S'adresser au plus grand monde
La Semaine de l'Agriculture Nouvelle-Aquitaine, mise sur pied en un temps record pour donner vie au débat, est une réussite pour la communication de la filière.

En mars dernier, la crise sanitaire de la covid-19 prenant de l'ampleur, l'État annonçait des mesures de confinement drastiques. Tous les événements sportifs et culturels ont alors été au mieux reportés, au pire annulés en cascade. La tenue du Salon de l'Agriculture Nouvelle-Aquitaine, prévu au départ du 16 au 24 mai, est vite devenue improbable. Les organisateurs ont pourtant refusé tout report, préférant mettre sur pied une nouvelle formule.
C'est ainsi qu'est née la Semaine de l'Agriculture, du 18 au 20 mai. Trois jours, dix débats professionnels ou grand public, pour donner la parole au monde agricole. « On avait le choix entre renoncer, ou inventer autre chose. Cette Semaine a permis de redonner la parole aux agriculteurs, afin qu'ils prennent leur communication en main », se réjouit Dominique Graciet, président de la chambre d'agriculture régionale, et président du SANA.
« Les organisateurs, et notamment Bruno Millet (directeur adjoint de la chambre d'agriculture régionale et commissaire général du SANA), ont cherché une solution pour rendre hommage au rôle de l'agriculture dans cette crise », explique Julien Privat, journaliste pour Aqui.fr et aux manettes du projet AgriWeb.TV. Un média né lors de l'édition 2019 du SANA et qui a pris une tout autre dimension cette année.
En un peu plus d'un mois, un ensemble de partenaires se sont rassemblés pour mettre sur pied un réseau de médias. « Les organisateurs ont travaillé sur des thèmes d'actualité avec des invités très spécialisés, Aqui.fr a monté une quarantaine de vidéos pour AgriWeb.TV, KA2 Communication a géré les maquettes et la mise en forme des visuels, Éric Dournès, directeur de CréaSUD, a apporté un côté professionnel avec le plateau », détaille Julien Privat.
De multiples formats, tels que « Paroles d'agriculteurs » (mini-portraits vidéos), « Soyons gourmands » (recettes et conseils culinaires de l'Agence de l'Alimentation Nouvelle-Aquitaine), « L'invité » ou « Ces jeunes installés » (des parcours de vie) ont été diffusés sur le site internet AgriWeb.TV. Le coeur de la Semaine a ensuite battu au rythme de chacun des débats en direct, « comme en période de présidentielle, mais avec moins de moyens » en rit Éric Dournès.
Une autre communication
Les directs ont été assurés depuis le Pavillon des Arts à Pau, où CréaSUD avait déplacé sa régie pour l'occasion. « C'est un plateau personnalisable, que l'on a mis aux couleurs de la Nouvelle-Aquitaine, en plein centre de Pau, où l'on se trouve depuis le début du confinement, pour proposer une émission en direct, « Bonsoir le Béarn » », décrit Éric Dournès. Les moyens techniques sont importants pour un monde agricole qui n'en a pas l'habitude.
« On a mobilisé une équipe de cinq personnes pour tourner ces émissions en multiplex. Sur le plateau, deux écrans géants pour diffuser les invités en direct vidéo, le plus souvent par Skype, et cinq caméras. Le but étant pour la personne nous regardant de donner de l'air avec le confort visuel du plateau », détaille le gérant de CréaSUD. C'est ainsi que, sans présence physique, les débats ont pu se tenir dans un échange très interactif.
Le produit fini a été multidiffusé, en direct sur AgriWeb.TV, sur la chaîne Youtube de CréaSUD, et sur la page Facebook du SANA. Les dix débats y ont totalisé près de 36 000 vues (le 21 mai à 16 h). De nombreuses autres pages Facebook et médias divers, comme NoA et TV7 vont retransmettre ces débats en replay. Le site internet AgriWeb.TV permet aussi d'accéder à tous les replay. Quant au public, il a pu interagir par l'envoi de questions par texto à l'animateur présent en plateau.
« Avec le direct, on a un effet événementiel, chacun apporte sa compréhension du sujet, sa parole qui n'a de sens que dans le temps où le débat se tient », explique Éric Dournès. Par les canaux de diffusion utilisés, le public touché a aussi été bien différent de celui qui vient habituellement au Salon à Bordeaux. « Tout s'inverse, on a donné la parole aux agriculteurs, non pour se défendre mais pour présenter les choses, et on est allé chercher les gens », ajoute-t-il.
Le succès a été au rendez-vous. « Cela donne un autre esprit au Salon. Se sortir de la contrainte de la présence physique permet d'avoir des spécialistes qui n'auraient peut-être pas été disponibles pour se rendre à Bordeaux », continue Julien Privat. « Le physique peut être remplacé par du virtuel, on l'a vu. Les deux formats sont possibles et sont compatibles dans l'avenir pour ce Salon », termine Éric Dournès.
Sylvain Desgroppes