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Quelle part occupe l’irrigation agricole dans la consommation d'eau en France ?

Dans une étude intitulée « Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et usages ? », France Stratégie estime qu’en 2020 les consommations ont été de plus de 4,4 milliards de m3, l’irrigation agricole en représentant près des deux tiers.

étude eau irrigation consommation
© Hélène Challier

L’étude de France Stratégie sur les prélèvements et consommations d'eau en France qui vient de paraître explique que la ressource en eau renouvelable, indispensable aux di­fférents usages anthropiques et au fonctionnement des milieux aquatiques, a diminué de 14 % en France au cours de ces quinze dernières années. Cette tendance devrait s’aggraver, notamment en période estivale, avec le changement climatique. Qu’en est-il de son utilisation par le secteur agricole ?

Lire aussi : Irriguer plus de surfaces agricoles avec autant d’eau : comment relever le défi ?

Des prélèvements agricoles essentiellement pour l’irrigation

Les usages agricoles en eau sont en très grande majorité liés à l’irrigation. L’abreuvement des animaux et le nettoyage des bâtiments d’élevage contribuent aussi aux prélèvements, mais de manière beaucoup plus marginale, moins de 1 % des prélèvements agricoles selon l’étude qui souligne que ce chi­ffre est probablement sous-estimé car de nombreux prélèvements pour l’élevage sont inférieurs à 10 000 m3 et donc non renseignés dans la BNPE (Banque nationale des prélèvements quantitatifs en eau) de l’Office français de la biodiversité.

Lire aussi : Irrigation de cultures agricoles à partir d'eaux usées traitées : que dit le nouvel arrêté ?

3,3 milliards de m3 prélevés pour l’irrigation agricole

En 2020, 3,3 milliards de m3 ont été prélevés pour l’irrigation en France hexagonale (soit 11 % des prélèvements totaux), dont 58 % dans les eaux de surface, et 42 % dans les eaux souterraines. Cela représente environ 1 900 m3 d’eau prélevée par hectare de surface irriguée, soit 190 millimètres. Selon l’étude, par unité de surface, les légumes, les vergers, le soja, le maïs et les pommes de terre sont les cultures qui demandent le plus d’eau. 

Compte tenu de ses surfaces totales, le maïs représente  la culture la plus irriguée (39 % des surfaces irriguées en France). L’ensemble des fruits et légumes ne représentent que 15 % du total des surfaces irriguées.

 

 

Les volumes prélevés pour l’irrigation servent d’abord à des produits exportés

L’étude s’est basée sur les différents flux de production (notamment ceux de FranceAgriMer) pour estimer les usages des di­fférentes surfaces irriguées. Ces dernières le sont d’abord pour des produits exportés, qu’ils soient à usage d’alimentation animale ou humaine (34 % des surfaces irriguées). Viennent ensuite la production d’aliments pour les animaux (28 %) puis celle pour les humains (26 %). Ces surfaces peuvent être converties en volume d’eau, en considérant les quantités d’eau moyennes prélevées pour chaque type de culture : les volumes prélevés se font peu ou prou à parts égales (environ 30 % chacun) entre alimentation humaine, alimentation animale et exportations

L’étude souligne : « Sous l’hypothèse que les produits ont le même usage qu’ils soient exportés ou destinés à l’usage interne, les volumes prélevés pour l’eau d’irrigation le sont majoritairement pour l’alimentation humaine (44 %) puis pour l’alimentation animale (39 %) ». 

 

 

Une irrigation qui progresse sur tout le territoire

Pour évaluer l’évolution de l’irrigation indépendamment des variations interannuelles liées aux conditions météorologiques, l’étude a comparé les surfaces équipées en irrigation en 2010 et en 2020. Il ressort que dans tous les bassins versants, la part d’exploitations équipées et les surfaces équipées augmentent substantiellement. 

L'irrigation se développe surtout dans le nord de la France

L’augmentation des surfaces équipées varie de + 12 % dans le bassin Adour-Garonne à + 78 % dans le bassin Artois-Picardie. « Dans ce dernier, le développement de l’irrigation est notamment lié à la culture des pommes de terre et des légumes d’industrie (petits pois et haricots verts, par exemple) » note l’étude qui explique qu’en Adour-Garonne, on observe une diminution des surfaces de maïs irrigué. « Ainsi, le développement de l’irrigation semble surtout marqué dans le nord de la France, où elle était jusqu’à présent peu développée » souligne l’étude.

 

 

Une consommation en agriculture dépendante du système d’irrigation

En irrigation, les consommations dépendent du système utilisé : la micro-irrigation, l’aspersion et l’irrigation par gravité. «

 Il y a des cultures pour lesquelles l’irrigation est centrale, qu’elle concerne des cultures à forte valeur ajoutée sur de petites surfaces (maraîchage et arboriculture), des grandes cultures d’été (maïs et soja), des cultures qui nécessitent une irrigation d’appoint (sorgho et tournesol), ou des cultures pour lesquelles l’irrigation n’intervient qu’en fin (blé) ou début de cycle (colza) » explique l’étude. Cette dernière souligne que certaines cultures sont irriguées pour accroître leur rendement et répondre à la demande du marché. « C’est le cas de la pomme de terre, qui est irriguée pour respecter le cahier des charges de l’industrie en termes de calibre et de présentation des tubercules, ou bien encore de la vigne, qui est irriguée pour mieux piloter le taux d’alcool du vin et plus largement ses qualités organoleptiques » explique l’étude.

Lire aussi : Fonds d’investissement hydraulique agricole : les appels à projets sont lancés

Quelle part de l’eau irriguée rejoint les milieux ?

« Concernant la micro-irrigation, du fait de son efficacité, il est généralement considéré que presque toute l’eau est consommée, car incorporée par les plantes ou bien évapotranspirée. Pour ce qui est de l’irrigation par aspersion, une part de l’eau (entre 20 % et 30 %) dérive, est drainée et ruisselle ; une petite quantité rejoindra donc les milieux » affirme l’étude qui considère que 10 % rejoindront in fine les milieux. Selon elle, concernant l’irrigation gravitaire, des travaux conduits sur des systèmes d’irrigation gravitaire dans le sud de la France indiquent que de 40 % à 80 % de l’eau d’irrigation rejoint la nappe.

« Un travail prospectif est en cours pour identifier les territoires et les périodes où des conflits d’usage pourront potentiellement advenir »

L’étude estime qu’à l’avenir, la question de l’eau devra être mieux prise en compte dans l’élaboration des différentes politiques publiques et dans leur territorialisation. « C’est dans cet objectif qu’un travail prospectif sous différents scenarii d’usage, et sous différents scenarii climatiques, est en cours. Ce travail, qui aboutira au deuxième semestre 2024, permettra d’identifier les territoires et les périodes où des conflits d’usage pourront potentiellement advenir » conclut-elle.

Lire aussi : L’irrigation traditionnelle, une pratique agricole ancestrale désormais inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité

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