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Arbres fourragers, une ressource prometteuse

Pour faire face au changement climatique et au manque d'herbe, la ferme caprine du Pradel (Ardèche) s'intéresse au pâturage d'arbres fourragers, et en particulier du mûrier blanc. Les premiers résultats sont prometteurs.

Bien taillé et entretenu, le mûrier blanc revêt un feuillage dense et bien vert très nutritif.
Bien taillé et entretenu, le mûrier blanc revêt un feuillage dense et bien vert très nutritif.
© Mylène Coste

Les arbres fourragers pourraient-ils représenter une part importante de la ration en période estivale ? C'est sur cette question que se penche la ferme expérimentale caprine, l'Institut de l'élevage (Idele) et des OPA du Massif central, dans le cadre du projet Apache 1, lancé l'an dernier. L'ambition : trouver des pistes pour s'adapter au changement climatique via le pâturage d'arbres, alors que l'herbe se fait plus rare. L'étude vise à analyser les effets de l'intégration d'arbres fourragers dans la ration des chèvres : quels impacts sur la production du lait ? La qualité du lait et du fromage ? Quel entretien et plantations privilégier ? Comment intégrer l'arbre fourrager dans son système ?

Mûrier, des valeurs nutritionnelles intéressantes
« L'été dernier, nous avons fait pâturer un lot de chèvres pendant seize jours sur deux hectares de mûriers blancs (feuilles vertes), plantés il y a une trentaine d'années pour la culture de ver à soie, explique Philippe Thorey, animateur de Cap' Pradel. On observe une bonne appétence de la part des chèvres et une bonne digestibilité. » Plus globalement, les premiers résultats sur la productivité sont « excellents », selon Philippe Thorey. « La qualité du lait progresse, avec un taux protéique qui augmente légèrement et un taux butyreux largement amélioré par rapport à une ration à base de foin de luzerne en bâtiment. Par ailleurs, la production de lait a aussi tendance à augmenter. » Autre avantage du mûrier blanc : il est naturellement présent en Ardèche, résiste bien à la chaleur et procure de l'ombrage au troupeau.

 

*Ce projet mené sur trois ans (2021-2024) est financé par la Draaf Aura dans le cadre des fonds Massif central.

Pâturage
Et si l'on réhabilitait le mûrier ?
Ce n'est pas un hasard si on l'a surnommé « l'arbre d'or ». Le mûrier a fait la richesse des Cévennes et a pendant longtemps fait partie du paysage et du quotidien des Ardéchois. Aristote disait même qu'il était « l'arbre le plus généreux qu'on connaisse ».

D'excellentes valeurs fourragères
L'Institut de l'élevage (Idele), en lien avec Cap'Pradel, participe à plusieurs études sur le mûrier blanc à la ferme du Pradel. D'emblée, s'impose un constat : le mûrier offre une ressource fourragère tout l'été et au-delà, très intéressante en période de sécheresse quand le fourrage manque. Les apports nutritionnels des feuilles de mûrier sont très intéressants : 17 % de MAT et 83 % de digestibilité. « Ses valeurs nutritives sont similaires à celles de la luzerne », estime Lixiane Keller de Schleitheim, ancienne séricicultrice à Saint-Vincent-de-Barrès. « Ce n'est pas pour rien qu'autrefois les paysans faisaient des fagots de feuilles de mûrier à l'automne pour pouvoir nourrir le troupeau durant l'hiver ! » En 1986 déjà, celle-ci avait participé à une étude sur différentes variétés de mûrier en lien avec L'Inrae d'Avignon et la ferme du Pradel. Source de diversification, la culture du mûrier permet donc de limiter les achats extérieurs de fourrage et de renforcer l'autonomie alimentaire. Et, contrairement à la plupart des espèces de prairie, le potentiel fourrager des feuilles de mûrier se maintient durant l'été et jusqu'à l'automne. Outre le pâturage, il est aussi possible d'ensiler les feuilles de mûrier.

Un atout en période sèche et chaude
Ses racines lui permettent d'aller chercher l'eau en profondeur. D'où sa résilience en période de sécheresse ! Le mûrier apporte aussi de l'ombre aux animaux. « Il sait attendre les dernières gelées de printemps pour faire éclater ses bourgeons » disait le philosophe Pline. Les arbres permettent également de stocker du CO2 et d'attirer des auxiliaires comme la chouette chevêche, et toute une biodiversité animale.

Des variétés productives jusqu'à l'hiver
À côté des variétés traditionnelles cévenoles, certaines variétés hybrides semblent montrer un grand intérêt. Lixiane avait opté pour la variété japonaise « kokuso », très productive. « Au Japon, ce mûrier peut se conduire comme de la vigne (3 000 pieds par hectare). On le taille de telle façon que les branches restent accessibles du sol et facilite la cueillette. L'autre intérêt est le renouvellement rapide des feuilles après ramassage, rallongeant ainsi considérablement la saison séricicole ; celle-ci n'était possible autrefois qu'au printemps ; avec Kokuso, elle se prolonge jusqu'à l'automne. » Quelle que soit la variété, une taille régulière du mûrier lui permet de rester productif.

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