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La Maison de Vic ou le sauvetage des enfants juifs

Invité de la journée commémorative organisée par la mairie de Vic-sur-Cère, Paul Niedermann, rescapé des camps de déportation et sauvé par l’OSE, a témoigné devant les collégiens.

Paul Niedermann poursuit son tour du monde à 85 ans pour témoigner et non “régler des comptes”.
Paul Niedermann poursuit son tour du monde à 85 ans pour témoigner et non “régler des comptes”.
© P.Olivieri

Surtout ne lui servez pas de soupe, encore moins au navet ou aux artichauts. Trop de mauvais souvenirs sont attachés à ces deux légumes qui ont donné à peine de saveur au brouet que Paul Niedermann et sa famille ont eu pour seule nourriture des mois durant. Un brouet qui, pour ce juif allemand, rescapé des camps de déportation, avait plus des allures d’eau de vaisselle que de soupe. C’est par ce type d’anecdotes sur la vie quotidienne des Juifs dans l’Allemagne nazie à partir de 1933 que Paul Niedermann, dont la vivacité et la clarté du propos ne trahissent en rien les 85 ans, captive son auditoire, en l’occurrence ce lundi 30 avril, les élèves des deux classes de troisième du collège de Vic-sur-Cère. Mais si celui qui est l’un des seuls survivants juifs allemands à pourvoir aujourd’hui encore se déplacer dans les écoles pour évoquer avec précision cette époque, parcourt le monde pour témoigner “et non pour régler des comptes”, sa présence à Vic-sur-Cère n’a rien d’une étape anodine. Car, c’est un fait peu connu, mais Vic-sur-Cère accueillit un temps la direction de l’OSE, Oeuvre de secours aux enfants, et l’une des 14 maisons de cette organisation qui mit sur pied durant la second guerre mondiale un réseau clandestin pour mettre à l’abri plus de 4 000 enfants juifs (voir ci-dessous). Paul Niedermann est l’un d’eux.

Le plus terrible : ne plus aller à l’école

 

En 1933, à l’avènement d’Hitler, cet enfant du pays de Bade, frontalier avec l’Alsace, n’a que six ans mais son insouciance va vite être rattrapée par les mesures raciales de Nuremberg édictées deux ans plus tard. “Ces lois ont changé ma vie tout de suite, a témoigné Paul Niedermann. On s’est d’abord attaqué à tous les fonctionnaires juifs licenciés sans délais, aux professions libérales qui ne pouvaient plus avoir que des clients juifs, nous n’avions plus le droit de nous asseoir sur un banc public, d’aller au cinéma, au théâtre, à la piscine...” Mais la plus terrible de ces mesures ségrégationnistes sera l’éviction de l’école primaire. “Ça a été terrifiant”, se souvient le rescapé, qui pourra tout de même continuer, dans un premier temps, d’apprendre sur d’autres bancs, ceux de l’école mise en place par la communauté juive de sa ville. Plus d’école publique mais plus de passeport non plus. Sa famille étant modeste, Paul Niedermann et les siens vont se retrouver “piégés” en Allemagne. Le jeune garçon assiste ensuite à la Nuit de Cristal en novembre 1938, durant laquelle toutes les synagogues, usines, magasins... juifs sont détruits et incendiés. Puis arrive l’automne 1940 et le test grandeur nature visant à déporter les 6 504 juifs des pays de Bade, du Palatina et de la Sarre. Paul Niedermann et sa famille feront partie de ce voyage cauchemardesque de trois jours et quatre nuits dans de vieux wagons acheminés vers la France occupée et Oloron-Sainte-Marie, avant un transfert pour le camp de concentration de Gurs au pied des Pyrénées. Un camp en altitude où la boue associée à des conditions d’hygiène exécrables vont faire des ravages via une épidémie de dysenterie : sur 6 504 déportés, 1 200 vont mourir dès les premières semaines de cet hiver 1940-41. Des chiffres qui laissent sans mot les jeunes collégiens. Paul Niedermann aura plus de chance : transféré au camp militaire de Rivesaltes, il sera sauvé par l’OSE.

 

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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