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Sécurité alimentaire : vers de nouveaux accords entre le Maroc et la France ?

L’ancien ministre de l’Agriculture du Maroc, Mohammed Sadiki, était invité à s’exprimer à Paris sur la souveraineté céréalière au cours de la sixième Matinée Export & Bourse de l’exécution, organisée conjointement par Agro Paris Bourse et Intercéréales, le 19 mars dernier.

L’ancien ministre de l’Agriculture du Maroc, lors de la sixième Matinée Export & Bourse de l’exécution.
L’ancien ministre de l’Agriculture du Maroc, Mohammed Sadiki, est intervenu sur la souveraineté alimentaire dans son pays, lors de la sixième Matinée Export & Bourse de l’exécution.
© Mikael Juchet

Lors de la 16e Matinée Export & Bourse de l’exécution du 19 mars, Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture du Maroc de 2021 à 2024, est intervenu pour exprimer sa position sur la souveraineté et la sécurité alimentaire, un sujet qui a pris de l’épaisseur à la suite de différents chocs successifs.

 « Une pression constante sur les prix des céréales », ainsi Mohammed Sadiki synthétise-t-il son expérience en tant que ministre de l’Agriculture du Maroc. 

En introduction, Mohammed Sadiki a fait un bilan de son passage au sein du gouvernement marocain. Il se dit « marqué par la superposition des défis mondiaux et de la série de chocs consécutifs », avec la crise sanitaire du Covid 19, le choc géopolitique du conflit en Ukraine, la série de sécheresses consécutives au Maroc et enfin le « choc Trump ». Les effets de ces crises successives ont eu pour effet de mettre au défi la sécurité alimentaire du pays, sous la pression constante de la hausse et de la volatilité des prix. Dans le même temps, le monde rural marocain se retrouve en difficulté avec des ressources en eau qui s’épuisent et des surfaces irrigables qui ont fondu de 50 % en quelques années.

« Un secteur agricole affecté, mais résilient »

Pourtant, l’ancien ministre tire un bilan positif de son passage avec « un secteur agricole affecté, mais résilient ». À l’avenir, il pointe la nécessité d’« arrêter les solutions ponctuelles » et préconise de miser sur la recherche et l’innovation, « contribuer à mieux accompagner les agriculteurs » marocains dans la « transition vers une agriculture plus verte et plus juste » et renforcer la souveraineté alimentaire

« Assurer la rémunération des agriculteurs et proposer des prix alimentaires accessibles »

Il pointe aussi la nécessité de résoudre une équation contradictoire dont le but est d’« assurer la rémunération des agriculteurs et proposer des prix alimentaires accessibles ». Pour cela, il propose d’« agir sur la chaîne de valeur pour une transition vers une agriculture plus résiliente. Il faut garantir une meilleure régulation des prix et une meilleure redistribution des moyens de la chaîne de valeur pour assurer une rémunération équitable des producteurs tout en assurant des prix accessibles pour les consommateurs »

« Garantir une meilleure articulation entre la production locale et la sécurisation des approvisionnements » pour assurer la souveraineté alimentaire

Avant d’avancer sa vision, l’ancien ministre précise que la consommation moyenne de blé au Maroc est de 200 à 220 kg par habitant, ce qui représente un volume de consommation de 8 Mt par an pour le pays. L’ancien membre du gouvernement marocain indique que la production agricole locale couvre seulement 30 % de ces besoins et rappelle la position du Maroc comme importateur structurel de blé avec des importations comprises entre 6 et 6,5 Mt.

Pour Mohammed Sadiki, il est nécessaire de se poser deux questions :

  1. Quelles sont les potentialités ou que peut-on produire ?

  2. Comment garantir la sécurité des approvisionnements ?

Sur le premier point, la vision de l’ancien responsable du gouvernement marocain va à contresens de ce que l’on peut souvent entendre par ailleurs. En effet, augmenter la production ne semble pas être la priorité à ses yeux. À son sens, il est d’abord préférable d’être pragmatique et de plutôt stabiliser la production marocaine d’une année sur l’autre. Pour lui, cela nécessitera d'investir dans les technologies pour « valoriser la goutte d’eau » sur cinq millions d’hectares et donc « faire plus avec moins d’eau ». L’optimisation de la ressource en eau, à l’aide de l’innovation et des technologies, est donc un axe stratégique pour l’agriculture marocaine.

Optimiser la ressource en eau

En second lieu, Mohammed Sadiki souhaite sécuriser le Maroc contre les « chocs externes sur les prix », ce qui provoque des variations de prix. Pour cela, l’ancien ministre de l’Agriculture préconise de diversifier les sources d’approvisionnement et conclure de nouveaux accords commerciaux avec des pays exportateurs. À ce sujet, Mohammed Sadiki se réjouit de la relance de la relation franco-marocaine après la visite en octobre dernier du président Emmanuel Macron au Maroc. 

Passer de stocks de sécurité à des stocks stratégiques

L’ancien ministre marocain insiste aussi sur le passage d’une gestion de stocks de sécurité à des stocks stratégiques, avec de nouvelles coopérations internationales, où la France pourrait tenir un rôle, et des investissements dans les infrastructures logistiques.

Lire aussi : Commerce français de céréales : quel bilan tirer de la rencontre officielle France-Maroc ?

«Un partenariat stratégique renforcé entre le Maroc et la France pour construire une coopération plus forte entre l’Union européenne et l’Afrique »

Le Maroc joue un rôle essentiel dans le développement des relations continentales en Afrique, selon l’intervenant marocain et pointe la France comme acteur majeur de l’Union européenne.

Ainsi, le représentant marocain évoque l’opportunité d’un nouveau partenariat stratégique « triangulaire » avec la France et l’Union européenne avec plusieurs actions à mettre en place : 

  • Renforcer la coopération sur la recherche scientifique et revoir le partenariat universitaire pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires en Afrique, avec le développement de l’agriculture durable et la lutte contre le changement climatique ;

  • Favoriser les échanges commerciaux et développer de nouveaux accords commerciaux bilatéraux entre d’un côté la France et le Maroc, et de l’autre l’Union européenne et l’Afrique ;

  • Mettre en place un partenariat public-privé sur l’agriculture durable ;

  • Renforcer les dialogues diplomatiques et instaurer des discussions régulières entre le Maroc et la France.

Pour Mohammed Sadiki, le Maroc est donc une porte d’entrée essentielle en Afrique pour mettre en place de nouveaux accords commerciaux entre l’Union européenne et l’Afrique.

Lire aussi : En quoi consiste le partenariat sur les fertilisants signé entre le Maroc et la France ?

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