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Pêche : Le faible intrant ne passe pas le test

Un essai sur pêche de la Sefra (Drôme) démontre que la réduction d’intrants conduit à des prises de risque qui diminuent les rendements. Ces pertes de production ne peuvent être compensées que par un prix de vente supérieur.

Dans la parcelle faibles intrants, la diminution de la fertilisation a fortement pénalisé la vigueur, les rendements et les calibres.
© Sefra

« Il est inenvisageable avec les variétés actuelles de produire des nectarines « zéro résidu » sans compensation financière », affirmait Yannick Montrognon, technicien chargé du programme pêches et nectarines à la Sefra (Drôme), lors de la journée Séance Arbo organisée par la station expérimentale fin septembre. Si certaines méthodes alternatives aux produits phytosanitaires de synthèse sont applicables, « les grosses réductions d’intrants engendrent des problématiques de ravageurs secondaires, complétait-il. Seule la stratégie en agriculture biologique permet de prendre des risques de par ses prix de vente élevés. Mais neuf variétés sur dix ne sont pas cultivables en bio. » Pour illustrer son propos, le technicien a pris l’exemple de la cloque, pour laquelle « le matériel de base a une sensibilité catastrophique », et où la seule solution alternative aux produits de synthèse est le cuivre. Contre les pucerons, l’application uniquement d’huile et d’argile suffit à contrôler les populations de pucerons. Mais des ravageurs comme les forficules, les punaises et les charançons sont alors en recrudescence. Ces conclusions, il les a tirées notamment d’un essai inscrit dans le projet Ecopêche, mis en place en 2012, comparant trois modes de conduites : raisonné (RAI), faibles intrants (FI) et agriculture biologique (AB) sur la variété Nectasweet® Nectardreamcov. Les objectifs de la stratégie phytosanitaire FI étaient d’éviter les insecticides, les produits toxiques (T ou T +), et de réduire les fongicides. L’irrigation était enterrée pour éviter les herbes sur le rang et les pourritures en diminuant l’hygrométrie. La fertilisation a été réduite de 30 % par rapport à la modalité raisonnée à partir de la 3e feuille. Le désherbage a été fait mécaniquement avec des brosses à partir de la même année.

Le monilia en post-récolte reste le point noir

L’indice moyen de fréquence de traitements (IFT) non verts sur les trois années récoltées, 2014-2015-2017 (la récolte 2016 ayant été perdue par la grêle) était inférieur de 62 % sur la modalité faibles intrants par rapport à la modalité raisonnée. Les IFT de biocontrôle ont, eux, doublé. En AB, seuls les traitements en cuivre, en moyenne de 1,5 par an, ne sont pas considérés comme de biocontrôle. La réduction de l’IFT est donc de 83 % par rapport à la modalité raisonnée. « Sur tordeuse, la confusion fonctionne bien et nous l’avons utilisée dès 2015 sur la modalité raisonnée, témoignait l’expérimentateur. De la glu a été utilisée contre les forficules ». Contre l’oïdium, le soufre est efficace, et contre les pucerons, les huiles. Concernant le monilia, l’impasse sur le Signum en 2015 sur la modalité faibles intrants a conduit à des pertes en verger de 3 % supplémentaires par rapport à la modalité raisonnée et une perte de trois jours en post-récolte avant d’atteindre les 50 % de fruits pourris (16 jours en FI contre 19 jours en RAI). « Et pourtant l’irrigation était enterrée et la fertilisation inférieure », constatait Yannick Montrognon. En agriculture biologique, l’absence de solution sur cette maladie nécessite un envoi des fruits directement en station après la récolte, puisqu’au bout de maximum six jours, 50 % des fruits étaient pourris.

Près de 15 % de fruits en moins en faibles intrants

La diminution de la fertilisation a fortement pénalisé la vigueur, les rendements et les calibres de la modalité FI. Dès la première année de réduction de la fertilisation, la vigueur a chuté de 40 % en faibles intrants par rapport à RAI. Et « l’effet est cumulatif », soulignait le spécialiste. Au bout de six années de croissance, la vigueur sur FI était équivalente à celle des arbres en AB. La production cumulée de la parcelle FI sur les trois années récoltées était inférieure de 14 % par rapport à la modalité RAI. « La proportion de fruits en calibre A et plus a diminué chaque année du fait de la faible vigueur », continuait-il. En 2017, ils ne représentaient plus que 67 % des volumes en 2017. En AB, la part des calibres A et plus est restée stable, soit près de trois quarts des fruits. Son rendement, 63 t/ha sur trois ans, est la moitié de celui de RAI. « Le désherbage mécanique maîtrise l’enherbement du rang, notait Yannick Montrognon. Le buttage-débuttage est un très bon système, mais il ne peut pas être appliqué quand les vergers sont plantés sur buttes ou coteaux. La brosse est moins efficace dès lors que les adventices se sont déjà installées. » De ces quatre années d’observation, l’expérimentateur insiste sur le fait que « la génétique est le levier le plus important dans les systèmes faibles intrants et en agriculture biologique. Quel que soit le système de culture mis en place, bon ou mauvais, la marge restera faible dans une stratégie AB ou faibles intrants si la variété choisie est sensible. »

Un bilan économique en faveur du bio

« Le prix de vente élevé en bio (3,13 €/kg pour Nectardreamcov, source AOP) compense les coûts et les pertes de rendements », constatait Yannick Montrognon. Malgré un rendement réduit de moitié par rapport à la modalité raisonnée et un coût moyen des intrants par hectare (2 500 €/ha) un peu plus élevé que sur cette modalité, la marge est près de 2,5 fois supérieure. Sur cet essai, le budget alloué aux phytosanitaires a été réduit de moitié par rapport à la modalité raisonnée, mais le coût des fertilisants a, en revanche, doublé. Le nombre d’heures de main-d’œuvre est réduit d’un tiers du fait de la faible vigueur et charge des arbres en AB. Mais ramené au kilo cueilli, ce coût est de 0,50 €/kg contre 0,35 €/kg en raisonné (base 11,80 €/h). « Sur la modalité faibles intrants, la diminution des coûts de production n’a pas compensé les pertes de production », continuait l’ingénieur. Les coûts des intrants ont en effet été réduits d’un tiers par rapport à la modalité raisonnée et ceux de main-d’œuvre de 15 %. Mais la marge était inférieure de 20 % au final.

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