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Formation au dressage
Des génisses dressées "à la méthode Souvignet"

Éleveurs dans le Cantal, Michel et Benoît Souvignet apprennent chaque année à leurs animaux à accepter la contrainte du licol et à marcher en main.

Alors qu'elles ne connaissaient le matin rien du dressage en main, les onze laitonnes n'ont pas fait de difficultés pour s'aligner.
Alors qu'elles ne connaissaient le matin rien du dressage en main, les onze laitonnes n'ont pas fait de difficultés pour s'aligner.
© F. d'Alteroche

Un petit matin pluvieux d’octobre sur l’exploitation des frères Jambrun à Lapeyrouse dans le nord-ouest du Puy-de-Dôme. Derrière la douzaine de laitonnes fraîchement sevrées, attachées côte à côte dans l’étable entravée, Michel Souvignet et son fils Benoît sont en pleine discussion avec une vingtaine d’éleveurs. Ils sont là pour organiser une formation sur le thème du dressage proposée à l’initiative du GIE Charolais Leader. Il s’agit d’apprendre en une journée comment dresser, puis faire défiler en main dans un ring de fortune, ce lot de laitonnes. Des animaux qui jusque-là n’ont jamais vraiment connu la contrainte et qui, jusqu’à l’heure de leur sevrage, se sont contentés de suivre leur mère d’abord dans les cases de la stabulation, puis en pâture. Sélectionneur en race Limousine dans le Cantal, Benoît Souvignet a mis au point, une technique efficace et rapide qui a fait ses preuves. Elle fait même de plus en plus d’émules. Pourquoi? Tout simplement car elle donne de bons résultats ! Lui et son père se sont basés sur leurs connaissances du comportement des bovins. Ils les ont enrichies par différentes lectures, et en étant curieux de tout ce qui concerne ce sujet. Même s’ils restent avant tout des éleveurs férus de Limousines et passionnés par la sélection, les Souvignet père et fils sont régulièrement sollicités pour proposer cette formation finançable par Vivea, un peu partout en France. Invitations auxquelles ils répondent présents lorsque leur emploi du temps sur l’exploitation le permet. « Cela a démarré tout simplement par des discussions avec des éleveurs de notre voisinage. Ils étaient étonnés du bon comportement de nos animaux sur les rings des concours, et ils nous ont demandé comment on procédait », explique Michel Souvignet.

Depuis, bouche à oreille aidant, ils ont sillonné la France et multiplié les kilomètres parcourus en peaufinant au fil des expériences leur technique et en nouant des contacts dans des régions où les conditions d’élevage sont parfois bien différentes de ce qui se pratique dans leur Cantal natal. « Nous avons fait des formations dans 26 départements avec 7 races différentes. Elles se déroulent sur une journée et on limite à une vingtaine grand maximum, le nombre de participants. Il faut que tout le monde puisse mettre la main à la pâte et vraiment travailler avec les animaux. On n’apprend pas en regardant faire les autres. » Leur méthode repose essentiellement sur l’observation et sur la bonne connaissance du comportement des bovins auquel s’ajoute chez eux un indéniable côté puisque dans ce cas, même avec une laitonne de 250 ou 300 kilos, c’est l’éleveur qui sera perdant. « Une main de fer dans un gant de velours et un grand respect de l’animal », telle pourrait être leur devise, et une attention à toujours travailler en pleine confiance avec des animaux qui lorsqu’ils ne sont en rien stressés, vont être nettement plus réceptifs aux ordres qui leur seront donnés. Leur méthode a été affinée au fil du temps et des expériences et elle séduit généralement la plupart des nouveaux stagiaires qu’ils forment chaque année. Une constante toutefois: pour avoir de bons résultats, l’homme et l’animal doivent être dans de bonnes dispositions, le jour choisi pour le dressage. Par exemple, si l’éleveur a eu une grosse contrariété le matin et qu’il est de ce fait énervé ou irrité, il vaut mieux remettre la séance à plus tard. Il risque de ne pas obtenir les bons résultats escomptés. Les animaux vont percevoir son agacement, de même qu’ils ressentent très bien quelqu’un qui appréhende d’aller à leur contact. « On préconise de travailler sur des animaux récemment sevrés. Idéalement dans les quinze jours qui suivent la séparation d’avec leur mère. C’est une période critique. Les animaux ont perdu leurs repères habituels. C’est le bon moment pour intervenir. »

