotidien.
Des aides incitatives
L’investissement se chiffre à 125 000 euros l’unité pour les deux premiers poulaillers et de 150 000 euros pour les deux derniers (+21 %), que Corentin Chateignier finance par des emprunts sur quinze ans au taux de 0,7 %, soit environ 40 000 euros de remboursement annuel pour l’ensemble. Par bâtiment, l’éleveur a obtenu une aide de 10 000 euros de l’abattoir Ronsard et de Nouri Vrai. Se sont ajoutés 40 % d’aides régionales PCAE (Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles). Corentin Chateignier table sur une marge poussin-aliment d’environ 14 euros en faisant 3,2 lots par an.
Trufficulteur et lavandiculteur
La famille Chateignier a plusieurs cordes à son arc pour sécuriser l’exploitation bridée par la ressource en eau. « Ici, nous avons des quotas d’eau qui ont tendance à diminuer », souligne Corentin Chateignier. Il faut chercher des productions à valeur ajoutée peu consommatrices d’eau. Alain Chateignier a tâté de la culture de porte-graines. En 1998, il s’est lancé dans les asperges vertes vendues en direct, et en 2003 dans la plantation de 400 chênes truffiers, et plus récemment du lavandin.
Le lavandin est commercialisé par une structure, tandis que la truffe noire l’est par leurs soins, comme les asperges et les quelque 300 poulets après chaque lot. « Le tarif de 7 euros le kilo n’est pas volé, car cela représente trois jours de préparation. » S’ajoute la vente de paille et de maïs à des éleveurs amateurs, ainsi que du fumier des poulets pour les jardiniers, en petite quantité.

Sur Guillonville, la diversification dans l’énergie photovoltaïque est bloquée par la priorité donnée à un champ d’éoliennes (38 mats de 2,5 MW) qui sature les capacités d’injection dans le réseau. « On ne pourra pas faire de photovoltaïque avant 2027, au plus tôt », complète Corentin Chateignier.
Nouri Vrai étend sa zone de recrutement d’éleveurs

L’organisation de production Nouri Vrai travaille avec une centaine d’éleveurs de volailles du quotidien et une vingtaine en Label rouge. Même si la conjoncture est tendue, « nous recherchons des éleveurs, en Label rouge comme en volailles du quotidien, pour renouveler ceux qui partiront en retraite », explique Aurélie Préhu. Dans trois à cinq ans, la responsable estime que 15 % des bâtiments ne seront pas repris après la retraite de leur propriétaire. « Cette région beauceronne nous intéresse pour le développement. »
Elle espère convaincre des céréaliculteurs qui ne veulent pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. « Nous avons des arguments solides : une production locale, un débouché garanti avec LDC et un contrat sécurisant. C’est comme cela que nous avons augmenté notre activité de 50 % en dix ans, surtout vers l’est de la Sarthe et les départements limitrophes. » Sans compter les litières de volailles pour les sols. Corentin Chateignier estime qu’il économise ainsi 40 % de ses besoins avec les quatre poulaillers.