L’effeuillage précoce concentre les polyphénols
Des vins rouges de meilleure qualité avec davantage de polyphénols sont possibles grâce à un effeuillage avant la floraison de la zone des grappes.
Des vins rouges de meilleure qualité avec davantage de polyphénols sont possibles grâce à un effeuillage avant la floraison de la zone des grappes.
Pendant six ans, les chercheurs de l’Agroscope en Suisse ont comparé l’effet d’un effeuillage effectué au stade boutons séparés (H), floraison (I) ou fermeture de la grappe (L). Et cela en ôtant manuellement les trois à six premières feuilles des rameaux sur chasselas, doral, gamay, merlot et pinot noir, dans trois vignobles différents. « Il en ressort que, si l’objectif est d’avoir un meilleur état sanitaire, peu importe la période, observe Thibaut Verdenal, de l’Agroscope de Pully. C’est l’intensité qui compte. » En revanche, si le but recherché par le viticulteur est d’améliorer la qualité du vin en jouant sur la maturation, mieux vaut intervenir avant fleur pour les rouges, afin d’obtenir une concentration des polyphénols et une baisse de l’acidité. En effet, la concentration moyenne des anthocyanes sur cinq ans, sur pinot noir, passe de 295 mg/l pour le témoin, à 330 mg/l lors d’un effeuillage précoce.
Ôter les feuilles avant la fleur impacte la nouaison
Il faut dire que ce dernier entraîne une augmentation de la coulure, ce qui fait chuter le poids des grappes et implique invariablement une baisse du rendement. « Si l’on opère avant fleur, le risque est d’avoir une diminution pouvant représenter jusqu’à 30 % de la récolte », avertit le chercheur. Une baisse d’autant plus importante que l’effeuillage est intense. Toutefois, la fertilité et la vigueur de la vigne sont peu impactées. D’un autre côté, plus l’opération intervient tôt, plus elle permet de diminuer le millerandage, ainsi que l’échaudage. Les scientifiques ont confirmé l’hypothèse qu’une exposition précoce des baies au soleil permet leur adaptation, notamment grâce à des coupes histologiques. Ils ont observé que leur pellicule est 50 % plus épaisse lorsque l’effeuillage a eu lieu au stade fermeture de la grappe, et jusqu’à deux fois s’il a été fait au stade boutons séparés !
Dans la lignée de cette étude, les chercheurs ont commencé des essais dans le Valais sur le cépage petite arvine, pour voir s’ils observent également un impact positif sur les thiols lors d’un effeuillage précoce.
voir plus loin
Retirer 15 % des feuilles à nouaison, meilleur itinéraire en Champagne
Le comité Champagne a également cherché à connaître la période idéale pour réaliser l’effeuillage. Que ce soit en 2015 ou en 2016, les résultats concordent : l’optimum se situe au moment de la nouaison. « Lorsque l’on effeuille à la floraison, les entre-cœurs ont tendance à repousser de façon trop importante, explique Mathieu Liebart, du CIVC. Et au stade grain de pois c’est un peu tard pour contenir correctement le botrytis. » La dynamique de maturation est par ailleurs identique au témoin. De même, l’intensité d’effeuillage optimale se situe entre 10 et 15 % de la surface foliaire. Au-delà, il y a des conséquences possibles sur la maturation en cas de temps frais et pluvieux, et en dessous l’effet reste limité. L’intervention entre fin floraison et nouaison nécessite toutefois d’être vigilant sur le matériel. Si les effeuilleuses pneumatiques bien réglées ne posent pas de problème, celles à rouleaux risquent d’attraper les grappes.
Lire aussi : Un effeuillage précoce pour maîtriser le botrytis