OGM : un premier bilan après huit ans de culture à grande échelle
Louis-Marie Houdebine, directeur de recherche à l’Inra, nous fait part de son analyse concernant le développement des productions transgéniques.
LES PROFESSIONNELS des semences et de la protection des plantes (CFS, Gnis, UIPP) ont donné la parole dans leur dernière lettre d’information, intitulée “Plantes transgéniques”, à Louis-Marie Houdebine, directeur de recherche à l’Inra, mais également membre de la Commission du génie génétique, membre de la Commission de biotechnologies de l’Afssa, et co-auteur du rapport de l’Afssa “OGM et alimentation : peut-on identifier et évaluer des bénéfices pour la santé ?”.
Des atouts techniques et économiques non négligeables
«Après huit ans de culture d’organismes génétiquement modifiés (OGM) à grande échelle, il est possible de dresser un premier bilan même si les données sont en rapide évolution. Le fait qui s’impose tout d’abord est le succès commercial global de la démarche puisque l’augmentation de la culture des OGM atteint le taux de 15 % par an. Il est de ce point de vue remarquable que l’adoption des OGM par certains pays en développement ait commencé peu de temps après leur implantation dans les pays développés pionniers. Le plus incontestable paraît être la simplification des méthodes de culture mais aussi une augmentation significative des revenus des agriculteurs, ce qui a un impact relatif dans les pays riches mais infiniment plus important dans les pays en développement. Dans ce dernier cas, les agriculteurs peuvent libérer une partie de leur budget, de leur temps et de leur terre pour favoriser les soins médicaux et l’éducation de leurs enfants ainsi que la culture de plantes vivrières pour leur usage personnel. C’est le cas à des titres divers en Chine, en Afrique du Sud, à Hawaï, en Argentine et en Bolivie. De ce point de vue, l’impact du soja résistant à un herbicide en Argentine et de la papaye résistante à un virus à Hawaï est particulièrement important. L’implantation d’une pomme de terre résistante à des nématodes est considérée comme vitale pour les Boliviens. Le coton résistant aux insectes permet en plus dans certains de ces pays une utilisation plus raisonnée des insecticides, une diminution de l’exposition des agriculteurs et une meilleure prise en compte de l’environnement.
Les premiers OGM ont donc plutôt bien réussi leur entrée en scène. Les OGM actuels n’apportent rien de décisif aux consommateurs mais il n’y a là rien de choquant. Les OGM actuels n’ont pas été conçus à cet effet mais seulement pour les agriculteurs qui ont comme tout le monde le droit de bénéficier du progrès technique. Les OGM de seconde génération sont à l’étude. Ils visent à modifier le métabolisme des plantes pour des raisons d’ordre agronomique mais également pour augmenter la valeur nutritive des aliments. Le cas le plus avancé est sans doute le riz doré supplémenté en vitamine A et qui a pour but de réduire les carences dont souffrent plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde, condamnées de ce fait à la cécité et à la mort. L’impact réel de ces variétés de riz n’est pas encore connu mais plusieurs pays dont l’Inde et les Philippines misent sur cette approche.
Des organismes vivants et produits dérivés sous haute surveillance
Une série de tests, destinés à identifier les effets toxiques et allergènes des OGM ainsi que de leurs produits dérivés, a été définie et normalisée. Ils sont systématiquement utilisés sous le contrôle de commissions d’experts indépendants sous la responsabilité en France de l’Afssa (Agence française de santé et de sécurité alimentaire). Aucun effet négatif des OGM, utilisés pour l’alimentation animale et humaine, n’a été mis en évidence à ce jour. Les effets environnementaux des OGM sont plutôt positifs en ce qui concerne l’usage des pesticides et à un moindre degré des herbicides. L’impact des OGM sur la flore et sur la faune n’apparaît pas négatif même si des effets potentiels à long terme n’ont pas pu être totalement évalués.
Un ensemble économique important, l’Union européenne, n’a toujours pas adopté la culture des OGM sauf dans un pays, l’Espagne, qui cultive du maïs Bt à grande échelle et qui ne paraît pas du tout disposée à changer d’avis. Cette attitude qui a permis à l’UE de mettre en place des procédures d’évaluation des risques, d’étiquetage et de traçabilité cohérentes s’accompagne d’une désaffection forcée des chercheurs et des industriels qui s’approche dangereusement d’un point de non retour.
Les opposants aux OGM font valoir que cette approche technique est pleine de risques et d’inconnus pour les consommateurs et l’environnement. Les arguments utilisés, qui sont de moins en moins crédibles et acceptés, comportent de nombreuses inexactitudes destinées à inquiéter les citoyens consommateurs. La contamination des variétés traditionnelles par des OGM est un problème agronomique réel mais pas fondamentalement différent de celui que rencontrent les cultures classiques. Le dis-cours sur la contamination des produits biologiques par des OGM est pour le moins trouble. Le culte de la pureté des produits biologiques n’a pas grand-chose à voir avec les problèmes de biosécurité. Comment un produit considéré comme inoffensif à l’état pur pourrait-il sérieusement être dangereux à l’état de traces ? Personne n’a par ailleurs pu montrer que les produits biologiques étaient plus sains et véritablement moins risqués pour l’environnement. Les vendeurs de produits biologiques ont objectivement intérêt à inquiéter les consommateurs avec les OGM pour faire fructifier leur nouvelle poule aux œufs d’or.
Les opposants aux OGM affichent de plus en plus clairement que leur combat est avant tout politique. Aussi respectable que soit ce combat, il perd de sa crédibilité en se reposant sur tant de contre-vérités et il compromet l’avenir d’une branche prometteuse de l’agriculture, y compris et surtout pour les pays pauvres. Les OGM sont une réalité. Il paraît désormais plus judicieux de mettre son énergie pour tirer des OGM le meilleur parti pour tous plutôt que de tenter d’en empêcher l’usage.»