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Emmanuelle Ducros : « le RIP pour les animaux est un piège intellectuel "

Emmanuelle Ducros, journaliste économique et spécialiste des questions agricoles à l’Opinion nous éclaire sur le référendum pour les animaux.

Emmanuelle Ducros © DR
Emmanuelle Ducros
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Que pensez-vous du référendum d’initiative partagée (RIP) pour les animaux ?

Emmanuelle Ducros - Ce RIP pour les animaux a quelque chose de dérangeant de par les personnes qui le portent. Notamment des associations antispécistes dont la finalité n’est pas l’amélioration des conditions d’élevage mais purement et simplement l’abolition de l’élevage. Il y a donc à l’origine de ce référendum une base malhonnête, qui doit être, elle aussi, mise sur la table. Ces associations utilisent des vidéos d’élevages qui sont des cas singuliers et se servent de la méconnaissance de la population pour arriver à leurs fins. Ce référendum est un piège intellectuel car chacun s’accorde à ne pas vouloir faire souffrir les animaux. Il joue sur les émotions non sur la rationalité. Il y a beaucoup de marketing derrière. Et évidemment des pensées économiques : la viande artificielle est un énorme marché.
 

« Le RIP pour les animaux s’essouffle » observe Jean-Baptiste Moreau, éleveur et député

Ce genre de pratiques risque-t-il de se démultiplier ?

E. D. – Oui c’est une possibilité. Dans les années 1950-1960, on a demandé aux agriculteurs de produire pour nourrir la France. Ce qu’ils ont fait. Aujourd’hui, on se trouve face à une société qui a oublié ce qu’est le manque et à une population agricole qui n’en représente qu’une part mineure. La vision de la société est ainsi proche de celle de Martine à la ferme. La notion de la place de l’homme dans la chaîne alimentaire a été perdue. L’idée de tuer pour se nourrir est devenue intolérable à des citadins éloignés de la ruralité. Aussi, avec une telle méconnaissance du monde de l’élevage, il est facile de faire croire que l’exceptionnel représente la réalité. Les gens projettent leur propre fantasme sur les animaux sans savoir si c’est mieux pour eux ou non.
À cela s’ajoute la volonté de contrôler l’assiette de l’autre de la part d’une frange de la population. Enfin, le manque récurrent de communication dans le monde agricole n’arrange rien.
 

Lire aussi : Bien-être animal : un groupe Facebook s'attaque au RIP pour les animaux d'Hugo Clément

Quelle attitude adopter ?

E. D. – Beaucoup de pédagogie reste à faire. Il y a également des questions à se poser sur ce qu’on mange. Expliquer que l’agriculture ne peut exister sans élevage. La nourriture n’est pas juste un nutriment mais quelque chose que l’on se transmet. Elle a une valeur patrimoniale, culturelle… Il faut expliquer que ce n’est pas parce que l’on tue un animal qu’on ne le respecte pas.
Il est important de ne pas laisser le champ libre à ces associations. Ce serait dévastateur. Leur opposer une bataille d’images, basée sur des faits, est nécessaire. Travailler sur les visites à la ferme, les circuits courts… On est dans un moment de débats. Il est essentiel que le monde agricole s’empare du sujet, communique. Certes, une partie de la population est déjà impossible à convaincre mais il en reste une qui ne s’est pas encore posée la question et qui doit pouvoir faire son choix objectivement. La vérité n’est pas blanche ou noire. Il est essentiel de raconter ce que l’on a à raconter.
Il sera par ailleurs fondamental d’accepter de mettre sur la table des sujets difficiles comme le transport des animaux, les abattoirs… L’abattage fait partie de la vie. Pour autant, cela ne veut pas dire accepter la cruauté, ou ne pas respecter l’animal. C’est d’ailleurs insupportable pour les éleveurs qui aiment leurs animaux. Chaque maillon de la chaîne doit prendre ses responsabilités.
 

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Quelle communication fonctionne ?

E. D. – La communication faite par les agriculteurs sur leur quotidien, par le biais des réseaux sociaux est extrêmement positive ! Ils sont légitimes ! Cette visibilité offerte par les réseaux permet de rééquilibrer la parole, de ne pas abandonner le terrain. De nombreux agriculteurs le font très bien. Toujours avec patience et bonne humeur, sans laisser de questions gênantes de côté.
Il est vrai que cela peut être compliqué de répondre aux nombreuses sollicitations. Il peut, éventuellement être intéressant de se former pour apprendre à répondre.
Il est en revanche important de se mettre à la place du citadin pour qui, il est parfois difficile de comprendre un monde qu’il ne connaît pas. L’élevage n’a pas à rougir de ses pratiques. Les éleveurs n’ont pas à avoir honte de leur métier, ils n’ont aucune raison de culpabiliser.

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