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Carotte : favoriser la lutte biologique contre Pythium

Des moyens de lutte contre les Pythium de la carotte sont en cours à Invenio. Des pistes d’optimisation sont à travailler pour favoriser le développement de champignons antagonistes.

Les maladies telluriques de la carotte peuvent occasionner de fortes pertes au champ. Le Pythium est le principal responsable de dégâts sur les cultures de carotte. Les symptômes dus à ce champignon surviennent à différents moments du cycle de la carotte. Précocement avec des fontes de semis, plus tard sur jeunes plantules en occasionnant des carottes fourchues. Sur racines proches de la maturité, il provoque des taches marron, ce dernier symptôme étant le plus fréquemment observé dans la région Nouvelle-Aquitaine. Plusieurs espèces de Pythium peuvent cohabiter sur un même symptôme et certains parlent de "complexe parasitaire". Toutefois, des espèces majeures (les plus agressives et les plus fréquentes) sont identifiées : en Nouvelle-Aquitaine, il s’agit de Pythium sulcatum, tandis qu’en Normandie, où ce parasite sévit également, c’est l’espèce Pythium violae qui est surtout présente. Cette répartition des espèces de Pythium est probablement gouvernée par leur sensibilité respective aux conditions environnementales : par exemple, l’optimum thermique de Pythium sulcatum est de 25 °C tandis que celui de Pythium violae est de 15 °C. Les producteurs de carotte des bassins aquitain et normand, réunis au sein de l’Association nationale carottes de France ont indiqué que la lutte contre Pythium était l’une de leurs priorités (voir encadré). Ils financent un travail réalisé conjointement par les deux stations régionales, Invenio et Sileban, sur ce thème.

Permettre une efficacité optimale

A Invenio, un test d’efficacité de produits homologués ou proches de l’homologation (molécules de synthèse) et produits de biocontrôle (champignons antagonistes) destinés à lutter contre Pythium de la carotte est en cours. Il ressort notamment de ce test que des pistes d’optimisation sont à travailler pour que les champignons antagonistes puissent se développer et être actifs dans le sol. En effet, après leur application, ces produits nécessitent une irrigation rapidement. Or compte tenu de la taille des parcelles et de la vitesse d’avancement des pivots, il peut s’écouler parfois 12 heures entre le début et la fin de l’irrigation d’une parcelle. Certains herbicides et fongicides appliqués en culture peuvent également mettre en péril la survie de ces produits de biocontrôle. De plus, les conditions climatiques à certaines périodes sont incompatibles avec la survie ou l’activité de ces champignons. Les température du sol à 10 cm de profondeur ne doivent pas dépasser 30 ° C en été et ne pas descendre à moins de 5° C en hiver. C’est donc le mode d’apport, le positionnement des produits et l’itinéraire technique qui doivent être travaillés pour favoriser au maximum ces produits de biocontrôle et permettre une efficacité optimale.

Christine Beasse

Les Pythium ont aussi des points communs

« Les Pythium sont une histoire plurielle », assure François Villeneuve, spécialiste des maladies telluriques au Ctifl. Décrits dans les années 1970, ils présentent plusieurs espèces, certaines à croissance lente (Pythium Violae, P.sulcatum) d’autres à croissance rapide (P.intermédium, P.sylvaticum…). Plusieurs espèces sont inféodées à la carotte et provoquent différents symptômes à plusieurs stades de la culture (fonte des semis, réduction de croissance, racines fourchues, fendues, tache translucide brune en creux = cavity spot ou micro-tache parfois nombreuses et micro-fendillements donnant un aspect liégeux = tavelure). Toutefois quelques caractéristiques les réunissent. Il n’y a notamment pas de relation simple entre la population totale de Pythium présente dans le sol et la prédiction des dégâts de cavity spot. En revanche, on trouve une corrélation entre la quantité d’eau reçue par la culture (pluies + irrigation) et le niveau des dégâts. Ainsi les symptômes de cavity spot augmentent au-delà de 30-45 mm d’eau d’irrigation par semaine.

Une journée nationale sur les Pythiacées

Après le désherbage, l’AOP Carotte de France avait choisi la thématique « Pythiacées, Pythium et Phytoxphthora » pour sa journée nationale technique qui s’est déroulée début février à Lessay en Normandie. Il s’agit d’une « problématique plurielle » tant le nombre d’espèces est important, notamment sept Pythium et deux phytophthoras sont pathogènes de la carotte. De plus, leur présence et leurs dégâts varient d’une région à l’autre, d’une parcelle à l’autre, d’une année à l’autre, et même d’une tache à l’autre. L’intérêt du Méfenoxan (métalaxyl-M) a été mentionné sur P.violae, principale espèce de pythium affectant la carotte. Celui-ci permet d’impacter la maladie en réduisant les infections primaires puis sa progression. Toutefois, on note la présence dans les parcelles d’une ou plusieurs espèces de Pythium, peu ou pas sensibles à la substance active. Ainsi, P.cryptoirregulare présente une résistance au Méfenoxan, des souches de P.sulcatum peuvent être faiblement sensibles. Alors que P.irregulare, P.ultimum et P.violae restent sensibles au produit. Cette évolution met donc en avant l’importance de l’utilisation de tolérance ou résistance génétique. De fait, il s’agit là d’axes d’amélioration déjà pris en compte par les sélectionneurs comme en ont témoigné les obtenteurs Vilmorin- Mikado et Béjo. Une table ronde a permis de présenter les résultats de travaux d’expérimentation sur les moyens de luttes chimiques et biocontrôle actuellement testés au Sileban et Invenio. « Sur l’ensemble des solutions testées, Trichoderma atroviride et Bacillus amyloliquefaciens montrent une efficacité partielle, avec une réduction significative des dégâts montrant les opportunités de lutte biologique, mais qui, pour l’instant, sont très dépendantes des conditions d’application, encore mal maîtrisées », résume Emilie Casteil, AOPN Carottes de France.

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