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Traite : Êtes-vous prêt à adopter l’exosquelette ? 

L’exosquelette peut soulager les épaules lors de la traite. Cet outil un peu étonnant ne fait pas l’unanimité. Mais il peut trouver sa place si on est prêt à accepter ses contraintes d’usage.

La traite sollicite considérablement le dos et les épaules. Et ce, d’autant plus si la salle de traite, notamment la hauteur des quais, ne se montre pas adaptée à votre taille. Aujourd’hui vous ne souffrez peut-être pas, mais à long terme, cette fatigue risque d’engendrer des tensions et se transformer en troubles musculo-squelettiques des épaules (TMS). C’est là que l’exosquelette peut s’avérer un outil intéressant en prévenant leur éventuelle apparition.

« À l’origine, l’exosquelette a été développé pour les opérateurs de l’industrie afin de les assister dans la manutention de charge, les travaux bras en hauteur et les postures pénibles et répétitives », indique Tométhéo Lerudulier, d’Europe Technologies. Cette société a développé un modèle sous la marque Gobio (IP 12 Skelex)(1), aujourd’hui commercialisé dans une dizaine d’exploitations laitières qui l’utilisent depuis quelques mois. Cet équipement peut effectivement trouver sa place dans les différents métiers nécessitant de maintenir les bras en l’air, comme cela est souvent le cas à la traite. « Dès lors que le coude atteint la hauteur du cœur, l’exosquelette commence à soulager les épaules et à compenser la contrainte bio-mécanique. »

Une expérimentation a conclu sur un bilan mitigé…

 
 © DR
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Concrètement, l’exosquelette se porte comme un sac à dos. Il comporte deux soutiens sous les bras pour alléger les membres supérieurs. Cet équipement a été testé l’an dernier sur la ferme expérimentale de la Blanche-Maison en Normandie, avec la chambre régionale d’agriculture et la MSA, pour évaluer son intérêt et les gains éventuels sur le confort, la santé et la sécurité au travail. Prévue initialement sur trois mois, l’expérimentation a tourné court au bout d’un mois seulement.

Si cette étude relate quelques points positifs à l'utilisation de l'exosquelette, comme l’assistance à l’élévation de l’épaule lors des interventions sur les trayons les plus éloignés ou pour accéder aux commandes situées en hauteur, elle en relève surtout des inconvénients : augmentation de la charge mentale du fait de la vigilance qu’impose cet équipement, augmentation des contraintes en rotations de la colonne vertébrale, difficultés lors des déplacements dans la fosse et les passages d’hommes, et difficultés à réaliser des tâches annexes telles que l’alimentation des veaux, la séparation du lait impropre à la consommation, etc. « Les trois salariés qui l’ont testé l’ont vécu comme une gêne. Mais il faut noter toutefois que notre salle de traite dispose d’une fosse très exigüe où les trayeurs disposent de peu de place et où les déplacements sont délicats, relativise Lucie Morin, de la Blanche-Maison. De plus, les salariés ont revêtu une blouse par-dessus l’exosquelette, ce qui a peut-être aussi contribué à entraver davantage leurs mouvements. »  

Et de poursuivre : « Pour adopter un tel équipement, il est clair que l’environnement et la motivation des utilisateurs jouent beaucoup, poursuit Lucie. Même si nous avons arrêté l’expérimentation prématurément, cela ne signifie pas pour autant que l’exosquelette ne peut pas donner satisfaction dans d’autres contextes. »  La chambre régionale lance d’ailleurs un nouvel essai dans deux autres fermes équipées en roto et TPA avec des traites réalisées par les exploitants eux-mêmes.

... mais d’autres éleveurs y trouvent un réel bénéfice

Norbert Brun, éleveur de 43 ans installé dans le Maine-et-Loire, est pour sa part convaincu des bénéfices de l’exosquelette depuis la première fois où il l’a essayé. « C’est bluffant. Quand je lève le bras, il accompagne mon mouvement, la griffe pèse moins lourd et je ne force plus des épaules », décrit-il enthousiaste. Il trait matin et soir 110 vaches dans une 2x10 en TPA, adaptée à sa taille. « La première semaine, j’ai eu mal au dos car l’exosquelette force à se tenir plus droit. Il oblige à travailler un peu différemment en adoptant une bonne posture. Il faut réapprendre les bons mouvements. Si j’ai besoin de me baisser par exemple, désormais je plie les genoux. Cela peut paraître contraignant, mais ça préserve ! » Norbert utilise l’exosquelette exclusivement pour la traite car l’équipement n’est pas adapté pour effectuer les mouvements avec torsions. En fin de traite, il l’enlève avant de passer la raclette. « J’ai déjà parlé de cet outil à d’autres éleveurs, mais tant qu’ils n’en ont pas besoin, ils ne voient pas l’intérêt d’essayer. Mon salarié non plus d’ailleurs. » Et vous alors ? Prêt à voir s’éloigner le spectre des TMS ?

 

(1) Poids 2,5 kg, prix 5 750 €

Le saviez-vous ?

Il existe d’autres modèles d’exosquelette. Ergosanté distribue notamment Paexo Shoulder d’Ottobock, similaire au Gobio Skelex. « Il est un peu moins lourd et un peu moins cher que le nôtre, mais moins facile à enfiler, précise Tométhéo Lerudulier, de Gobio Europe Technologies. Le Skelex est aussi moins encombrant latéralement. Le Paexo a moins d’envergure dans le dos mais davantage sur les côtés. »

 

Lire aussi l'avis de Valérie Savary, éleveuse dans le Pas-de-Calais : "Je ne saurais plus traire sans exosquelette"

 

 

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