Ravageurs émergents en viticulture, quelles menaces réelles ?
Le nombre de ravageurs émergents présentant un danger pour le vignoble français ne cesse de croître. L’IFV, l’Itab et le ministère de l’Agriculture ont fait le point sur la question lors d’un webinaire.

« Xylella fastidiosa fastidiosa » est à nos portes
Contexte : La bactérie Xylella fastidiosa est classée organisme de quarantaine prioritaire du fait de sa dangerosité. Elle est sous surveillance active au sein de l’Union européenne. Responsable de la maladie de Pierce aux USA, elle colonise le xylème de la vigne et est véhiculée par des insectes piqueurs suceurs de type cicadomorphes. L’un d’entre eux vient d’être identifié, il s’agit du cercope des prés, également nommé philène spumeuse (Philaenus spumarius).
Pour l’heure, la bactérie n’a pas encore été détectée en France dans sa sous-espèce fastidiosa qui s’attaque à la vigne. En revanche, « depuis 2013, il y a beaucoup d’émergences, dont une en Allemagne, mais qui a été éradiquée », rapporte François-Michel Bernard, expert en agronomie viticole – santé de la vigne à l’IFV et membre de la plateforme d’épidémiosurveillance. La bactérie est présente en Italie, dans les Pouilles, dans le centre-est du Portugal, et dans les îles Baléares en Espagne. L’étau se resserre autour de la France.
Dans l’Hexagone, si la sous-espèce fastidiosa reste absente, la multiplex a été découverte à maintes reprises. Elle est notamment présente en Corse depuis 2015, suite à une introduction d’un plant de myrte italien contaminé. Depuis 2018, l’éradication n’est plus possible, toute l’île est passée en zone délimitée sous statut d’enrayement. En 2024, cette sous-espèce a également été retrouvée dans l’Aude et dans le Tarn. La sous-espèce pauca a, pour sa part, pénétré en Paca mais a été éradiquée. Ces sous-espèces ne sont pas dangereuses pour la vigne.
Dangerosité : +++
Stade : absente en France mais présente dans trois pays proches.
Moyens de lutte : les insecticides ne sont pas efficaces contre les vecteurs de Xylella, du fait du grand nombre de plantes hôtes. En revanche, le traitement à l’eau chaude des plants permet de détruire la bactérie. « Un projet d’arrêté ministériel est dans les cartons pour expérimenter, avec les pépiniéristes et l’IFV, le traitement des vignes mères de porte-greffes », informe Isabelle Maurice, référente experte nationale viticulture à la direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Par ailleurs, les Américains ont identifié une Vitaceae résistante, Vitis arizonica. Des travaux d’hybridation avec Vitis vinifera sont en cours.
« Popillia japonica » progresse de 20 km par an
Contexte : L’insecte originaire du nord est asiatique ne cesse de s’étendre en Europe. Jusqu’à peu, il était cantonné aux Açores, au Piémont et à la Lombardie en Italie, ainsi qu’au Tessin et au canton de Zurich en Suisse. « Mais cet été, il a été détecté à Bâle », indique François-Michel Bernard. L’insecte progresse d’environ 20 km par an. « C’est un bon autostoppeur », commente l’expert. Le scarabée japonais est très petit, de la taille de l’ongle de l’auriculaire, et il est possible de le confondre avec le hanneton des jardins. Il compte par ailleurs plus de 400 espèces hôtes. Popillia japonica pond ses œufs dans le sol de gazons avec des graminées et irrigués. C’est un organisme de quarantaine prioritaire, au même titre que Xylella fastidiosa.
Dangerosité : +++
Stade : ravageur installé dans deux pays limitrophes mais absent en France.
Moyens de lutte : les larves étant situées dans le sol, la lutte est très compliquée. Mais l’injection dans le sol de nématodes entomopathogènes, tels que Heterorhabditidae ou Steinernematidae est relativement efficace. Le champignon Metarhizium a également une bonne efficacité. Il s’agirait d’attirer les insectes adultes dans un piège badigeonné de ce champignon, afin d’essayer de les contaminer.
