Action syndicale
Opération boycott des produits laitiers d’entreprises irrespectueuses
Le 6 décembre, les producteurs de lait de la FDSEA et des JA de Haute-Loire ont mené une action de boycott en GMS contre certains produits laitiers.




Vendredi 6 décembre, les producteurs de lait de la FDSEA et des JA de Haute-Loire ont rendu visite à plusieurs enseignes de la grande distribution au Puy-en-Velay, à Yssingeaux et à Brioude, dans le but de dénoncer le comportement jugé inacceptable de certaines grandes entreprises laitières. Cette action syndicale qui a mobilisé de nombreux producteurs altiligériens s’inscrivait dans le cadre d’une opération nationale lancée par la FNSEA, les JA et la FNPL.
Une journée sans «Président»
«Une journée sans Président», tel était l’intitulé de cette action qui visait plus particulièrement le leader français et mondial du secteur laitier, l’entreprise Lactalis qui détient la marque «Président». «Lactalis ne négocie même plus le prix du lait avec les producteurs. Elle impose un prix du lait déconnecté de la réalité du marché laitier européen et mondial, qui est plus que favorable à l’heure actuelle. Elle propose un prix du lait à environ 33 centimes le litre alors que du côté des producteurs on attendait plutôt 35 centimes. Et, un écart de 2 centimes par litre c’est énorme pour les producteurs. Le prix du lait sur le marché européen atteint 36 centimes ; on ne comprend pas pourquoi, ici en France le lait est payé moins cher qu’en Allemagne ou aux Pays Bas... » explique Yannick Fialip, président de la FDSEA.
Les producteurs de lait dénoncent aussi un effet d’entraînement sur les autres entreprises laitières : «Lorsque Lactalis a baissé son prix du lait (payé aux producteurs), d’autres entreprises ont malheureusement suivi cette tendance à la baisse» souligne Yannick Fialip.
Pour dénoncer l’attitude des entreprises laitières engagées dans une course au prix le plus bas, les producteurs de lait ont demandé, en début de semaine, aux centrales d’achat de la grande distribution de retirer tous les produits de marque Président durant une journée. Le 6 décembre, les producteurs étaient dans les rayons de plusieurs magasins du département pour vérifier si leur demande avait bien été respectée.
Résultat : si certaines enseignes avaient respecté la consigne, d’autres n’en avaient visiblement pas tenu compte ; les agriculteurs se sont donc chargés eux-mêmes de retirer les briques de lait, les fromages, la crème... fabriqués par Lactalis et d’autres entreprises engagées dans le sens d’une baisse des prix, pour les conduire vers les réserves des magasins concernés.
Faire pression sur Lactalis
A travers cette action symbolique de boycott, l’objectif était bien de sensibiliser le consommateur et de faire pression sur l’entreprise Lactalis.
Les producteurs distribuaient des tracts aux consommateurs présents dans les rayons et ont pris soin de leur expliquer les raisons de leur action. «Le groupe Lactalis augmente ses marges en rognant le prix du lait acheté aux producteurs... Certaines entreprises ne respectent pas les associations de producteurs et les contrats laitiers en décidant unilatéralement de la fixation du prix du lait payé aux producteurs...» tels étaient les principaux messages diffusés auprès des consommateurs à qui ils ont demandé de boycotter un certain nombre de produits laitiers identifiés par des stickers évocateurs : «A boycotter, produit élaboré avec du lait mal payé aux producteurs laitiers». «Cette semaine certaines entreprises ont expliqué à travers des communiqués de presse que le prix du lait n’avait jamais été aussi haut. Il faut rappeler que le prix du lait 2013 est certes en hausse, mais que cette hausse survient après une année 2012 où le prix était en baisse. Le prix du lait 2013 revient donc au niveau de celui de 2011 sauf qu’en deux ans, les charges des exploitations ont augmenté beaucoup plus vite que le prix du lait payé au producteurs !» a expliqué le président de la FDSEA. C’était notamment l’un des points qu’il s’agissait de faire comprendre aux clients des différentes enseignes ce jour-là.
La FDSEA et les JA espèrent que cette action syndicale conduira l’entreprise Lactalis à revoir à la hausse le prix payé à ses producteurs d’ici la fin du mois. Une attente forte de la part des producteurs conscients que le prix du lait pour 2013 servira de base pour le calcul du prix de 2014.
«Les producteurs de lait ont besoin de perspectives. Ils veulent, eux aussi, bénéficier d’un juste retour de la conjoncture laitière positive sur l’année 2013 et poser les bases d’une relation producteurs-entreprises partenariale et équilibrée» soulignent les deux syndicats.
Véronique Gruber