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Comment bien évaluer un veau en diarrhée

Voici un veau avec une diarrhée assez marquée, une déshydratation bien présente et une hypothermie. L’urgence est gérée, la génisse est perfusée, mise au chaud et au sec, le vétérinaire est parti mais elle n’est pas encore sauvée !

Cette génisse tient péniblement debout. © C. Fouquet
Cette génisse tient péniblement debout.
© C. Fouquet

« Bonjour, j’ai un veau de 6 jours avec de la diarrhée, il n’est pas en forme, il faudrait passer le voir. » Pas en forme, cela reste bien vague. Cette génisse tient péniblement debout et n’a pas de réflexe de succion, c’est un indicateur de gravité. Les extrémités sont fraîches, et le thermomètre donne une valeur guère reluisante : 37,8 °C (au lieu de 38,5-39 °C voir 39,5 °C) ! Là oui, on peut dire qu’il n’est pas en forme. Une hypothermie, c’est bien plus grave que de la fièvre, cela signe un affaiblissement de l’organisme. On continue de faire le tour du veau : la diarrhée est pâteuse, plus claire que la normale. Une maldigestion n’est pas à écarter, il faut questionner l’éleveur sur la quantité de lait qu’elle a ingérée jusque-là : lait trop riche, pas à la bonne température, en quantité trop importante…

Le ventre est plutôt creux : une gastro-entérite paralysante est peu probable, la caillette serait pleine de liquide si c’était le cas. On vérifie enfin le nombril : un veau à diarrhée se retrouve vite dans un milieu de vie humide et sale, et l’apparition d’une omphalite est alors possible. Dans le cas présent, le nombril est normal.

 

 
La diarrhée est pâteuse, plus claire que la normale. © C. Fouquet
La diarrhée est pâteuse, plus claire que la normale. © C. Fouquet

 

Reste à évaluer la déshydratation de cette génisse : le pli de peau à l’encolure est légèrement persistant, l’œil un peu enfoncé, les muqueuses collantes. Il va falloir la réhydrater par voie orale mais aussi par intraveineuse. Une réhydratation complète par intraveineuse peut parfois nécessiter plusieurs litres sur plusieurs heures et une hospitalisation est alors nécessaire. Il faudra s’adapter à la demande de l’éleveur (très bonne génisse, veaux mâles chez des sélectionneurs) et faire selon les capacités d’accueil de la clinique vétérinaire.

 

 
Mettre au chaud et au propre est le début du traitement.  © C. Fouquet
Mettre au chaud et au propre est le début du traitement. © C. Fouquet

 

Et voilà notre petit veau installé sur une bonne couche de paille, avec une couverture sur le dos et des bouillottes (bidons d’eau chaude) pour le réchauffer. Mettre au chaud et au propre est le début du traitement : un veau qui patauge dans l’humidité, en plein courant d’air, se remettra bien moins vite. Vous devez vous sentir à l’aise au chevet de ce petit malade.

Pour la perfusion, plusieurs options : si le veau est calme/abattu, il suffit de le maintenir légèrement ; s’il est plus agité, le plus simple est de l’installer sur une palette en lui attachant les pattes dessus, ainsi que la tête avec un petit licol. Un cathéter ou une aiguille permettront de faire une perfusion plus ou moins longue. Cette perfusion apportera du liquide/volume dont manque le veau, mais également du sucre et du bicarbonate, les veaux diarrhéiques étant fréquemment en hypoglycémie et acidose. Le degré d’acidose peut être évalué par la mesure des gaz du sang, du pH urinaire, mais aussi cliniquement : démarche ébrieuse (comme s’il était saoul) à tel point parfois qu’il ne tient pas debout, perte du réflexe de succion…

Lutter contre la déshydratation

La réhydratation par intraveineuse permettra de remettre le veau « à niveau » ! Mais il ne faut pas s'arrêter là : la réhydratation doit se poursuivre par voie orale, et de façon réfléchie. Un veau qui boit d’habitude 2 litres de lait matin et soir ne doit pas se retrouver brutalement avec seulement 2 litres de réhydratant matin et soir. Primo, les réhydratants ne sont jamais aussi énergétiques que le lait, le veau va donc se retrouver en hypoglycémie alors qu’il est déjà affaibli par la maladie. Secundo, si ses besoins habituels sont au moins de 2 litres de « liquide » matin et soir, pour le réhydrater il faut forcément augmenter la quantité ! Il faut donc le plus souvent poursuivre le lait (éventuellement en quantité moindre), sauf dans le cas des gastroentérites paralysantes où une diète de lait permettra entre autres à la caillette de se vidanger. Il faudra en parallèle distribuer des réhydratants : à noter que tous ne se mélangent pas au lait. De plus, il est plus intéressant de multiplier les prises (6 x 1 l plutôt que 2 x 3 l).

Autre élément du traitement, un pansement digestif permet de limiter les pertes de liquide et de calmer l’irritation intestinale. Cela peut être de l’argile ou du charbon. Attention, sur les diarrhées type gastroentérites paralysantes, il faut stimuler la vidange de la caillette : les pansements digestifs sont donc déconseillés dans un premier temps.

Le saviez-vous ?

Il est possible de ré-ensemencer la flore intestinale du veau après le traitement anti-infectieux. On utilise alors du kéfir ou du « lait-yaourt ». La prise est spontanée et cela améliore grandement la récupération.

Faire l’examen clinique d’un veau à diarrhée

- Température rectale et des extrémités
- Vérification du nombril
- État de l’abdomen (ballonné, rempli de liquide, creux…)
- État d’hydratation : pli de peau +/- persistant, œil +/- enfoncé
- État des muqueuses : roses, blanches, violacées, humides, sèches, collantes…
- État général : capacité à se tenir debout, démarche ébrieuse…
- Présence d’un réflexe de succion ou non

Traiter la cause de la diarrhée

° Pour cela, il faut pouvoir la déterminer ! Les E. coli sont très souvent présents mais on ne peut pas non plus écarter certains virus (rotavirus, coronavirus) et parasites (Cryptosporidium). Le seul moyen d’en avoir la certitude est de réaliser une analyse de selles avant tout traitement.

° Le traitement repose sur des antibiotiques en première intention avant d’avoir les résultats d’analyse. Il peut se faire par voie orale et/ou parentérale. Cela dépendra du degré de gravité : plus les symptômes sont graves (incapacité à se tenir debout, muqueuses violacées, signes de septicémie…) et le veau jeune, plus les antibiotiques par voie injectable sont recommandés. Les antibiotiques par voie orale font l’objet de controverse : l’avantage est qu’ils agissent directement sur le site de l’infection, l’inconvénient est qu’ils altèrent fortement la flore intestinale.

° Une alternative éventuelle est l’utilisation de produits ou de préparations magistrales réalisées par le vétérinaire, contenant des huiles essentielles qui limitent le développement bactérien, viral et/ou parasitaire.

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