Tomates marocaines : pourquoi les producteurs français ont mené une opération de sensibilisation
Des producteurs de tomates ont envahi vendredi 26 avril les rayons fruits et légumes de plusieurs supermarchés dans quatre régions de France pour sticker les tomates marocaines avec des autocollants Origine Maroc. Une sensibilisation à destination des consommateurs, de la grande distribution mais aussi des politiques.
Des producteurs de tomates ont envahi vendredi 26 avril les rayons fruits et légumes de plusieurs supermarchés dans quatre régions de France pour sticker les tomates marocaines avec des autocollants Origine Maroc. Une sensibilisation à destination des consommateurs, de la grande distribution mais aussi des politiques.

Ils sont arrivés à l’improviste dans plusieurs supermarchés des départements du Lot-et-Garonne, du Finistère, d’Ille-et-Vilaine ou encore du Vaucluse. Planches de gros stickers jaunes ou oranges à la main, les producteurs ont étiqueté les tomates en provenance du Maroc avec les simples mots « Origine Maroc » inscrits en gros. Etaient visées en particulier, les tomates cerise du royaume chérifien vendues à bas prix (0,99 € la barquette de 250 g) et toujours en rayon alors que la saison française de tomates a commencé. Dans certains magasins (vu à Paris par exemple) les tomates marocaines à ce prix défiant toute concurrence sont en tête de gondole alors que toute l’offre française est reléguée à l’intérieur des linéaires.
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Quelles sont les revendications des producteurs de tomates ?
En apposant eux-mêmes les autocollants sur les barquettes de tomates cerise, les producteurs entendaient protester d’abord contre une mésinformation du consommateur sur l’origine des produits. Pour rappel, l’origine des fruits et légumes doit être mentionnée avec une taille de caractère au moins égale à celle du prix, ce qui n’est - il est vrai, pas tout à fait le cas - en ce qui concerne en particulier les tomates cerise. Cette opération, qui s’est déroulée dans le calme, a pu en outre créer des échanges directs entre producteurs et consommateurs finaux.
Mais au-delà de cette information aux consommateurs, l’opération qui a eu lieu quelques jours après le déplacement du ministre de l’Agriculture française Marc Fesneau au Salon international de l’Agriculture du Maroc (SIAM), avait aussi pour objectif de dénoncer les importations massives de tomates cerise marocaines en période de production française et d’insister sur la quasi-inexistence des barrières douanières. En effet, selon l’accord UE/Maroc qui date de 2012, les exportations marocaines sont soumises à :
- un contingent tarifaire à droit nul de 285 000 tonnes réparties mensuellement du 1er octobre au 31 mai.
- une réduction de tarif droits de douane ad valorem de 60 % de juin à septembre, sans limitation ;
- Et depuis 2000, à un prix d’entrée conventionnel de 0,461 €/kg du 1er octobre au 31 mai. Mais ce prix d’entrée n’est pas indexé sur l’inflation !
A noter que depuis 2014, la méthode de calcul du prix d’entrée se fait sur la base de la valeur forfaitaire à l’importation (VFI), « qui ne prend pas en compte l’évolution variétale des importations de tomates marocaines », souligne l’AOPn Tomates et concombres de France. Or l’offre marocaine comporte désormais une part très importante de tomates cerise, qui ont une forte valeur ajoutée.
Sur la saison 2022-2023, 424 690 tonnes de tomates marocaines ont été importées en France (394 740 tonnes en 2021-2022) soit une augmentation de 7,6 %, selon l’Aopn Tomates et Concombres de France. (Ces données comprennent les tomates pouvant ensuite être réexportées en Europe).
Les producteurs dénoncent aussi le coût de la main-d’œuvre au Maroc par rapport à la France
Autre point sur lequel les producteurs de tomates entendent sensibiliser public, distributeurs et politiques, la différence entre le coût de la main-d’œuvre au Maroc et en France qui pèse lourd dans le prix de la tomate. « Au Maroc, le salaire minimal brut horaire est de 0,81€, soit un coût employeur de 0,98€ », dénonçait en janvier l’AOPn Tomates et concombres de France. Au même moment, celui de la France, était de 11, 65 € (soit un coût employeur de 13,77 € de l’heure pour les entreprises de moins de 11 salariés). L’écart est donc de 12,79 € de l’heure entre le Maroc et la France.
Quatre revendications pour favoriser la consommation de tomates françaises
En résumé, les producteurs de tomates français demandent à ce que :
- l’origine du pays soit affichée de manière lisible sur la face supérieure de l'emballage (et que mention le lieu d’emballage soit écrite de manière plus petite)
- que le drapeau du pays producteur y soit imprimé avec une hauteur minimum de 15 millimètres ;
- que la production française soit privilégiée par la grande distribution, grossistes et détaillants lorsqu’elle est disponible ;
- que l’accord UE/Maroc soit révisé de manière à ce que les « producteurs français ne soient plus concurrencés à outrance sur leur période de production ».