Enquête
Étonnant, surprenant, stupéfiant, renversant, inimaginable : bref tous les synonymes d’incroyable n’y suffisent pas. La plupart des journaux ont consacré cette semaine un long développement à la mort mystérieuse d’Agnès S.... Il ne s’agit pas d’un fait divers relatif à une personnalité en vue du «showbiz» ou de la mode, comme on peut en lire de temps à autre, et qui fait la “une” des médias. Non, imaginez-vous tout simplement qu’après un suspense de 555 ans (vous avez bien lu !), la cause de la mort d’Agnès Sorel, favorite officielle de Charles VII, décédée à Jumièges près de Rouen le 11 février 1450 et dont les restes reposent à la collégiale Saint-Ours-de-Loches, vient enfin d’être dévoilée ! En effet, les travaux conjoints d’une équipe de 22 médecins et scientifiques français, de 18 laboratoires et institutions sous la conduite d’une sommité en matière d’anatomie et cytologie pathologique du CHU de Lille ont mis fin à une intolérable énigme. La très belle dame, immortalisée par le tableau de Jehan Fouquet (la Vierge à l’enfant, chef d’œuvre du musée d’Anvers), qui lança la mode des épaules et des seins dénudés, est décédée à un âge compris entre 23 ans 9 mois et 27 ans 9 mois, soit une naissance située entre 1422 et 1426, alors que les historiens situaient généralement sa mort entre 1409 et 1425. Selon ces doctes experts en paléopathologie (médecins légistes, toxicologues, anatomopathologistes, archéologues, anthropologues, paléoparasitologues, etc.) Agnès Sorel aurait été victime d’une intoxication aiguë au mercure, sans que l’on puisse conclure quant au caractère criminel ou non de cette intoxication. En effet, nul ne peut savoir si Agnès a été empoisonnée sur ordre du dauphin, le futur Louis XI —comme la rumeur le prétendait— ou tout simplement parce que pour des raisons médicales des sels de mercure lui auraient été administrés pour faciliter sa quatrième grossesse, voire pour soigner une infection parasitaire intestinale. Quant aux coupeurs de cheveux en quatre, qui avaient avancé la thèse d’un empoisonnement à l’arsenic (soupçonnant Jacques Cœur, grand argentier de Charles VII, ami intime de son fils Louis XI et exécuteur testamentaire d’Agnès S...), l’étude toxicologique, réalisée sur les phanères prélevés sur le crâne d’Agnès S..., les a renvoyés à leurs chères études. Une interrogation tout de même : à part une poignée d’historiens passionnés, qui peut être vraiment intéressé par cette enquête ? Enfin, face aux pandémies ravageuses de notre époque et aux vaccins qui tardent à venir, est-ce bien raisonnable de voir des scientifiques se consacrer à de telles recherches ? Sans négliger naturellement les financements qui les accompagnent.