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Moisson 2023 : vers des revenus très hétérogènes en fonction des choix de gestion

La récolte des céréales 2023 se solde sur des résultats agronomiques corrects, quoique hétérogènes. Côté résultats économiques, l’effet ciseau des prix va se faire ressentir pour certaines exploitations.

Juillet 2022. Fosse pleine de blé tendre, réception pour du stockage à la ferme
Les décisions de vente par rapport à sa récolte vont cette année être déterminantes dans le résultat des exploitations.
© G. Omnès

La récolte 2023 va se caractériser par des écarts de résultats très importants entre exploitations. L’hétérogénéité dans les rendements s’observe entre les régions, entre les exploitations et parfois même d’une parcelle à l’autre. À la large fourchette de résultats de production s’ajoute l’hétérogénéité des résultats économiques. L’année 2023 pourrait se solder par des disparités de chiffres d’affaires très fortes d’une exploitation à l’autre. En cause : la production obtenue mais aussi les décisions de gestion opérées tout au long de la campagne.

« L’effet ciseau que l’on redoutait est en train de se produire pour certaines exploitations », constate Mathilde Schryve, responsable régionale études et prospectives au CER Bourgogne-Franche-Comté. L’équation est simple, l’année 2023 combine des intrants achetés à des prix encore élevés après la flambée déclenchée par la guerre en Ukraine, et des prix des céréales en baisse continue depuis un an.

Une hausse des charges de 15 à 20 % par rapport à 2022

D’après les estimations de Piloter sa ferme, concernant le blé tendre, le coût de production moyen se situe aux alentours de 1 700 euros par tonne (€/t). « Par rapport à 2022, sans prendre en compte les adaptations éventuellement mises en place, la hausse des charges est de 15 à 20 % selon les exploitations », complète Mathilde Schryve. « C’est encore tôt pour évaluer la marge à l’hectare qui sera dégagée, mais certaines situations pourraient être tendues », pressent Matthieu Beyaert, responsable des marchés chez Noriap. Les moyennes annuelles de résultats vont en effet masquer les disparités. « C’est une année où les extrêmes vont s’exprimer », confirme Thomas Rigault, expert agri PME chez Cogedis.

Des prix d’équilibre qui varient en fonction de la production

Le seuil de commercialisation peut changer du tout au tout selon les cas. Concernant les coûts de production, c’est souvent le moment où les engrais ont été achetés qui fait la différence entre exploitations. L’effet rendement est aussi prépondérant et varie à la fois en fonction des conditions météo, du type de sols et des choix techniques. D’après les données de Piloter sa ferme, pour un rendement de 6,5 t/ha, le prix d’équilibre s’établit à 261 €/t ; pour un rendement de 7,5 t/ha, il est de 227 €/t et pour un rendement de 8,5 t/ha, on se situe plutôt à 200 €/t. En parallèle, le prix du blé tendre rendu Rouen s’établit à 226,50 €/t au 21 août.

Dernier paramètre, et non des moindres, qui va influer sur les résultats : les décisions de vente de la récolte. À la mi-août, la part de récolte engagée avant la moisson 2023 est très variable d’une exploitation à l’autre mais les ventes sembleraient moins avancées que l’an dernier à la même date. « Paradoxalement, en début d’année, les agriculteurs ont moins engagé de volumes de la récolte à venir que l’année précédente alors que les prix étaient encore autour de 300 €/t », note Sylvain Jessionesse, agriculteur et fondateur de Piloter sa ferme.

Les sommets atteints par les cours des céréales l’an dernier - la tonne de blé a dépassé les 400 €/t (Euronext) en mai 2022 - ont marqué les esprits. Ils ont permis à la plupart des producteurs de grandes cultures d’enregistrer de très bons résultats en 2022 malgré la hausse des charges. « Les agriculteurs se sont basés sur cet historique de prix records pour prendre leur décision de vente pour la récolte 2023 », avance Sylvain Jessionesse. En 2023, dans le contexte de prix baissiers depuis juin 2022, certains agriculteurs ont cru bon d’attendre un hypothétique retour de la hausse des prix pour commencer à engager leur récolte.

Que retenir de cette campagne ?

Dans le contexte d’extrême volatilité des prix et de grandes incertitudes géopolitiques, le prix des céréales semble être un indicateur assez incertain pour prendre ses décisions de commercialisation. « Le seul indicateur qui vaille est le revenu de l’agriculteur », souligne Sylvain Jessionesse. À partir du moment où l’on couvre ses charges et que l’on assure sa rémunération, il faut appuyer sur le bouton. Il note que les agriculteurs qui ont engagé une partie de leur récolte avant mars 2023, voire avant décembre 2022, ont sécurisé une partie de leurs marges et sont moins pénalisés par les niveaux actuels des cours. « Cette campagne montre la nécessité de répartir le risque en écoulant la vente de sa récolte dans le temps », remarque Virginie Ciesla-Maudet, dirigeante du cabinet de conseil Assertis. « Avoir une bonne connaissance de ses chiffres est devenu aussi important que la maîtrise des techniques de production », confirme Thomas Rigault.

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