« Cryptoblabes gnidiella » bien installé sur le pourtour méditerranéen

Dangerosité : ++
Stade : insecte très bien implanté sur le pourtour méditerranéen français.
Moyens de lutte : le plus employé en bio est le Spinosad. Les Bacillus thuringiensis, les trichogrammes et le Cyptotec (confusion sexuelle) font aussi partie de la panoplie de lutte. « Mais les viticulteurs bio ne sont majoritairement pas satisfaits des stratégies de lutte », relève Nicolas Constant, référent viticulture biologique à l’IFV. Les projets d’étude lancés viseront à mieux identifier les moments clés d’intervention, les indicateurs permettant de déclencher les traitements, le nombre de traitements à réaliser, le volume de bouillie nécessaire, etc.
« Jacobiasca lybica » connaît une expansion effrayante
Contexte : La cicadelle africaine a pour la première fois été détectée sur le territoire français en 2020, au sud de la Corse. En l’espace de quatre ans, l’insecte s’est propagé sur toute l’île, laissant derrière lui des hectares de vignes carbonisées. Cette année, des individus ont également été piégés dans les Pyrénées-Orientales et dans le Var. « L’expansion de l’espèce est très rapide », constate Lionel Delbac, ingénieur d’études à l’Inrae de Bordeaux.
L’identification de l’insecte est très compliquée, les larves étant similaires à celles de la cicadelle des grillures. Mais à la différence de cette dernière, Jacobiasca lybica est favorisée par des fortes chaleurs et/ou sécheresses, et elle arrive donc légèrement plus tardivement que la cicadelle verte. Elle apparaît durant l’été (fin juin, début juillet) avec un impact sur la maturité et la mise en réserve. « Mais nous manquons de connaissances sur son cycle de développement, pointe Éric Chantelot, directeur du Pôle Rhône-Méditerranée de l’IFV et expert national Ecophyto. Nous ne savons pas quand elle arrive sur le vignoble. Nous travaillons sur un plan d’action pour suivre les populations et affiner une stratégie de lutte, afin de bien positionner les traitements. »
L’expansion du ravageur est favorisée par le changement climatique, tout le pourtour méditerranéen doit être en vigilance. En revanche, le Sud-Ouest devrait pour le moment être préservé, l’insecte ayant besoin de canicule et de sécheresse pour proliférer.
Dangerosité : ++
Stade : ravageur installé sur le territoire.
Moyens de lutte : « les insecticides de synthèse autorisés sont peu efficaces », plante Nicolas Constant. La dérogation dont a bénéficié la Corse l’an dernier devrait néanmoins être maintenue, ce qui permettra l’usage de l’Exirel, un produit à base de cyantraniliprole. « Mais ce produit coûte très cher, environ 180-200 euros par hectares, prévient Éric Chantelot. Et il semblerait qu’un seul traitement ne soit pas suffisant. Il faudrait a priori en effectuer deux. ». En bio, il n’y a pas de moyen de lutte efficace, poursuit Nicolas Constant. En laboratoire, l’huile de neem a eu un effet significatif sur les larves et des essais de prédation des larves par Chrysoperia carnea ont obtenu des taux de prédation d’environ 50 %. Ces résultats sont à confirmer sur le terrain.
« Aleurocanthus spiniferus » n’est pas un danger
Contexte : L’aleurode épineux du citronnier est un insecte hémiptère très polyphage, originaire d’Asie du Sud-Est, présent dans le sud-est de la France (Gard et Hérault) sur plusieurs végétaux dont la vigne. Mais très peu de parcelles sont touchées. « Le ravageur reste très circonscrit pour le moment », témoigne Éric Chantelot. Si l’inquiétude ne semble pas de mise, l’aleurode peut potentiellement dégrader la qualité des vins par la production de fumagine.
Dangerosité : +
Stade : présence en Occitanie.
Moyen de lutte : traitement avec du Magestik (maltodextrine).