Réduction des intrants
Recherche itinéraires innovants
Et si une moindre utilisation des intrants était compatible avec une meilleure marge ? Les résultats des essais et des expériences grandeur nature sur des itinéraires techniques innovants sont encourageants. Mais il reste des références à acquérir et surtout des positions politiques à harmoniser entre organismes agricoles.

Partout sur le territoire, les groupes de réflexion se créent pour inventer des itinéraires techniques innovants. Ils sont toujours basés sur une moindre dépendance aux intrants, une plus grande attention apportée à l’agronomie tout en cherchant à maintenir, voire améliorer les résultats économiques de l’exploitation qui ont été dégradés par la hausse des charges ces deux dernières années.
CHANGER DE MODÈLE AGRICOLE
Pourra-t-on réduire de 50 % l’usage des phytosanitaires d’ici 2018 ? « Avec de simples innovations à venir ou existantes sur les techniques de pulvérisation, les produits phytosanitaires et les variétés, on pourra réduire de 20 ou 30 % leur usage, considère Fabien Lagarde, directeur technique du Cetiom. Par exemple, les tournesols tolérants aux herbicides permettent de passer d’un indice de fréquence de traitement (IFT) de 1,8 ou 2 sur tournesols classiques à un IFT de 1 pour les variétés Clearfield et Express Sun. » Dominique Hazouard, responsable du pôle céréales de BASF Agro admet lui aussi qu’il existe des marges de progrès : « Selon nos enquêtes, trois agriculteurs sur quatre font le même programme fongicides sur toute leur exploitation, alors qu’ils utilisent des variétés plus ou moins sensibles aux maladies et que les dates optimales de positionnement du fongicide peuvent varier de trois semaines à l’échelle d’une même expoitation. Il faut aller au bout de la notion d’agriculture raisonnée. » Mais tout cela ne sera pas suffisant. C’est l’avis de Jeremy Macklin, directeur opérationnel agrofourniture végétale d’InVivo. « Imaginer que l’on pourrait réduire de 50 % les phytos sans changer de modèle agricole, c’est de l’utopie. »
Pour l’heure, les expériences montrent que la mise en oeuvre de ces nouveaux itinéraires techniques est facilement accessible sur le blé et l’orge, mais plus difficile sur le colza ou la betterave. Par ailleurs, s’il existe des solutions techniques pour baisser les fongicides, les régulateurs et insecticides, les choses se corsent avec les herbicides. « Je vois difficilement comment on pourra baisser la garde face au salissement des parcelles et aux problèmes croissants liés aux résistances », souligne le responsable de BASF. Il existe déjà des pistes de travail qui permettent de réduire les herbicides. « Nous expérimentons des systèmes de culture innovants qui associent le semis direct et des mélanges d’espèces, colza-légumineuses notamment », explique Fabien Lagarde du Cetiom.
Au lycée agricole de Quetigny en Côted’Or, on a pris le sens opposé à l’itinéraire recommandé en augmentant les densités de semis au lieu de les réduire, afin d’étouffer les mauvaises herbes. La démarche est audacieuse et prouve à quel point il reste des références à acquérir. Mais le point le plus conflictuel entre les organismes agricoles est le rendement. Est-il acceptable de réduire l’objectif de rendement, donc entamer le potentiel agricole de la France ? Oui, à partir du moment où les résultats économiques de l’exploitation sont maintenus, répondent les équipes de l’Inra, des chambres d’agriculture et d’Arvalis qui travaillent sur les itinéraires techniques à bas intrants.
COMPÉTITIVITÉ DES EXPLOITATIONS
« Les exploitations françaises risquent de perdre en compétitivité », note Dominique Hazouard de BASF. « Et il faut vérifier les conséquences sur les qualités des grains », souligne Jeremy Macklin d’In-Vivo. « L’atteinte des objectifs d’Ecophyto 2018 ne doit pas se traduire par une baisse des rendements. En misant sur les innovations techniques existantes, on pourra faire la moitié du chemin. Et avec les systèmes de culture innovants, la deuxième moitié », assure Fabien Lagarde du Cetiom, confiant. Les expériences d’Agro- Transfert en Picardie prouvent que les rendements ne sont pas forcément affectés par le passage à l’agriculture intégrée. C’est rassurant.