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VIDEO - Corteva Agriscience France interroge les candidats à l'élection présidentielle sur l'agriculture

Sylvain Bedel, directeur général de Corteva Agriscience France, est intervenu lors des Controverses de l'agriculture, organisées par Reussir-Agra. Comme d'autres acteurs du monde agricole, il a interpellé les candidats, ou leurs représentants

Vous développez des produits phytosanitaires. Aujourd’hui, l’agriculture doit engager une transition agroécologique très forte, ce qui modifie profondément le recours aux produits phyto. Comment vous vous emparez de cette tendance de fond ?

"Corteva Agriscience est une entreprise d’innovation spécialisée dans l’agriculture qui développe des produits de protection des cultures, des semences et des solutions digitales. Nous travaillons en permanence avec les acteurs du monde agricole.
Nous avons bien conscience de cette transition nécessaire et nous travaillons dans ce sens, pour réduire impacts des produits conventionnels, mais aussi en développant des produits de biocontrôle.

Il y a un message qui revient systématiquement chez les agriculteurs avec qui nous travaillons : « Nous faisons des efforts en permanence, mais ce n’est jamais assez ». « Nous avons l’une des agricultures les plus durables au monde, pourtant nous n’avons jamais ressenti autant d’opposition à notre travail ». Ils ont l’impression de devoir naviguer dans un environnement de confrontation. Comme si deux modèles agricoles étaient en opposition. Il y aurait les agriculteurs conventionnels et les bio, les passifs et les engagés. C’est une image fausse à l’opposé de la réalité du terrain.

Dans notre démarche, les produits d’origine naturelle sont tout à fait associés à des produits conventionnels. Nous ne sommes pas dans une opposition « naturel vs de synthèse », « bio vs conventionnel ». Cette vision est une fiction qui dessert l’agriculture.

Le but c’est d’être le plus efficace, le plus qualitatif possible, tout en étant rentable pour permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail. C’est un principe de réalité et de pragmatisme. Ce qui fait l’adoption et le succès d’une innovation, c’est qu’elle doit aussi être rentable".

Pouvez-vous donner des exemples concrets ?

"Corteva développe depuis 20 ans un produit phytosanitaire d’origine naturelle qui est de biocontrôle pour lutter contre des insectes ravageurs en vigne arboriculture et cultures légumières, et un autre produit beaucoup plus récent, également d’origine naturelle pour lutter contre la maladie la plus importante en céréales. Ils sont tous les deux produits ici en France dans des usines françaises. Et il se trouve que ces deux produits sont majoritairement utilisés en combinaison ou en alternance avec d’autres des insecticides ou fongicides de synthèse.

La complémentarité, le combinatoire, c’est la voie à privilégier pour monter plus vite les marches de la transition. C’est de prendre le meilleur où cela est possible. Si on met trop de barrières, si on enlève complètement les solutions conventionnelles, l’effet sera inverse, on va se priver d’innovations d’origine naturelle.  Il n’y a pas une seule solution miracle à un problème, mais souvent plusieurs solutions combinées".

La question aux candidats : "Comment s’assurer que la transition en cours vers une agriculture encore plus durable n’oppose finalement pas les agriculteurs entre eux ?"

L’autorisation des produits phytosanitaires est très encadrée et fait régulièrement l’objet de remise en cause. Comment vous gérer cela ? Est-ce que ça perturbe votre activité ?

Corteva repose intégralement sur la recherche et l’innovation. Nous investissons ainsi chaque année 10% de notre chiffre d’affaires. Comme vous l’imaginez, nos cycles de développement sont très longs, que ce soit pour les produits phytosanitaires ou pour les semences. C’est le propre des industries de recherche. Pour orienter nos investissements, nos entreprises ont donc besoin d’un cadre stable, objectif, mesurable et prévisible.

Or, nous constatons aujourd’hui que les règles du jeu officielles de notre secteur, qui sont basées sur des processus d’évaluations scientifiques, sont tronquées. On assiste d’abord à une judiciarisation du processus d’évaluation, où de nombreuses décisions scientifiques, pourtant édictées par des organismes publics, sont contestées systématiquement au niveau judiciaire.

Beaucoup de décisions techniques et scientifiques sont également, à notre grand regret, totalement politisées, ce qui « court-circuite » les règles du jeu, objectives, établies par les autorités scientifiques publiques. Cette politisation à outrance n’est pas compatible avec l’accès aux innovations par les agriculteurs.

Pouvez-vous donner un exemple ?

Nous avons par exemple un produit de protection des cultures qui a été suspendu à peine deux semaines après son autorisation par l’Anses, pour des considérations non-scientifiques. Aujourd’hui ce produit est disponible dans 86 pays du monde, dans 18 Etats-membres de l’Union européenne, mais pas en France.

Je pense que c’est n’est pas seulement un problème d’industriel. C’est un problème de société. Sans respect et confiance dans la science, et plus spécifiquement dans les autorités scientifiques, notre pays ne peut créer, inventer et avancer sereinement.


La question aux candidats : "Comment s’assurer que le processus d’évaluation scientifique soit réellement respecté, pour permettre l’accès aux innovations par les agriculteurs ?"

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