Certes, cette méthode a d’abord de l’intérêt pour dresser les animaux qui seront ultérieurement présentés à des concours et manifestations d’élevage. Proposer à la vente des reproducteurs dressés est un plus commercial. Mais ce travail présente aussi des atouts pour tous les animaux destinés à assurer le renouvellement du troupeau, même s’ils ne sortent jamais de l’exploitation. Manipulés dans le jeune âge et dressés à cette période-clé qu’est le sevrage, ils n’en seront que plus faciles à manipuler une fois adultes. « Chez nous, on dresse de la sorte toutes les femelles et tous les mâles qui sont conservés pour la reproduction, qu’ils soient destinés à la vente ou à l’auto-renouvellement de notre troupeau. Dresser des mâles n’est pas plus compliqué que dresser des femelles. Cette année nous avons dressé 40 animaux en 13 heures. Sur notre exploitation, nous estimons que cela fait partie de la liste des travaux que nous avons à faire chaque année et ces séances de dressage sont programmées de la même façon que la réfection des clôtures ou le curage de la stabulation. On le fait systématiquement pour toutes nos génisses. Une fois dressées, elles sont plus faciles à manipuler et à travailler au quotidien pour d’éventuels soins ou reprise en pâture », souligne Benoît Souvignet. Avec du recul, quelle que soit la race prise en compte, mais avec des petites nuances suivant les exploitations et le mode de conduite des animaux (hivernage en étable entravée ou plein air intégral), cette méthode permet de dresser 90 % des animaux en une séance. « Notre grande règle d’or est de ne surtout jamais stresser les animaux. Sur 100 génisses, 60 seront assez faciles à dresser en une quinzaine de minutes. Une trentaine donneront quelques difficultés et prendront disons deux fois plus de temps, mais permettront quand même d’arriver à quelque chose. Et enfin une dizaine d’animaux seront indressables en seulement une journée. Pour ces dernières, il faudra s’y prendre à plusieurs reprises, mais il sera parfois impossible d’en faire quoi que ce soit. C’est presque toujours lié à un facteur génétique et constitue un indicateur supplémentaire pour ne pas conserver ces animaux pour la reproduction », ajoute son père.

Il est important de bien respecter la chronologie des tâches à réaliser sur les animaux. Après cette première journée d’apprentissage, l’idéal est ensuite de faire une à deux séances de rappel le lendemain et/ou le surlendemain. Pour celles qui seront amenées à sortir en concours, Michel Souvignet conseille également de leur mettre la radio suffisamment fort dans la stabulation pour les habituer à des bruits pour elles, peu coutumiers. Les génisses sont ensuite dressées pour la vie. « C’est comme lorsque l’on a appris à faire du vélo ou à nager. Même après plusieurs années d’absence de pratique, les automatismes reviennent rapidement. » Les participants à la journée organisée sur l’exploitation des frères Jembrun se montraient d’ailleurs assez convaincus par la prestation qu’ils ont d’abord observée, puis eux-mêmes pratiquée. Il s’agissait pour nombre d’entre eux de sélectionneurs déjà aguerris à la présentation d’animaux sur des rings de concours. « Je dois avouer que je n’en reviens pas », confessait Michel Boileau, président du GIE Charolais leader à l’issue de la formation, quand tenues par le licol en corde, les 11 laitonnes se sont toutes gentiment rangées dans l’ordre demandé à l’heure du classement des animaux d’après leur morphologie.

Chronologie d'une journée de formation

Pour organiser ce type de formation, il faut d’abord un lot d’une douzaine de génisses fraîchement sevrées, depuis une à deux semaines. Avant la formation, elles doivent obligatoirement avoir été attachées deux fois huit heures. Et pas question de les attacher par le cou avec une chaîne. Elles doivent l’être par l’intermédiaire d’un licol en corde correctement ajusté. «On demande à l’éleveur chez qui est organisée la formation, d’attacher ses animaux via le licol en corde au cours des deux journées précédant la formation. » Les animaux doivent rester bloqués du matin jusqu’au soir puis être libérés pendant la nuit. Il faut que les génisses aient le respect de la corde. Lorsque démarre la formation avec les éleveurs, une fois qu’elles se sentent bloquées, elle ne doivent plus lutter en tirant au renard pour chercher à s’échapper.

Sur le plan des installations, pour la première phase de dressage, il faut un box de travail faisant 3 mètres de large et 15 mètres de long. Cette largeur de trois mètres a toute son importance. Elle permet de canaliser les animaux, de limiter leurs déplacements latéraux et au besoin de les arrêter plus facilement. Les 15 mètres ne sont pas non plus le fait du hasard. Si le couloir fait 30 mètres de long, il n’est pas possible d’arrêter la génisse si elle s’affole. On risque de se faire embarquer et si l’animal gagne la première partie de la bataille, cette dernière n’en sera évidemment que plus longue. Pour la seconde partie du dressage, il faut un box de plus grande dimension (environ 12 mètres sur 12). Ce peut être un parc extérieur mais qui doit être bien clos pour ne pas risquer de voir un animal s’échapper. D’une façon générale, la plupart des stabulations libres permettent d’avoir le dispositif adéquat, quitte à le moduler par des barrières mobiles.

