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Logistique
Yann Bouchery : "La compréhension globale des flux est essentielle"

Yann Bouchery est responsable de l'axe de recherche logistique-terre-mer-risque et professeur associé en supply chain management à l’EM Normandie. Il donne son analyse sur les enjeux de la logistique aujourd'hui.

Yann Bouchery est Professeur Associé en Supply Chain Management & Logistique à l'EM Normandie depuis 2014, et le responsable de l'Axe de Recherche Logistique-Terre-Mer-Risque depuis septembre 2015.
© T. Michel

La Dépêche-Le Petit Meunier : Et si l’on rappelait de quoi on parle lorsqu’on évoque la logistique ?

Yann Bouchery : Je préfère parler des logistiques. Il s’agit du pilotage des flux physiques, financiers et d’informations en général, appliqué à la place portuaire et maritime pour ce qui concerne le sujet des céréales par exemple. C’est l’organisation de ces flux qui créent de la compétitivité ou pas. Mais attention, cette compétitivité pour une filière, pour une place portuaire ne peut pas se concevoir ni se penser aujourd’hui indépendamment d’une compétitivité globale, c’est-à-dire en prenant en compte ce qui se passe avant et ce qui se passe après le passage par la place portuaire. La logistique est une question clé dans l’amélioration de la compétitivité. Or, en France, historiquement, on a eu du mal à appréhender et à comprendre les enjeux des logistiques portuaires. Ceci est en train de changer.

LD-LPM : Quels sont les points essentiels à traiter pour parler logistiques ?

Y. B. : L’idée est de comprendre pour pouvoir prévoir. Tout repose sur la compréhension globale des flux, pas seulement ceux au moment du passage au port. Par exemple, quel rôle jouent les pays émergents, quelle est l’influence de la Chine, que se passe-t-il à l’origine et à destination pour les matières premières à traiter ? Il convient également de déterminer quelles sont les grandes tendances au niveau de ces flux, d’adopter un positionnement stratégique pour générer et capter de la valeur et enfin de mettre en place les bons outils et les technologies qui vont avec. Ces dernières sont une conséquence des choix faits et en aucun cas une cause de ces choix.

LD-LPM : Parlons un peu technologies…

Y. B. : Aujourd’hui, jamais nous n’avons eu un panel aussi riche à notre disposition. Il ne faut ni les idéaliser, ni les diaboliser. Dans le cas précis de la fameuse blockchain, par exemple, on entrevoit de très bonnes choses mais il existe aussi beaucoup de communication autour. L’idée de se passer d’un tiers de confiance soulève des questions intéressantes. On en est encore à une étape où beaucoup d’acteurs d’une chaîne de production donnée ont besoin de recevoir des informations des autres acteurs de cette chaîne mais ne sont pas prêts à diffuser leurs propres informations. La certification d’une information et son rattachement à un produit physique demeure une vraie question à traiter.

LD-LPM : Quels sont les mots-clés des logistiques pour 2019 ?

Y. B. : Je dirai qualité, « glocalisation » et économie circulaire. Tout le monde se réclame de la qualité et beaucoup d’efforts sont faits sur ce segment. Je précise juste que ceci est à placer dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée. Je pense aussi que le consommateur final ne s’approvisionnera pas pour tout ce qu’il achète en local ou en circuit de proximité. Il faut donc penser les flux logistiques de façon globale et de façon locale, un mélange des deux notions, ce que j’appelle la glocalisation. Les places portuaires me semblent avoir de nombreux atouts pour créer les synergies entre global et local. Enfin, la gestion et la valorisation des déchets des filières me semblent aussi un enjeu important.

LD-LPM : Et en conclusion ?

Y. B. : D’abord, ce qu’il faut avoir en tête, c’est que ce que veut un client, c’est un service logistique bout en bout pas des fragments de services additionnés les uns aux autres. Ensuite, je pense que les zones maritimes et portuaires conserveront une place prédominante dans les années à venir pour tous les flux massifs et prédictibles.

En avant pour la containerisation !
A titre d’exemple, souligne Yann Bouchery, les flux en containers ont cru de 15 % pour Haropa en 2017. C’est une vraie tendance portuaire. La containerisation des flux de céréales et de grains est une idée intéressante. « On peut y associer les notions de montée en gamme et de personnalisation massifiée réclamées par la société ». Des exemples précis existent déjà pour le lin, la piste peut aussi être explorée pour le blé ou d’autres céréales. « Cette idée séduit aussi car souvent, par exemple, les bateaux qui arrivent d’Asie vers l’Europe sont des bateaux de containers de produits finis pleins et l’Europe renvoie souvent des containers vides. On perd donc de la valeur. Si l’on est capable de renvoyer des containers remplis de céréales vers l’Asie, alors on rééquilibre ce flux Asie Europe Asie et on peut réaliser des économies sur les coûts du fret » explique Yann Bouchery.

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