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Sabot d’or rouge des prés : une passion en héritage rondement menée

Chez Christian Bertheux, à Saulnières, en Ille-et-Vilaine, autonomie et performances sont le fruit d’un travail de sélection engagé depuis quatre générations et aujourd’hui récompensé par l’obtention du Sabot d’or de la race rouge des prés.

« J’ai hérité de la race ! Mon arrière-grand-père élevait déjà des rouges des prés. Dans les années trente, il participait aussi au national de la race à Rennes », se remémore Christian Bertheux, à la tête aujourd’hui d’un troupeau de 65 mères au haut potentiel génétique. Si les rouges sont présentes depuis plus de cent ans sur l’exploitation, la sélection génétique a véritablement commencé aux côtés de son père dans les années soixante, avec l’inscription à l’Upra en 1960 et l’adhésion à Bovins croissance en 1963. « Mon père a débuté les concours de la race en 1972. Depuis, on n’a jamais arrêté », précise l’éleveur. À l’époque, le troupeau était orienté mixte lait. C’est seulement dans les années 2000 que l’orientation viande a été prise au niveau de la race. En 2018, un taureau, Japolin, est entré à l’insémination (IVMat de 116, facilité de naissance à 106, DS à 108 et DM à 103), signe de la bonne performance génétique du cheptel.

Une vache à l’origine de 666 génisses

L’exploitation, l’EARL du Plessis Oris, ne porte pas son nom par hasard. En effet, il fait référence au lieu-dit et à une vache, Noris, née en 1977. Cette dernière constitue à 100 % la base du troupeau actuel. En quinze ans, elle a fait naître douze veaux, deux mâles et dix génisses, toutes gardées sur l’élevage (hormis une, morte). L’exploitation compte aujourd’hui 666 génisses issues de son origine sur 10 générations. C’était une vache très laitière. Et pourtant, cette belle histoire a failli ne pas se produire. Noris devait en effet partir en Angleterre mais sa dentition de travers n’a pas plu aux Anglais. Elle est donc restée pour le plus grand plaisir de l’éleveur. Noris a obtenu le premier prix de famille par la mère au national de la race en 1991. Sa fille, Uris, a été récompensée du même trophée, quatre ans après. Deux de ses petits-fils ont été champions de la race (Futuris et Net’Oris). Aussi, chaque année, un ou deux mâles rentrent à la station de contrôle individuel du Domaine des Rues.

Le troupeau est principalement conduit en monte naturelle. « J’insémine seulement de la mi-novembre à la mi-décembre pour être connecté et faire du testage. » Pour un vêlage à 30 mois, l’exploitant a mis en place deux périodes groupées de mises bas, mars-avril et septembre-octobre. « Cela permet également de diminuer les problèmes sanitaires et d’étaler la charge de travail. » Même si la génétique permettrait des vêlages plus précoces, l’éleveur ne souhaite pas faire de vêlages à 24 mois, afin de maintenir son système performant, tout en étant économe et autonome. La productivité du troupeau est en effet excellente avec un nombre de veaux sevrés par vache de 1,10 et un nombre de vêlages par vache présente établi à 1,12. Ces résultats s’expliquent par un taux de mortalité correct (entre 5 et 8 %), de nombreuses naissances gémellaires (onze paires de jumeaux l’an dernier), un intervalle-vêlage-vêlage maîtrisé (370 jours) , deux pertes de vaches en dix ans et un taux de renouvellement de 25 %.

