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Chez Sylvie et Jean-Luc Huneau
"Le compostage a été la seule solution"

Bien que très proche du seuil des 170 kilos d’azote organique par hectare, le système d’exploitation de Jean-Luc et Sylvie Huneau atteint l’équilibre agronomique entre surfaces et animaux.

Le fumier des soixante limousines assure la fertilisation des 50 hectares d'herbe.
Le fumier des soixante limousines assure la fertilisation des 50 hectares d'herbe.
© S.Bourgeois

Avec un troupeau de soixante Limousines en système naisseur engraisseur, un poulailler de 1 000 m2 et 65 hectares, le chargement en azote organique de l’EARL de Jean-Luc et Sylvie Huneau est de 167 kg par hectare. L’exploitation, située à Olivet, est en zone vulnérable comme d’ailleurs tout le département de la Mayenne (mais ni en zone d’excédent structurel ni en zone d’actions complémentaires) et doit donc ne pas dépasser le seuil de 170 kg par hectare. Pour rentrer dans les clous, les éleveurs ont été amenés à réduire le niveau de production de l’atelier volailles. En passant de la production de poulets standards à l’élevage de poulettes label rouge, le tonnage de fumier de volailles est passé de 150 tonnes à 60 tonnes. L’application d’engrais de ferme issus d’élevages de volailles reste déconseillée pour des raisons sanitaires (botulisme) sur prairies installées pâturées. Le fumier de volailles est donc destiné aux seules parcelles de cultures. Les éleveurs ont pu par ailleurs récupérer 15 hectares de surfaces épandables. Mais il fallait encore trouver une solution pour arriver à l’équilibre agronomique de l’exploitation. Car l’une des autres contraintes rencontrées par Jean-Luc et Sylvie Huneau, et pas des moindres, est que les éleveurs comptent une bonne trentaine de maisons d’habitation au pourtour de leurs parcelles ainsi que de nombreux cours d’eau. Cela représente donc une importante perte de surfaces é p a n d a b l e s à l’échelle de leur parcellaire pour respecter les distances d’épandage, sans parler des précautions à prendre pour réduire les nuisances (comme prévenir les voisins avant d’épandre, éviter certaines dates…). « La seule solution était de composter tout le fumier des bovins. Ainsi on peut épandre à dix mètres des habitations et des cours d’eau, au lieu de trente-cinq mètres pour le fumier. Et comme le compost n’a pas d’odeur, les riverains ont apprécié notre changement de méthode », expliquent Jean-Luc et Sylvie Huneau.

Cinq tonnes d'ammonitrate par an

La production de compost s’élève à 455 tonnes par an. Il suffit à assurer la fertilisation de toutes les surfaces en herbe qui représentent 50 hectares. Les éleveurs utilisent un épandeur de la Cuma avec une table d’épandage, qui permet d’épandre sur dix mètres de large. « Avec ce matériel, le travail est fait de façon homogène mais il est quand même difficile de connaitre à deux tonnes près la quantité épandue. » Il est arrivé cependant quelques fois à Jean-Luc Huneau de passer la herse étrille après l’épandage pour bien émietter le compost. Les éleveurs sont tenus de faire analyser le compost. « Nous l’avons fait. Nous utilisons en routine les normes Corpen pour le plan d’épandage. »

Fumier de volailles sur les cultures, compost sur les prairies

Le fumier des poulettes est destiné aux six à sept hectares annuels de maïs fourrage. À raison de dix tonnes par hectare, épandues en avril, le maïs est « nourri ». Pas besoin de rajout de fumure minérale pour obtenir un excellent fourrage. Le triticale, qui suit sur ces parcelles l’année suivante, nécessite un petit apport d’ammonitrate mais l’association de céréales et protéagineux qui vient encore derrière ne reçoit aucune fertilisation. Et l’ensilage de triticale, avoine, pois fourrager et féverole ainsi obtenu constitue à lui seul l’alimentation hivernale des vaches en vêlage de fin d’été – automne soit à peu près la moitié des mères. Le fumier bovin des aires paillées est sorti en décembre, puis en avril ou mai. Il est mis en andains dans un champ et deux retournements sont réalisés par la composteuse de la Cuma. Le premier intervient en mars, le second en mai ou juin, et si nécessaire la composteuse repasse faire le second retournement d’un des andains en fin d’année. Le produit du raclage des aires bétonnées est stocké dans la fumière. « Beaucoup moins pailleux, il serait difficile à composter tel quel mais nous le mélangeons avec le fumier des aires paillées et cela fonctionne bien ainsi. » Étant loin d’être autonomes en paille, les éleveurs utilisent d’autre part des copeaux de bois blanc non traité, prioritairement pour le poulailler, mais aussi pour compléter la litière des Limousines quand les quantités sont là. Le fumier s’en trouve plus aéré et le compostage est facilité. En respect du cahier des charges départemental pour la réalisation du compost, Sylvie Huneau prend la température avec une sonde pour vérifier l’efficacité des retournements. 

Toutes les prairies, au moins une fois tous les deux ans

«Toutes nos parcelles de prairies sont implantées avec une association raygrass anglais, fétuque et trèfle blanc. Elles reçoivent toutes du compost au moins une fois tous les deux ans », explique Jean- Luc Huneau. Pour ce faire, l’éleveur privilégie d’abord les épandages sur une parcelle de cinq hectares qui est uniquement fauchée, car un peu éloignée. Celleci reçoit 15 tonnes par hectare chaque année et deux fois 50 unités d’ammonitrate pour compenser les exportations. Les parcelles qui sont fauchées une fois au printemps puis pâturées reçoivent tous les ans 15 tonnes par hectare. Les 25 hectares qui sont uniquement pâturés reçoivent eux aussi du compost, à raison de 10 tonnes par hectare, au moins tous les deux ans.

« Si j’arrive à avoir des parcelles bien rasées en octobre, j’y épands à cette époque du compost en espérant pouvoir disposer de repousses à faire pâturer en fin de saison », explique Jean-Luc Huneau. C’est environ un tiers du compost qui est épandu ainsi à l’automne. Le reste est épandu entre fin décembre et février, en périodes froides. « J’ai observé qu’avec le compost, la pousse de printemps est plus étalée dans le temps par rapport à quand j’épandais du fumier. Et le foin sèche plus facilement car l’herbe de printemps est moins riche en azote et en eau. Globalement, la qualité du fourrage est meilleure. »

Chiffres clés

■ 60 Limousines en système naisseur engraisseur ;
■ élevage de poulettes sur 1000m2 ;
■ 65 hectares dont 6 de maïs fourrage, 6 ha d'association de céréales et protéagineux, 3 ha de triticale et 50 ha d'association
ray-grass anglais, fétuque et trèfle blanc.

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