Diarrhées néonatales
Enrayer la dynamique de contamination
Les diarrhées néonatales sont une des principales causes de mortalité chez les veaux au cours de leurs premières semaines. Il faut donc se poser les bonnes questions pour limiter leur impact et ne plus les subir.
Pour l’élevage allaitant, c’est une évidence, un veau en moins, c’est du revenu en moins. Le calcul est simple et le seul objectif que peuvent se fixer les éleveurs, c’est de s’approcher du résultat idéal « une vache par an et par veau ». Pourtant, toutes les enquêtes concordent et montrent que le taux de mortalité est plus élevé dans les 3 premiers mois de vie. La Fédération régionale des groupements de défense sanitaire de Bourgogne l’a montré dans une enquête réalisée entre 2000 et 2003. C’est en 2003 que les éleveurs ont répondu en plus grand nombre (834 réponses). Sur ces résultats, le taux de mortalité de la naissance à 1 mois atteignait 4,7 %; c’est-à-dire que sur cette seule tranche d’âge, on atteignait presque le seuil des 5 % à ne pas dépasser pour la mortalité des veaux en général. Une étude réalisée plus récemment par l’EDE du Puy-de-Dôme, à partir des données IPG, de 2005 à 2008, a montré un taux moyen de mortalité sur les 3 premiers mois de vie, de 6,5 % en élevage spécialisé allaitant. Cette même étude a mis en évidence qu’une exploitation sur 5 est à plus de 10 % de mortalité, et 6 % sont à plus de 15 %! Et dans l’ensemble, ces données sont cohérentes d’une année sur l’autre. C’est un phénomène régulier, qui date d’avant la vague « FCO ». Il est évident que les diarrhées néonatales, si elles ne sont pas les seules en cause dans ces résultats, ont une bonne part de responsabilités. D’ailleurs, là encore les chiffres parlent: en moyenne, on estime à 20 % la proportion de veaux de moins d’1 mois souffrant de diarrhées néonatales. L’enquête réalisée en Bourgogne, citée cidessus, relève quant à elle que 46 % des élevages sont confrontés à cette maladie, qui arrive en tête de liste de l’ensemble des problèmes sanitaires rencontrés les premiers mois de vie : gros nombril (30 %), troubles respiratoires (28 %), autres (22 %). Les diarrhées néonatales, c’est donc une perte sèche liée à la mortalité des veaux. Mais c’est bien plus que cela : au-delà des pertes directes (mortalité, frais vétérinaires), il y a aussi des pertes indirectes : les veaux malades subissent un retard de croissance jamais totalement récupéré. Et puis, il y a l’impact moral.Tous les éleveurs confrontés à une épidémie de diarrhées néonatales le disent : « c’est épuisant et démoralisant ; on passe tout son temps à soigner, sans avoir toujours le résultat au bout ! ». Et enfin, ce temps passé à soigner, on ne le passe plus sur le reste des travaux, et c’est tout le système qui se désorganise ! Pourtant, ce n’est pas une fatalité. Dans tout élevage se crée un équilibre sanitaire, entre les germes présents et la capacité des animaux à se défendre. Les diarrhées font partie des maladies dites multifactorielles. Quand les diarrhées apparaissent, certes, il y a un, ou plusieurs germes en cause. Mais il y a surtout rupture de l’équilibre sanitaire liée à des facteurs favorisants dans l’élevage. Pour réussir à minimiser l’impact des diarrhées, et les prévenir, il y a deux principes : quand la maladie est là, il faut réagir vite, dès les premiers malades, et prendre des mesures visant à rompre la dynamique de contamination et donc à limiter la contamination des veaux à naître ; puis, quand le coup de feu est passé, il faut s’attacher à prendre du recul et à considérer le problème dans sa globalité. L’objectif est alors de mettre le doigt sur les points à risque, qui, dans l’élevage, ont favorisé le déclenchement de l’épidémie, pour éviter que cela se renouvelle. Pour engager cette démarche, il peut être intéressant de faire intervenir une personne extérieure à l’élevage, qui pourra porter un oeil neuf et critique. Car ce travail nécessite souvent la remise en cause de ses pratiques. Ce n’est pas toujours facile à accepter. Mais les éleveurs que nous avons rencontrés et qui l’ont fait ne le regrettent pas.