Des herbicides sur la sellette
La palette des désherbants disponibles devrait
se réduire fin 2015. Nouveaux produits, réintroduction d’herbicides jusqu’à présent délaissés et recours
aux solutions alternatives d’entretien sont
donc au programme.
de se compliquer dès fin 2015.
« On assiste à une réduction du nombre de matières actives herbicides disponibles, alerte Xavier Delpuech, ingénieur à l’IFV. Une vingtaine sont aujourd’hui sur le marché, mais en réalité, l’essentiel du désherbage compose avec quelques molécules comme le glyphosate, l’aminotriazole, le flazasulfuron, la flumioxazine ou encore l’oryzalin. » Mais cela ne devrait pas durer. En effet, quatre matières actives ou spécialités majeures pourraient faire l’objet d’un retrait fin 2015. La première, et non des moindres, est la flumioxazine, matière active de l’herbicide de prélevée Pledge de Philagro. Cette molécule reste disponible pour la campagne 2014/2015 et pourrait être interdite pour la campagne suivante (réglementation européenne). Cette suspension aurait de lourdes répercussions puisqu’en 2014, environ 100 000 hectares de vigne avaient reçu un traitement à base de Pledge.
Des reports vers le flazasulfuron et le glyphosate à attendre
Second produit menacé : le Surflan de DowAgroSciences. Ce désherbant de prélevée, à base d’oryzalin, devrait être retiré pour une utilisation en solo fin 2015. Mais la firme a préparé ses arrières, avec une nouvelle spécialité associant l’oryzalin et l’isoxaben, en cours d’homologation. Surflan reste disponible pour 2015.
L’aminotriazole, matière active de post-levée présente dans de nombreux produits de Nufarm (Amitril Uno, Derby, Diazole TL, Navega, Weedazol TL et Weemax Duo) est concernée par le renouvellement des inscriptions à l’annexe I (fin 2015). Cette matière active est soutenue par la profession mais la France pourrait aller au-delà de la décision européenne par principe de précaution, en demandant le retrait de ce produit. En 2014, l’aminotriazole était employé sur 100 000 hectares.
Par ailleurs, Emir et Sheik (oxyfluorfen + propyzamide), deux herbicides de prélevée de DowAgroSciences, devraient eux aussi être retirés du marché fin 2015.
Face à ces changements qui pourraient se confirmer fin 2015, il va falloir adapter les stratégies de désherbage chimique, en utilisant les matières actives disponibles sans pour autant les suremployer. Ainsi, en désherbage de prélevée, le retrait de la flumioxazine devrait entraîner un report des désherbages de prélevée vers le flazasulfuron. « Nous travaillons cette matière active avec différents partenaires afin de la gérer au mieux et d’éviter les dérives de sensibilité », souligne Emmanuel Archer, responsable de marché vigne chez Belchim Crop Protection. De même en post-levée, le retrait possible de l’aminotriazole pourrait reporter un certain nombre d’applications vers le glyphosate.
Au final, « il faudra trouver de nouvelles solutions », prévient Xavier Delpuech, qui combineront les matières actives disponibles en pré et en post levée, le travail du sol et/ou l’enherbement, voire d’autres solutions.
L’utilisation de molécules jusqu’à présent délaissées est une autre piste. « En prélevée, on réintroduit des matières actives peu utilisées comme la propymazide (Kerb Flo de DowAgroSciences, Propyce et Propyce Line de Top SA, ou encore Rapsol WG de Philagro) », commente ainsi Guillaume Castaldi, de la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire.
Combiner toutes les techniques d’entretien du sol
« Dans des vignobles comme le Languedoc Roussillon, il est indispensable de conserver une palette d’herbicides suffisante pour désherber sur le rang afin de pouvoir alterner les matières actives sur plusieurs années et éviter les inversions de flore, souligne Blandine Broquedis, de la Chambre d’agriculture du Gard. On observe par exemple de plus en plus d’érigéron, de morelles mais aussi des levées automnales, comme la mauve, le géranium… bien maîtrisés par l’aminotriazole. La combinaison du désherbage chimique et des autres techniques d’entretien du sol est par ailleurs la seule solution technico-économiquement viable pour nos vignobles avec souvent des surfaces importantes à gérer. Trop réduire les solutions herbicides, c’est mettre en péril une partie des surfaces de notre vignoble… »