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Encore des freins à l’utilisation de l’herbe dans les systèmes caprins du Grand Ouest

La complexe gestion de l’herbe et du pâturage des chèvres rebute les éleveurs qui craignent des fluctuations et du travail supplémentaire.

Dans le cadre du vaste programme Flèche sur l’herbe dans les systèmes caprins du Grand Ouest, une enquête d’Agrocampus Ouest nous éclaire sur les freins et les motivations à utiliser ou non de l’herbe dans les élevages de chèvres. L’analyse des 67 entretiens avec des conseillers et des éleveurs a montré des différences de dynamiques entre le Poitou-Charentes, les Pays de la Loire ou la Bretagne. « L’herbe n’apparaît jamais comme un challenge clairement énoncé », observe Anne-Lise Jacquot d’Agrocampus Ouest. Ce n’est pas non plus la même herbe partout. « Il y a des zones plus favorables aux systèmes pâturant, en Bretagne et au Nord du Pays de la Loire par rapport au Poitou-Charentes et au Sud des Pays de la Loire », rappelle l’enseignante-chercheuse en production animale.

Dynamique herbagère plus marquée en Bretagne qu’en Poitou-Charentes

En Poitou-Charentes, les cheptels sont plus grands avec davantage de livreurs. Les troupeaux sont souvent associés à un autre atelier et il y a une compétition pour la terre avec les céréales. L’ambiance fourragère est différente entre les deux zones. Le contexte pédo-climatique étant moins favorable à l’herbe au Sud de la zone d’étude, les conseillers sont plutôt frileux sur le pâturage et proposent d’autres alternatives à l’herbe pâturée, même s’ils sont plus coûteux. Au contraire, la météo bretonne favorise la pousse de l’herbe et des troupeaux plus petits sont plus faciles à conduire au pâturage. La demande en lait bio, plus marquée au nord de la zone, pousse aussi davantage au pâturage.

Crainte d’une augmentation de la charge de travail

Tous les éleveurs et conseillers enquêtés s’accordent pour reconnaître la complexité de l’utilisation de l’herbe. La dépendance à la météo, la sensibilité au parasitisme, la gestion des lots, la fluctuation de la qualité et la quantité, la crainte de la listériose… Faire du lait avec de l’herbe, ce n’est pas si simple ! Les laiteries aussi craignent une variation et une baisse de la production laitière. Elles peuvent aussi avoir peur du risque listeria et d’une augmentation des cellules dans le lait. À l’écoute des laiteries, les banques pourraient aussi être plus enclines à financer l’installation d’élevages avec des troupeaux de taille importante sans herbe pâturée.

D’après l’étude, les agriculteurs craignent, eux, les investissements économiques et les difficultés liés aux risques sanitaires (parasitisme, listeria…). Il faut aussi adapter constamment la ration alimentaire et accepter une fluctuation de la quantité et de la qualité du lait. « Comme les éleveurs sont déjà sous une très forte tension, ils craignent surtout une augmentation de la charge du travail », insiste Anne-Lise Jacquot. Pourtant, l’herbe pâturée offre une image positive de la filière, en lien avec les attentes sociétales. De par une meilleure autonomie alimentaire, les systèmes d’élevages pâturant sont aussi moins sensibles à la volatilité des prix des produits agricoles.

 

Les diaporamas et vidéos du colloque sont sur colloque.inrae.fr/psdr-fleche et sur redcap.terredeschevres.fr

Les Bretons aiment l’herbe sous toutes ses formes

« La Bretagne est peut-être le nouvel eldorado caprin », rebondissait Leïla Le Caro de la chambre d’agriculture de Bretagne, lors du webinaire de restitution finale du projet Flèche. Une enquête auprès de 17 éleveurs bretons montre ainsi que le pâturage y est perçu comme favorisant le bien-être autant des animaux que des éleveurs. Par contre, là aussi, la gestion du parasitisme et la complexité de la gestion du pâturage rebutent. Parmi les éleveurs pâturant, Leila Le Caro distingue les pâturant prudent, plutôt chez les livreurs de lait, des pâturant convaincus, plutôt chez les fromagers bios. L’affouragement en vert est lui perçu comme économique et apportant une bonne valeur nutritive mais c’est une astreinte de plus.

Dur de faire du foin avec la météo bretonne

L’enrubannage et l’ensilage permettent de faucher précocement. Si la valeur économique est bonne, il reste un risque listeria et la distribution peut être pénible. Le foin est plus facile à distribuer mais il reste difficile à produire avec la météo bretonne. La luzerne déshydratée est appréciée pour son apport fibreux et les valeurs protéiques mais elle reste coûteuse et pas toujours facile à distribuer à la main.

 

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