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« Jouer sur la souplesse de cycle végétatif de l’espèce orge »

Jean-Charles Deswarte est ingénieur au pôle « valorisation de l’écophysiologie » chez Arvalis-Institut du végétal. Il nous livre son analyse sur la capacité des orges à affronter le changement climatique en cours.

Jean-Charles Deswarte, Arvalis-Institut du végétal."Le réchauffement climatique ne doit pas se traduire par un désinvestissement de la sélection sur la résistance au froid."
© Arvalis
À quel changement climatique doit-on s’attendre dans les années à venir et quel peut en être l’impact sur la culture des orges ?

Jean-Charles Deswarte - Clairement, les prédictions liées au changement climatique indiquent une hausse des températures avec une augmentation de la variabilité de celles-ci. Cela signifie qu’il y aura toujours potentiellement des séquences froides. On est obligé de faire le grand écart entre des situations où nous connaîtrons des hivers très doux et d’autres avec des épisodes de froid. Dans le premier scénario, on ne veut pas que l’orge démarre trop tôt la montaison sous peine d’être exposée aux risques de dégâts de gels de sortie d’hiver ou de début de printemps. Le froid hivernal ne doit pas non plus amener l’orge vers trop de tardiveté. Il faudra une construction génétique pour stabiliser autant que possible la précocité en jouant sur des gènes de sensibilité à la photopériode par exemple.

Les risques de dégâts dus au gel hivernal vont-ils disparaître ?

J.-C. D. - Il ne faut pas interpréter de manière trop rapide le réchauffement climatique en se disant que le froid ne sera plus un problème car il y aura toujours des risques de chutes brutales de température sans neige, qui sont les conditions propices aux dégâts. L’évolution du climat ne doit pas se traduire par un désinvestissement de la sélection sur la résistance au froid. La vernalisation chez les variétés devra être conservée un minimum puisque cela apportera une capacité d’endurcissement au froid de l’orge pendant l’hiver.

Sur la fin de cycle des orges avec l’épiaison, le remplissage des grains… comment peut-on interpréter l’impact du changement climatique ?

J.-C. D. - Par rapport à un blé tendre, l’orge d’hiver présente un cycle plus court, de deux semaines environ, ce qui lui permet de limiter les risques de stress hydrique ou thermique de fin de cycle. En outre, avec la hausse des températures, les cycles vont encore se raccourcir, surtout en post-épiaison. Mais malgré l’avancement des stades, la phase de remplissage se fera en conditions plus chaudes. Pour rester sur des conditions thermiques de remplissage toujours favorables, il faudrait anticiper la floraison.

Et en ce qui concerne les orges de printemps ?

J.-C. D. - Les orges de printemps sont plus tardives donc plus exposées aux conditions de stress climatique de fin de cycle. Il y a un travail à mener sur l’alimentation en eau de ces orges (adaptation à la sécheresse) et la tolérance aux fortes températures. Le changement climatique se traduit également par une augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère et davantage de rayonnement disponible en début d’été, deux facteurs qui concourent à une photosynthèse plus active. Ce peut être favorable à la productivité des orges de printemps à condition qu’il y ait une bonne disponibilité en eau pour celles-ci.

Quelles solutions faudra-t-il envisager en termes d’adaptations variétales pour les agriculteurs ?

J.-C. D. - Avec les orges, on bénéficie d’une espèce avec des semis possibles à l’automne, en hiver, au printemps. Une variété peut être potentiellement implantée de novembre à fin février mais elle devra avoir un léger frein de vernalisation pour bien encaisser le froid hivernal et en même temps ne pas être trop tardive avec un semis en février. Il faut avoir une réflexion autour de cela sur la génétique. D’autant qu’entre orges d’hiver et orges de printemps, nous avons affaire à une même espèce, avec un génome diploïde relativement simple (au contraire du génome hexaploïde du blé tendre par exemple). On peut les croiser : il n’y a pas de barrière biologique très forte.

En somme, pour répondre aux aléas climatiques, il faudrait pouvoir semer la même variété à différents moments, en fonction des fenêtres d’implantation, tout en étant assuré que les phases clés (début montaison et remplissage) se déroulent en dehors des périodes à risques climatiques. En même temps, une bonne diversification des variétés et de leurs cycles végétatifs (orges d’hiver semées à l’automne, orges de printemps semées à l’automne ou au printemps) permettrait aux producteurs de limiter les risques du changement climatique.

Quelle est la priorité des sélectionneurs sur l’adaptation des orges aux changements climatiques ?

J.-C. D. - Il y a différents types d’orges travaillés dans le monde avec un accès à une diversité génétique intéressante en Australie, en Amérique du Sud, sur le pourtour méditerranéen… On peut y trouver par exemple des sources de tolérances à la sécheresse. Mais chez les orges brassicoles, le premier élément du cahier des charges du sélectionneur est l’amélioration de la qualité. Pour l’obtenteur, il est difficile en même temps de travailler des critères écophysiologiques pointus.

Un impact sur la qualité de récolte

Les à-coups climatiques pourraient impacter la qualité de la récolte, comme sur la teneur en protéines avec un raccourcissement de cycle de végétation rendant plus courte la période de fertilisation. Peut-être faudra-t-il réfléchir à de nouvelles formes d’engrais pour répondre aux besoins de protéines ou irriguer pour sécuriser l’absorption d’engrais ? Les variations thermiques et hydriques font peser le risque de production de tardillons ou d’une levée de dormance des graines sur les épis (germination). La variété est un levier contre ce risque à prendre en compte dans la sélection. Il en est de même contre la modification de polymérisation des protéines et/ou sucres dont le risque augmente avec les à-coups climatiques.

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