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Exportation des pailles : les quatre points de vigilance pour ne pas appauvrir son sol

Avec le contexte climatique de l’année, des besoins en paille sont pressentis et peuvent amener certains céréaliers à s’interroger sur les possibilités d’en exporter. On fait le point sur les bonnes pratiques à prendre en compte pour bien exporter ses pailles sans pour autant appauvrir son sol.

Chantier de paille pendant les moissons dans le departement de la Marne. Chargement et dechargement de ballots de paille de ble. Engin Massey Ferguson 2170.
L'exportation occasionnelle des pailles après la récolte n'a pas d'effet notable sur l'état du sol.
© J.-C. Gutner

Avec les difficultés de semis à l’automne 2023 et au printemps 2024 liées aux excès d’eau, les assolements ont été modifiés pour s’adapter aux conditions climatiques, souvent au détriment des céréales à paille. Conséquence indirecte : un manque de paille à l’échelle nationale, notamment pour les éleveurs.

Et si cette année climatique compliquée était l’occasion d’exporter ses pailles ? Quels sont les risques encourus quand elles ne sont pas restituées ? Y a-t-il des règles à prendre en compte, notamment en matière de fréquence, pour exporter ses pailles sans dépouiller son sol ?

Faire le point sur ses pratiques

« Dans le cas des céréaliers, si la paille est conservée, cela contribue à l’entretien de la teneur en matière organique des sols, rappelle Hélène Lagrange, ingénieure agronomie et fertilisation chez Arvalis. Quand on enlève la paille, on exporte donc une partie de cette matière organique. Or, l’évolution des taux de matière organique est liée à différents facteurs tels que le climat, le type de sol, les apports et l’ensemble des pratiques liées à la matière organique sur la rotation complète. » Dans ce contexte, il semble donc nécessaire de différencier deux types de pratiques : l’exportation de paille à titre exceptionnel, ou de manière plus régulière. « Quand on exporte sa paille ponctuellement une année, il n’y aura aucun impact sur le sol », rassure Lise Gouaud-Lecoq, conseillère grandes cultures à la chambre d’agriculture de la Charente.

Apporter du fumier ou du digestat pour compenser

De quoi encourager les céréaliers les plus frileux à répondre aux besoins des éleveurs en manque de paille cette année. Cela pourra notamment se faire au travers d’un échange paille-fumier. « Au-delà de la gestion des résidus et des pailles, des apports organiques sous d’autres formes peuvent être envisagés », soulève Rémy Ballot, agronome et ingénieur de recherche à l’Inrae. L’exportation de paille peut en effet être en partie compensée par un apport de matière organique tel que du fumier. Ce type d’échanges existe également dans certains secteurs où sont installés des méthaniseurs. Édouard Coudière, agriculteur en Eure-et-Loir, exporte ponctuellement de la paille destinée à alimenter l’unité de méthanisation de son secteur géographique et reçoit en contrepartie du digestat. « Pour 3 à 4 tonnes de pailles par hectare, je récupère environ 10 tonnes de digestat solide, que j’intègre à mon plan d’épandage. Je choisis, dans ces cas-là, les parcelles où je prévois de faire un colza ou un blé sur blé », témoigne le céréalier.

Lorsque les exports de paille sont réguliers, il peut être judicieux d’en suivre les conséquences sur le sol. Des analyses de sol réalisées tous les quatre ou cinq ans permettent de faire un état des lieux, notamment concernant la teneur en potasse et en carbone. Ces informations permettent de raisonner la fertilisation phospho-potassique et d’appréhender la teneur en matière organique, afin d’estimer si elle a besoin ou non d’être améliorée.

Apporter du potassium en cas de seuil critique

Autre indicateur à prendre en compte : la teneur en phosphore (P) et surtout en potassium (K), qui va de facto être diminuée en cas d’exportation récurrente des pailles. « Les exports de paille sont intégrés dans les méthodes de calcul pour déterminer les stratégies de fertilisation », indique Hélène Lagrange. Avec la méthode Comifer, plusieurs déterminants sont intégrés au raisonnement pour affiner le diagnostic et la préconisation pour les apports d’engrais. 

Lire aussi | Sol : gagner en autonomie pour mieux le connaître

Différents points sont passés au crible : l’exigence des cultures, la teneur du sol étayée par une analyse de terre est comparée à des seuils de référence, l’ancienneté du dernier apport de fertilisant minéral ou organique et enfin la gestion des résidus de la culture précédente. « En cas d’exportation des pailles, une fertilisation de compensation peut être ajoutée à la culture suivante si la teneur du sol est jugée insuffisante », précise le Comifer, dans sa documentation dédiée. Ainsi, la culture suivante pourra faire l’objet d’un apport de potassium correspondant à l’exportation par les pailles, en cas de seuil critique de la teneur du sol. Sachant que selon le type de culture, l’exigence ne sera pas la même, avec par exemple une demande plus importante pour les pommes de terre ou la betterave que pour le blé tendre ou l’orge.

Simuler l’évolution de la matière organique

Dans le cadre d’une exportation, même ponctuelle, ne faisant pas l’objet d’un échange paille-fumier, la stratégie peut consister à anticiper les conséquences de l’enlèvement des pailles sur une parcelle donnée. « Il existe des modèles qui permettent de simuler la teneur en matière organique du sol selon les changements de pratiques », expose Hélène Lagrange. Développé par Arvalis, l’Inrae, Agro-Transfert et LDAR, l’outil Simeos-AMG simule l’évolution de la teneur en carbone organique du sol. L’évaluation de l’état des sols permettra d’éviter l’export des pailles dans les parcelles en situation d’appauvrissement.

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