Des mères qui vêlent seules

À souligner également le travail génétique réalisé par l’éleveur pour disposer d’un troupeau facile à conduire et qui produit un veau par vache et par an. « La facilité de vêlage est à mon sens l’avenir des troupeaux allaitants qui ne cessent de s’accroître », observe Christian Bertheux. En attestent les chiffres de son cheptel rouge qui présente un fort taux de vêlages sans aide (80 %) et de seulement une césarienne sur les deux dernières campagnes de mises bas. « Je surveille les vêlages de loin et le plus souvent au pré. Je n’ai pas de détecteur. Les vaches doivent donc être en capacité de vêler seules. » Une vache au pré peut s’écarter des autres et est à l’aise pour vêler. C’est pour cette raison également que l’éleveur sélectionne depuis une dizaine d’années des taureaux non porteurs du gène culard issus de la station mais avec des index positifs en muscle. Il veille également à la production laitière des vaches pour produire des animaux sans complémentation. Le GMQ à 210 jours chez les mâles est supérieur à 1 300 g/jour, quand celui des femelles dépasse 1 100 g/jour. L’effet élevage sur le poids à 210 jours est estimé à + 38,10 kg. L’IVMat des deux derniers taureaux s’établit à 113, celui des vaches à 100,7 et celui des génisses à 107,6.

« Cela fait trente ans que je ne donne pas de minéraux aux vaches. Elles n’ont à leur disposition que du sel de Guérande et des seaux à lécher durant la période hivernale. » Aussi je ne vaccine plus les vaches ni les veaux et je vermifuge seulement si l’animal en a besoin. L’hiver, les mères ont une ration à base d’un tiers de maïs ensilage et de deux tiers d’ensilage d’herbe avec du foin à disposition. La mise à l’herbe intervient le plus rapidement possible - de début mars à fin mars - et s’étend jusqu’à novembre, voire décembre.

Un troupeau conduit à l’économie

Christian Bertheux a arrêté l’engraissement il y a dix ans pour simplifier le travail et du fait de la réduction de la surface en maïs, suite à la signature d’une Maec. « Durant la saison d’herbe, j’ai désormais une coupure dans le soin alimentaire des animaux. » Les mâles partent tous chez un engraisseur au sevrage à 7 mois et demi pour un poids moyen de 353 kg vif. L’an dernier, les taurillons ont été abattus à 18 mois et 10 jours pour un poids moyen de carcasse de 518 kg. Pour 80 % des lots, le classement affichait U- ou U =. Les vaches ne reçoivent pas de concentrés en finition et sont vendues au sevrage du veau si elles sont suffisamment en état à une moyenne de 470 kg de carcasse. « Pour moi, les vaches classées R doivent se finir sans complémentation. Si elles manquent d’état, elles repartent à l’herbe à la belle saison. À l’automne, elles restent au maximum deux mois à l’auge avec de l’ensilage d’herbe et de maïs et un peu d’orge. Je conduis au maximum le troupeau à l’économie. » En deux ans, seules 6 tonnes de mash et 10 tonnes d’orge ont été consommées.

Chiffres clés

64 ha de SAU dont 35 de prairies temporaires (7 de RGH/trèfle violet et 28 de RGA/fétuque des prés/trèfle blanc), 20 de prairies permanentes, 5 de maïs, 4 de céréales
65 mères et 2 taureaux
1,4 UGB/ha sans apport d’engrais en 2022
1 500 à 1 800 coucous de Rennes vendues à des restaurateurs par le biais de l’association des producteurs de coucous de Rennes.

Avis d’expert

« Un système économe et performant »

 

 
« Christian Bertheux est passionné par sa race. Une passion qui se transmet de génération en génération. Son fils n’est pas en reste. Il juge déjà au micro des animaux à la foire départementale de Béré (44). Le bon niveau génétique existe depuis cinquante ans. La passion est concomitante à la participation active dans les concours. Christian Bertheux est un très bon technicien qui sait se remettre en question. Son système est simple et économe. Il lui permet de dégager de bonnes performances technico-économiques. En 2022, l’élevage a produit 397 kg de viande vive par UGB quand la moyenne de la race se situe à 315 kg (soit 33 627 kg de viande vive). Il dispose aujourd’hui d’un élevage qui associe passion, génétique, transmission, technique et rentabilité, avec une marge brute par vache de 1 075 euros en moyenne sur trois ans. »

 

 

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