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Laitue : trois méthodes contre le puceron à l’essai

Le projet Eclipse a évalué plusieurs méthodes de lutte alternative pour maîtriser les pucerons en cultures de laitue de plein champ durant les trois dernières années. Tour de piste des différentes méthodes abordées.  

La sarriette et l’alysse odorante ont peut-être eu un effet limité sur la présence du puceron, mais difficile à quantifier.
La sarriette et l’alysse odorante ont peut-être eu un effet limité sur la présence du puceron, mais difficile à quantifier.
© Sileban

Les filets

Des essais ont été mis en place par les partenaires du projet (voir encadré) pour évaluer l’intérêt de protéger les cultures de salade avec différents types de filets à mailles fines, allant de 600 µm à 950 µm. Des résultats variables ont été obtenus en fonction de la date de mise en place des filets. Les meilleurs résultats s’obtiennent avec une installation des filets dès la plantation sur des plants indemnes de pucerons. Dans ces conditions, la diminution des populations de pucerons est comprise entre 55 % et 96 %, mais le ravageur n’est jamais complètement éradiqué. Ces résultats s’expliquent en partie par les expérimentations réalisées en laboratoire par la Fredon Nord-Pas-de-Calais, indiquant qu’aucun des filets testés n’était hermétique aux pucerons.

Les larves de pucerons sont effectivement capables de passer à travers les mailles, permettant ainsi l’établissement de colonies sous les filets. La mise en place de filets quelques semaines après plantation s’est quant à elle avérée préjudiciable. En effet, l’absence de régulation naturelle par les auxiliaires sous les filets favorise le développement des populations de pucerons. De plus, la mise en place des filets est chronophage et complexifie le désherbage mécanique des cultures en nécessitant des manipulations des couvertures à chaque intervention. Il s’est également avéré que l’accroissement des températures sous les filets pouvait être préjudiciable pour la qualité des séries de production estivales. Des problèmes de pommaison et de qualité des feuilles ont été rapportés.

Les produits de biocontrôle

Bactérie, huile de neem, acides gras, purin d’ail et huile essentielle d’orange sont les produits qui ont été utilisés dans le projet Eclipse pour lutter contre les pucerons en laitue de plein champ. Chez SudExpé, pour lutter contre les pucerons en culture de melon sous abris, les produits de biocontrôle utilisés étaient soit à base d’acides gras, de sucre, de savon noir ou d’huile de neem. Ces produits de contact ont été appliqués en présence de pucerons, une fois par semaine. Sur les laitues, les pucerons retrouvés sont Nasonovia ribis nigri, présents majoritairement au cœur des laitues, et Uroleucon uroleucon, présents sur les feuilles externes.

Aucun des produits de biocontrôle testés n’a montré d’intérêt, et le constat est partagé par toutes les stations partenaires. Cette absence de résultats probants s’explique en partie par le fait que l’efficacité des produits de biocontrôle testés est conditionnée par leur capacité à atteindre les pucerons lors des applications. Certains pucerons se réfugiant au cœur des laitues, ils échappent aux traitements. De futurs projets pourraient permettre de tester des adjuvants associés à ces produits de biocontrôle, pour essayer de maximiser les effets de ces derniers.

Les plantes de service

Une bande fleurie diversifiée a été mise en place à proximité ou au sein de la planche de laitues.

La deuxième et la troisième années d’essais ont permis de travailler les plantes de service pour les laitues de plein champ. La féverole, l’alysse maritime, l’alysse odorante, la tanaisie commune, la menthe verte et violette, la sarriette ou encore une bande fleurie diversifiée ont été mises en place à proximité ou au sein d’une série de laitues. Les observations confirment que les auxiliaires arrivent sur les laitues lorsque les pucerons sont déjà en place. Mais le développement exponentiel et rapide de ces derniers, par colonies, réduit l’efficacité des auxiliaires qui n’arrivent pas à suivre. De fait, les laitues présentent de nombreux pucerons au stade de commercialisation. En 2022, au pôle légumes région Nord (PLRN), un gradient d’auxiliaires a été observé uniquement sur la série de laitues plantées en semaine 22 et sans forte présence de pucerons (5,5 auxiliaires par laitue à 1 m de la bande fleurie contre 2,5 auxiliaires par laitue à 10 m).

Ce gradient n’a pas été observé pour la série de plantations en semaine 32 lors d’une forte infestation de pucerons. L’hypothèse émise est que lorsque les laitues présentent beaucoup de pucerons, les auxiliaires viennent de l’environnement plus ou moins lointain et non pas uniquement de la bande fleurie. Dans un autre registre, la féverole n’a pas été une plante de service concluante non plus dans cet essai. De plus, la présence de limaces rend délicat son utilisation malgré son double intérêt comme engrais vert et plante réservoir. L’alysse maritime et la tanaisie n’ont pas montré d’effet répulsif d’après le Sileban, tout comme la menthe, expérimentée au PLRN. La sarriette et l’alysse odorante ont peut-être eu un effet limité, mais difficile à quantifier selon le Caté. La bande fleurie diversifiée comprenant sainfoin, trèfle de perse, souci officinal et bleuet est un réservoir d’insectes auxiliaires mais là encore, aucun gradient d’efficacité n’a été démontré, d’après le PLRN.

Pas de synergie entre les différentes méthodes 

La combinaison de techniques n’a pas montré d’efficacités réelles.

La combinaison de techniques (biocontrôle + filet, filet + biocontrôle, filet + plante de service, biocontrôle + plante de service + filet ou encore plante de service + filet) n’a pas montré d’efficacités réelles. Cependant, certains constats ont pu être faits, comme pour l’utilisation de filets qui empêche le travail naturel des auxiliaires. De plus, lors de leur croissance, les plantes de service ont soulevé les filets et les ont abîmés, les rendant moins hermétiques vis-à-vis des pucerons, d’après les essais menés par Terre d’essais. À ce jour, sans produit chimique, la gestion des pucerons en laitue de plein champ n’est pas toujours évidente, surtout quand le développement des colonies est très rapide. Les filets, plantes de service, produits de biocontrôle ne permettent pas un contrôle satisfaisant. De nouveaux axes doivent être travaillés, comme l’addition d’un adjuvant avec les produits de biocontrôle, la chaîne de lavage des laitues, la résistance variétale ou encore la lutte inondative d’auxiliaires.

Lumière sur les stations d’expérimentations 

Le projet Eclipse (2020-2023), financé par France Agrimer, a mobilisé cinq stations d’expérimentation partenaires du projet. On y retrouve le pôle légumes région Nord (PLRN) implanté dans le Nord Pas-de-Calais, ainsi que le Sileban situé en Normandie, le Caté dans le Finistère, Terre d’essais dans les Côtes-d’Armor et enfin SudExpé pour le Languedoc-Roussillon.

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