Autonomie protéique : pourquoi les éleveurs de l’Ouest boudent-ils les méteils et les protéagineux ?
Certains leviers d’autonomie protéique s’avèrent non rentables ou difficiles à mettre en place au sein des systèmes d’élevage. Une enquête menée auprès des éleveurs du Grand Ouest permet de comprendre les leviers mis en œuvre mais aussi ceux qui ont finalement été abandonnés.
Certains leviers d’autonomie protéique s’avèrent non rentables ou difficiles à mettre en place au sein des systèmes d’élevage. Une enquête menée auprès des éleveurs du Grand Ouest permet de comprendre les leviers mis en œuvre mais aussi ceux qui ont finalement été abandonnés.


Du fait de la volatilité des cours des matières premières, l’enjeu d’autonomie protéique est crucial pour des questions de performances technico-économiques des exploitations laitières. Il y a aussi un enjeu environnemental fort à réduire notre dépendance à l’importation de matières riches en protéines, notamment le tourteau de soja.
L’enquête SiT’ProT’In (300 éleveurs de Bretagne, Normandie, Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire) montre que les éleveurs de ruminants en quête de plus d’autonomie activent d’abord les leviers de production et de valorisation des fourrages riches en protéines, comme l'indique le graphique ci-après.
À l’inverse, des actions favorables à l’autonomie protéique ont été abandonnées après leur mise en place par 54 % des éleveurs enquêtés car souvent non rentables. Parmi les solutions abandonnées, les mélanges céréales-protéagineux et les protéagineux purs souffrent d’un manque d’équipement. Les conditions pédoclimatiques peuvent ne pas être favorables pour assurer des rendements suffisants des cultures de protéagineux. Acheter des protéines locales s’avère également trop coûteux. Côté luzerne, la technicité de sa conduite agronomique peut expliquer son abandon. Enfin, la réduction du niveau azoté des rations des vaches laitières a pu être abandonnée à cause de la baisse avancée des performances du troupeau.
Manque de rentabilité et de références techniques
Certains leviers ne sont même pas envisagés. Ils concernent aussi les protéagineux car pas adaptés à l’exploitation et la réduction du niveau azoté des rations. Une autre solution n’a pas été envisagée, car très peu connue des éleveurs de ruminants : c’est l’amélioration de l’équilibre en acides aminés des rations (lysine et méthionine) qui permet de réduire l’apport de tourteau de soja dans les rations sans altérer la production des vaches laitières. Les éleveurs évoquent un manque de références disponibles sur le sujet ou un déficit d’accompagnement. Enfin, le temps de travail trop important évoqué pour la production de la luzerne et du trèfle violet est un frein à leur développement en élevage.
L’herbe, les ensilages précoces et les dérobées sont les trois leviers d’autonomie protéique mis en place dans les exploitations de l’Ouest

Les solutions les plus mises en œuvre et plébiscitées par la majorité des éleveurs laitiers sont toutes des leviers fourrages. Les principales concernent l’herbe, notamment en augmentant sa part dans le système fourrager, en faisant pâturer davantage les vaches laitières quand l’accessibilité le permet, ou les génisses. La réalisation d’ensilages d’herbe précoces est aussi mise en avant. Après la valorisation des prairies, c’est celles des dérobées, de la luzerne ou du trèfle violet qui sont des leviers forts en élevage bovin. L’analyse des fourrages est aussi un levier utilisé afin de mieux ajuster la complémentation et ainsi ne pas gaspiller le correcteur azoté.
Les trois principaux leviers abandonnés par les éleveurs enquêtés sont :
1-Produire et autoconsommer des mélanges céréales-protéagineux ensilés ou en grain.
2-Produire et autoconsommer des protéagineux (pois, lupin, féverole, colza).
3-Limiter le recours au soja importé par l’achat de protéines locales.
Côté web
Un centre de ressources sous la forme d’un e-book a été créé : il centralise les références concernant l’autonomie protéique. Elles sont classées selon plusieurs filières : bovins lait, bovins viande, porcs, volailles, ovins et grandes cultures. Les leviers sont détaillés et répertoriés par filière grâce à ce projet. Ces références (vidéos, fiches techniques, articles de presse) peuvent être consultées gratuitement sur le portail Champs d’innovation.
Des podcasts et vidéos de témoignages d’experts et d’agriculteurs ont été tournés sur les différents leviers activables pour améliorer l’autonomie protéique. Ils sont disponibles sur les chaînes YouTube des chambres d’agriculture.
Des passeports ou parcours de formation
L’une des préoccupations du projet SiT’ProT’In a aussi été de faire en sorte que l’information sur l’autonomie protéique soit facilement accessible à des groupes d’agriculteurs, de conseillers, d’enseignants. Des passeports ou support de formations ciblées ont été créés pour ces différents publics. Le passeport « Éleveurs » consiste en une journée de formation pour les éleveurs, combinant des séquences en salle et une visite d’exploitation afin d’approfondir les leviers disponibles pour améliorer l’autonomie protéique. Le passeport « Conseillers » est diffusé lors d’une formation de deux jours dispensée par Resolia, l’organisme de formation du réseau des chambres d’agriculture en France.