Origine des maladies respiratoires
Renforcer les capacités de défense des animaux
Au-delà des conditions d’ambiance, renforcer les capacités de défense des animaux et limiter les risques infectieux sont les axes de lutte contre les pathologies respiratoires.
Si le bâtiment et les conditions d’ambiance doivent attirer toute notre attention, d’autres facteurs de risque interviennent dans le développement des pathologies respiratoires et ne doivent pas être négligés. Comme pour toute lutte contre les maladies infectieuses, l’organisme a des capacités de défense propres. Encore faut-il qu’elles soient en mesure de se développer normalement. Lors de problèmes sur des veaux de moins de 3 mois, il faut s’interroger sur la qualité du transfert immunitaire. En effet, les bovins adultes sont fréquemment porteurs d’anticorps et dans le cas de portage inapparent, les mères sont susceptibles de transmettre des anticorps colostraux à leurs veaux. Si ces anticorps n’empêchent pas nécessairement l’infection (c’est le cas par exemple du RSV), ils diminuent par contre les effets de cette infection. On a observé que le risque de contracter une affection respiratoire est environ trois fois supérieur pour un veau dont le transfert immunitaire est incorrect. On a donc toujours intérêt (et c’est vrai de manière très générale) à ce que ce transfert de la vache au veau se fasse de manière optimale. Pour évaluer ce transfert, deux moyens complémentaires existent : d’une part, prélever le sérum de quelques veaux de 2 à 6 jours ayant bu normalement leur colostrum. On mesure alors le taux d’Ig G et le taux de protéines totales. Le taux d’IgG est jugé insuffisant s’il est inférieur à 10 g/l et excellent s’il est supérieur à 20 g/l. Les bornes concernant les protéines totales sont 55 g/l et 60 g/l. Si le transfert est jugé insuffisant, deux causes sont possibles : soit le veau n’a pas bu le colostrum en quantité suffisante et assez tôt après la naissance, soit le colostrum n’est pas assez riche. Ceci peut également être évalué avec un pèsecolostrum. Une fois l’ensemble de ces informations connues et selon les cas, des actions d’amélioration pourront être envisagées: si la qualité du colostrum est jugée insuffisante, il faudra alors s’interroger sur la conduite des vaches pleines avant vêlage. C’est dans les mois précédant le vêlage que tout se prépare… Si le colostrum est de bonne qualité, mais que le transfert est insuffisant, c’est la prise colostrale qu’il faudra améliorer. L’objectif à atteindre est de 1,5 à 2 litres de colostrum dans les deux premières heures, à renouveler pour parvenir à 10 % du poids du veau dans les 24 heures.
Parasitisme et alimentation
De manière plus générale, les capacités de défense des animaux dépendent de leur niveau de parasitisme et de leur alimentation. Le parasitisme affaiblit l’immunité. C’est le cas en particulier de la grande douve qui joue sur la capacité de l’organisme à produire des anticorps. Ceci est vrai en cas d’infection naturelle comme en cas de vaccination. Les strongles digestifs ont un rôle négatif sur la prise vaccinale. Sur le plan alimentaire, il y a deux aspects à considérer : d’une part, la qualité des défenses naturelles passe par l’apport d’une ration équilibrée. On doit être particulièrement attentif lors des changements de régime alimentaire. Les exemples sont le risque d’excès d’azote soluble lors de la mise à l’herbe ou les régimes riches en concentrés et pauvres en fibres comme lors de la mise en engraissement. D’autre part, il faut s’interroger sur l’existence de carences vis-à-vis de certains oligoéléments et sur l’apport en vitamines. Les principaux oligo-éléments à considérer dans ce contexte sont le sélénium (Se), le cuivre (Cu), le zinc (Zn) et l’iode (I). Pour les jeunes veaux, le niveau immunitaire dépend essentiellement du statut des mères, et de leur complémentation pendant la phase de préparation au vêlage. Les dosages sanguins sont un bon moyen de connaître les besoins réels. Une fois les capacités de défense acquises et entretenues, certains facteurs peuvent entraîner une rupture de l’immunité. C’est le cas d’un certain nombre de stress. Il semble que les principaux stress mis en rapport avec une augmentation des pathologies respiratoires sont la contention, la mise en lot, le transport et le changement d’alimentation. La mortalité observée est d’autant plus grande que ces stress s’additionnent. Dans certaines études, on a constaté que la mortalité était supérieure de 80 % chez des veaux subissant un stress de transport associé à celui de mise en lot, par rapport à ceux soumis au seul stress de transport. Si certains stress ne peuvent être évités, ils peuvent être parfois amoindris et il faut éviter de les cumuler. Dans tous les cas, il faut avoir conscience qu’il s’agit d’éléments à risque, et qu’il faut être particulièrement vigilant.
Limiter le risque infectieux
On sait qu’il existe un portage latent important des agents infectieux responsables de pathologies respiratoires. Il s’agit d’éviter l’introduction de tels germes et de limiter le risque de transmission et de propagation au sein d’un élevage. Comme pour la plupart des maladies infectieuses, l’introduction d’animaux est un facteur de risque important d’introduire également les agents infectieux. Il faut entendre « introduction » au sens large et pas seulement « achat » d’animaux. Les achats sont certes à considérer, les animaux entrants provenant d’élevages au microbisme différent. Mais il faut aussi penser aux retours de rassemblements (transhumance collective, concours…), aux mises en pension, aux reproducteurs achetés en commun qui passent d’un élevage à un autre… Il est important de mettre ces animaux en quarantaine afin de pouvoir observer toute apparition de signes de maladie. Si tel est le cas, l’isolement évite qu’il y ait transmission à l’ensemble du troupeau. Au sein d’une exploitation, étant donné le portage latent, le mélange d’animaux d’âges différents favorise le développement des maladies respiratoires chez les plus jeunes. Enfin, dans le cas des ateliers d’engraissement, la séparation physique des animaux en lots de petite taille, voire la séparation d’un atelier en plusieurs bâtiments limite le risque de bronchopneumonies infectieuses. Des lots de taille réduite, c’est moins de stress, moins de « brassage » d’animaux. Les séparer physiquement, c’est diminuer le risque de contaminations croisées et la propagation d’une épidémie à l’ensemble des lots. La gestion en « tout plein, tout vide » avec un vide sanitaire réel est également à préconiser.