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Doryphore : quels sont les moyens de protection en maraîchage bio contre ce ravageur ?

Très prolifique, le doryphore est un ravageur majeur de la pomme de terre et plus généralement des Solanacées, notamment de l’aubergine. Les dégâts peuvent être rapidement importants.

Le doryphore passe l’hiver dans le sol sous forme adulte et émerge au printemps quand la température du sol dépasse 10 °C. Tant qu’il n’a pas mangé, il ne peut pas voler, seulement marcher. L’émergence s’étale sur environ 50 jours, de mi-avril à mi-juin. Les pontes sont échelonnées et une femelle pond 600 à 800 œufs. L’incubation dure une semaine, puis l’insecte passe par quatre stades larvaires sur 2-3 semaines. Il s’enterre ensuite dans le sol pour la nymphose qui dure 1-2 semaines. 2 à 3 cycles par an sont possibles. « Ces dernières années ont été marquées par une forte présence des doryphores chez les maraîchers, en pomme de terre et aubergine, constate Benoît Voeltzel, de l’Acpel-chambre d’agriculture de Charente-Maritime. Les larves sont très voraces et les dégâts peuvent être très importants. » Depuis le retrait en 2019 du Novodor à base de Bacillus thuringiensis, jusque-là principal moyen de lutte contre le doryphore, la protection en bio est en effet devenue plus compliquée. S’y sont ajoutées les températures élevées des derniers étés, qui entraînent plus d’activité et un développement plus rapide de l’insecte.

Moyens de protection

Insecticides

En 2022, l’Acpel a testé plusieurs insecticides : Success 4 (spinosad), la référence ; Repulso et V27, à base de plantes ; et Capsanem, à base de nématode Steinernema carpocapsae, qui pénètre et se développe dans les larves de doryphore jusqu'à entraîner leur mort. Les traitements ont été réalisés entre 23 heures et minuit, pour avoir une humidité relative de 75 % et une température de 20 °C, nécessaires à l’activité des nématodes. Success 4 a présenté une très bonne efficacité contre tous les stades larvaires du doryphore dès la première application. V27 et Repulso pulvérisés trois fois n’ont montré aucune efficacité. Capsanem semble montrer un léger intérêt contre les jeunes larves (L1, L2). L’ajout du mouillant KC21074, à base de Géraniol, non homologué actuellement, ou une 3e application de Capsanem augmente légèrement l’efficacité de Capsanem. « Toutefois, Capsanem pulvérisé tous les dix jours ne permet pas de maîtriser les larves lors d’une forte attaque » indique Benoît Voeltzel. L’essai sera reconduit en 2023 en commençant plus tôt et en traitant tous les cinq jours. De nouvelles pistes de PNPP seront également testées (caféine, tanaisie).

Ramassage manuel ou mécanique ?

Le ramassage manuel est efficace mais très chronophage, car il faut passer deux fois par jour dans chaque rang et les pontes sous les feuilles sont difficiles à voir. Plusieurs solutions de ramassage mécanique sont à l’étude, sous forme d’aspirateurs manuels ou derrière le tracteur, ou de balais rotatifs pour fouetter le feuillage. L’Acpel a testé le Landoryphore mis au point par L’Atelier Paysan. « Une partie des doryphores reste sur les plantes et une autre tombe par terre », rapporte Benoît Voeltzel.

 

Le seul insecticide utilisable en bio est aujourd’hui le spinosad, très efficace contre le doryphore, mais peu sélectif des auxiliaires et pollinisateurs.

La rotation des cultures a peu d’impact, car le doryphore peut voler sur plusieurs kilomètres. L’élimination des repousses, qui peuvent servir de nourriture aux premiers doryphores qui pourront alors s’envoler, a par contre de l’intérêt.

L’utilisation de plantes insectifuges ne donne pas de résultats pour l’instant. Le lin, testé par l’Acpel et des maraîchers n’a pas montré d’efficacité, pas plus que les préparations à base d’ail, huile essentielle d’orange douce ou association de plantes (rue, sauge officinale, menthe poivrée, saponaire).

Le piège fosse, qui consiste à recouvrir de plastique une tranchée creusée dans le sol, est assez efficace, mais difficile à mettre en œuvre, la bâche devant être très tendue pour que les doryphores ne puissent pas remonter.

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