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Maïs et fusariose : que peuvent apporter les variétés peu sensibles face à cette maladie ?

Des variétés de maïs sont présentées comme peu sensibles à la fusariose des épis. Comment mesure-t-on ce caractère et dans quelles situations les utiliser en priorité ? Préconisations.

La sélection variétale des semenciers élimine la variété avec une sensibilité trop élevée à la fusariose des épis.
La sélection variétale des semenciers élimine la variété avec une sensibilité trop élevée à la fusariose des épis.
© C. Gloria

Chaque année, la présence de mycotoxine dans les grains est une épée de Damoclès au-dessus des épis de maïs. La fusariose des épis et les mycotoxines qu’elle produit ont été assez peu signalées ces dernières années, du fait de conditions de sécheresse peu favorables à leur développement. « L’année 2023 a été assez humide au milieu de l’été, avec des conditions propices aux contaminations de Fusarium, remarque cependant Samuel Dubois, RAGT Semences. Mais l’expression de la maladie a été faible en maïs grain, y compris sur les récoltes tardives. Cela prouve que le matériel génétique apporte une réponse efficace à ce pathogène. » Les conditions de sécheresse de fin d’été et de début d’automne 2023 expliquent également le faible développement de la fusariose.

L’obtention de variétés tolérantes à cette maladie constitue un axe majeur de travail chez les sélectionneurs. « Dans le processus de sélection, il y a un screening sur les lignées puis les hybrides avec des essais dans les régions où l’on a de bonnes chances de trouver des contaminations naturelles. Ces expérimentations sont complétées par des maïs testés sur des contaminations artificielles, qui nous permettent de révéler les extrasensibilités de matériel génétique », explique Rémy Merceron, KWS Maïs France.

Un caractère simplement informatif pour l’inscription variétale

Les différents semenciers mènent ce même type d’expérimentation. « Il n’y a pas de variétés sensibles à la fusariose mises sur le marché, souligne Carol Humeau, LG. Cette sélection permet d’obtenir de plus en plus de variétés tolérantes. La recherche de faibles teneurs en mycotoxines associée à cette tolérance est un caractère important en maïs grain dans la mesure où la majorité de la production est destinée à l’alimentation animale. »

Responsable des inscriptions des variétés au catalogue officiel français, le Geves suit la tolérance des hybrides de maïs à la fusariose des épis. « Nous donnons une note d’opportunité quand l’expression du caractère peut être évaluée. Pour cette mesure, nous avons besoin d’une présence suffisamment élevée de la maladie dans les essais des semenciers, d’Inrae, du Geves et d’Arvalis, explique Céline Gelot, du Geves. Il faut au moins trois essais bien infestés et notés pour établir une note de fusariose qui soit assez robuste. »

Toutefois, les années avec de la fusariose se font rares : pas de maladie en 2022, un peu seulement en 2023. Les nouvelles variétés notées sur leur comportement à la fusariose sont donc peu fréquentes. Du reste, pour l’inscription d’une variété, la tolérance à la fusariose est un caractère informatif et non décisionnel. Arvalis mène des essais en post-inscription pour affiner la connaissance des nouvelles variétés et leur attribuer une note à la fusariose quand c’est possible.

Des notations dans Varmaïs et de la part de certains semenciers

Ces informations sont accessibles sur le site Varmaïs, qui référence les variétés ayant été à l’essai en France, ce qui n’est pas le cas de tous les maïs commercialisés dans l’Hexagone. Ces notes sont exprimées en pourcentage d’épis atteints avec l’attribution d’une couleur pour caractériser une sensibilité faible, moyenne ou forte à la fusariose. Certains semenciers appliquent un barème différent de notation (avec une échelle de 1 à 10) sur la base de leurs propres essais pour mettre en exergue les variétés qui présentent un bon comportement à la fusariose. Ainsi, des variétés sont présentées comme tolérantes avec des notes de 7 à 9 chez Mas seeds, Bayer (variétés Dekalb)… Pioneer (Corteva) les classe plutôt en TPS, très peu sensibles, pour des notes de 7 à 8. Ces variétés n’ont pas de notes officielles émanant d’Arvalis ou du Geves.

« Au final, il y a une non-caractérisation de beaucoup de variétés de maïs sur leur sensibilité à Fusarium graminearum qui est responsable de la production de déoxynivalénol (mycotoxine DON), remarque Béatrice Orlando, spécialiste de la qualité sanitaire chez Arvalis. Compte tenu de cela, les variétés ne sont pas intégrées dans la grille d’évaluation du risque DON au champ. »

Des variétés peu sensibles pour les situations à risque élevé en DON

Comment tirer parti de cette tolérance à la fusariose quand elle est identifiée ? « Nous conseillons l’utilisation des variétés les moins sensibles à la fusariose dans les situations à risque important de DON, » signifie Béatrice Orlando. Il s’agit des situations cumulant un précédent maïs ou sorgho, une mauvaise gestion des résidus de culture (absences de broyage et d’enfouissement), la présence d’insectes foreurs (pyrales, sésamies), un climat plutôt humide et pas trop chaud, une récolte tardive…

Rémy Merceron recommande « les variétés à très bon comportement fusariose pour des zones comme la Bretagne où la maladie est favorisée par les attaques d’insectes foreurs et pour la filière porcine pour laquelle il est très important d’avoir des épis sains sans mycotoxines. Les distributeurs de l’est de la France avec des fins de cycle à risques pour le maïs sont également demandeurs de ce type de variétés. » Chez Corteva (Pioneer), Damien Marre met en avant « les situations avec de l’irrigation qui maintient une certaine humidité pouvant être propice aux maladies. L’utilisation d’une variété tolérante à la fusariose peut être pertinente dans ce cas. »

Viser la récolte précoce avec la variété adaptée

Outre le caractère de tolérance à la fusariose des épis, le choix d’une précocité adaptée de la variété permettant une récolte précoce dans une région donnée contribue à limiter le risque de maladie. En effet, plus une récolte est tardive, plus les chances de développement de fusariose sont grandes, a fortiori si l’humidité du grain est élevée à la récolte. « Même sur les variétés avec la meilleure tolérance, on trouvera de la maladie si les conditions agro-climatiques sont très favorables », souligne Samuel Dubois, RAGT. L'agronomie offre d’autres moyens de lutte, comme éviter les maïs sur maïs par exemple.

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