« Il faut aussi faire attention aux éléments extérieurs susceptibles d’affoler l’animal. Ce pourra être des poules, une bâche plastique qui bat au vent, un chien… Il faut anticiper les événements extérieurs qui pourraient avoir lieu », ajoute Michel Souvignet. Les cordes utilisées font toutes 4 mètres de longueur. « La plupart de celles que l’on trouve dans le commerce ne font que trois mètres. » Second outil indispensable: un court bâton d’une cinquantaine de centimètres. Il doit être solide, dense et coupé dans le bois d’une essence qui ne se fend pas facilement. Le houx et le néflier sont particulièrement bien adaptés. « Tout n’est qu’association de petits détails. Mais tous ont leur importance pour que tout fonctionne bien. » Au Gaec Jambrun, la journée a démarré sous de bons auspices avec 12 laitonnes d’âge et de poids à peu près homogène, calmes dans l’ensemble et qui la veille et l’avantveille de la formation avaient été attachées conformément aux préconisations. Comme de coutume lors de ces journées de formation, la matinée a démarré par des rappels sur le comportement des bovins, et sur la façon d’attacher avec un licol en corde en réalisant les noeuds adéquats. Entrecoupée par un solide cassecroute, la journée s’est poursuivie l’après-midi par des séances de terrain où tous les participants ont eu l’occasion de pratiquer sur les animaux. Voici résumé en quelques photos, les principales étapes de la formation. L’idéal pour bien assimiler est bien entendu d’y participer !

Confection du licol

il faut positionner la corde de façon à ce que le noeud qui vient serrer le licol soit sur la joue droite de l’animal. Il doit être à mi-distance entre les yeux et le nez. Trop bas, la corde pince la base du nez et gène la respiration. Trop haut, elle risque de passer sur l’oeil. Le licol doit être bien fait et confortable pour l’animal. « Il doit oublier qu’il l’a sur la tête, sinon cela crée une gène », souligne Michel Souvignet.

 

Abord de l'animal

Que ce soit à l’abord de l’animal ou pendant le dressage à proprement parler, dès que la laitonne commence à s’énerver ou prendre peur parce qu’elle ne comprend pas ce qui lui est demandé, Michel Souvignet conseille de poser une main à plat sur son épis (là où les poils changent de direction sur le haut de la ligne de dos) et de maintenir ainsi la main jusqu’à ce que l’animal se calme.

Conduite dans le couloir

La laitonne est détachée puis gentiment conduite dans le couloir d’alimentation de l’étable entravée qui abrite les animaux. Un couloir qui ici avait les dimensions idéales pour le premier exercice concernant la mise en avant de l’animal. Et pour cela, le conducteur ne doit pas exercer de tension continue sur la corde. Pendant qu’elle est poussée par l’arrière, il faut juste faire de petits a-coups pour l’inciter à avancer et ne surtout pas chercher à la treuiller par la force. « Surtout, ne tirez pas sur la corde! » Tel est l’un des messages qui a été le plus souvent répété par Michel Souvignet ou son fils. « C’est une réaction très classique lorsqu’on a envie de faire avancer un animal, mais ce n’est pas la bonne, car cela va stresser la génisse. Le fait de la mettre en avant pour l’inciter à avancer est le rôle du pousseur. C’est lui qui a l’accélérateur. Le conducteur a à la fois le volant et le frein. Si la génisse cherche à dépasser l’éleveur qui la mène, quelques coups de bâton sur le chanfrein lui rappellent que ce n’est pas elle qui décide. Puis, dès qu’elle a compris qu’il n’était pas forcément agréable de faire ce qui était interdit, la vue du bâton suffit souvent à l’arrêter."Une fois que la laitonne commence à comprendre, les deux principaux commandements qui lui sont adressés : avancer ou s’arrêter, il faut être cohérent dans les différentes actions demandées. Comme un chauffeur ne doit pas appuyer simultanément sur la pédale du frein et de l’accélérateur, le conducteur ne doit pas lui donner un coup de bâton sur le chanfrein pour lui intimer l’ordre de s’arrêter alors que dans le même temps le pousseur la tapote sur la croupe pour lui signifier d’avancer!

Faire marcher dans un petit parc

Quand tout va bien dans le couloir, on passe à l’étape suivante en faisant marcher les animaux en cercle dans le petit parc extérieur, ce qui permet d’apprendre à l’animal à suivre la trajectoire qui lui est imposée. Le conducteur conserve le bâton et la corde dans la main droite et tient le licol, main gauche. Ce dernier doit être bien ajusté et la main au plus près du noeud pour sentir au plus tôt quand l’animal risque de démarrer avec la volonté de s’échapper. Le pousseur est légèrement décalé du côté intérieur du cercle pour mieux encadrer l’animal et limiter les risques de dérobade. Si une génisse est vraiment réticente pour avancer dans le parc extérieur, il est souhaitable d’essayer de la prendre en remorque derrière l’une de ses copines plus conciliante car déjà dressée qui fera office de locomotive. L’instinct grégaire est suffisamment fort chez les bovins pour l’inciter à avancer.

Se ranger

Une fois que toutes les génisses ont compris les bases, elles ont toutes été rassemblées dans une grange pour être classées selon leur morphologie. Presque à l’image de petits toutous tenus en laisse, elles n’ont alors pas posé de difficulté pour prendre leur place en fonction de l’ordre de classement qui leur a été attribué. Le conducteur les déplaçant au licol sans même parfois avoir besoin de l’intervention du pousseur.

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