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Dépister les maladies dans le lait de chèvre

En testant le lait de tank des chèvres, on peut détecter des maladies présentes dans le troupeau caprin sans multiplier les coûteuses analyses. Si l’idée est séduisante, sa mise en place reste complexe.

Collecte d'échantillons de lait de chèvre par un chauffeur-laitier
Un simple échantillon de lait apporte potentiellement beaucoup d’informations sur l’état sanitaire du troupeau de chèvre.
© D. Hardy

« En filière caprine, nous avons en moyenne trois ou quatre grandes maladies contagieuses par élevage qui ont forcément un impact sur le troupeau, constate Nicolas Ehrhardt, vétérinaire et animateur de l’observatoire des maladies caprines (Omacap). Or les éleveurs ne connaissent généralement pas quelles maladies sont présentes dans leur élevage ni de quelles maladies ils doivent chercher à se prémunir. » Le coût des analyses, le manque de méthode ou la difficulté de mise en œuvre explique en grande partie ces lacunes.

Pourtant, connaître le statut sanitaire du troupeau est important pour mieux gérer les maladies dans les élevages infectés et pour limiter la diffusion des maladies entre élevages. Le dépistage des maladies en analysant directement le lait du tank présente certains avantages. Prélever un seul échantillon de lait dans le tank est ainsi plus facile à mettre en œuvre que multiplier les prises de sang. En plus, on est sûr que les résultats représentent l’ensemble des chèvres en lactation. Enfin, l’intérêt est surtout économique avec un seul échantillon à analyser.

Un statut sain à préserver en limitant l’introduction d’animaux

En revanche, si on a peu d’animaux positifs, la présence d’anticorps ou de pathogène risque d’être très diluée et de ne pas être détectée. Par ailleurs, les laboratoires vétérinaires départementaux proposent encore rarement ces tests en routines. D’ailleurs, il existe peu de kits d’analyses validés pour les caprins et la mise en œuvre et l’interprétation des résultats nécessitent un accompagnement.

En cas de résultat négatif, la première recommandation est de préserver le statut sain du troupeau et donc de limiter ou contrôler l’introduction d’animaux. « Dans tous les cas, on a besoin des vétérinaires pour accompagner les élevages parce qu’on ne peut pas se contenter d’envoyer les résultats aux éleveurs, explique Nicolas Ehrhardt. Il y a souvent besoin d’interpréter les résultats, d'approfondir les investigations et d'accompagner les éleveurs dans leurs luttes sanitaires. »

Résultats présentés lors de la journée de l’UMT Pilotage de la santé des ruminants et de l’Observatoire des maladies caprines

« Dans les Deux-Sèvres, on recherche les mycoplasmes dans le lait de tank »

Le GDS des Deux-Sèvres propose de détecter les mycoplasmes dans les laits de tank. À la clef, une prise en charge plus rapide des troupeaux infectés et des recommandations pour limiter la transmission de la maladie entre les élevages. Explications de Manon Delalande du GDS des Deux-Sèvres.

« Le dépistage des mycoplasmoses caprines a été mis en place sur le lait de tank dans le département des Deux-Sèvres car une étude de l’Omacap avait montré des problèmes cliniques dans près de 10 % des élevages. En 2018-2019, les demandes d’indemnisation ont coûté plus de 40 000 euros à notre caisse “coups durs”. L’impact économique peut être important dans les élevages avec des pertes de lait, des réformes, de la mortalité et des coûts de traitement importants. Nous avons mis en place le dépistage dans le lait de tank afin de limiter la diffusion de la maladie entre les élevages et de prévenir l’expression clinique dans les troupeaux infectés. Le dépistage est proposé à tous les adhérents volontaires du GDS [groupement de défense sanitaire]. Trois échantillons de lait de tank sont analysés par des tests PCR en mars, juin et octobre. Le regroupement des analyses permet de limiter le coût à environ 25 euros par échantillon avec une prise en charge à 100 % par le GDS et le Conseil départemental des Deux-Sèvres. Sur les 266 élevages dépistés six fois au cours des deux dernières années, 63 % ont une situation favorable mais 37 % ont eu des laits positifs. La restitution aux éleveurs passe par des fiches d’interprétation, et nous nous appuyons aussi beaucoup sur les vétérinaires pour aider les éleveurs à interpréter les résultats. En présence de résultats positifs, l’éleveur est encouragé à mieux surveiller les signes évocateurs de mycoplasmoses, et notamment à réaliser des analyses sur laits de mammites. Des recommandations sont également proposées pour limiter la transmission entre chèvres et aux chevreaux, voire la vaccination ou d’autres mesures médicales si le risque est jugé important. »

En Bretagne, le Caev est détecté dans le tank

Depuis le printemps 2022, Innoval et le GDS de Bretagne proposent d’analyser le lait de tank par sérologie pour détecter la présence de Caev. Cette méthode a été récemment développée par l’Omacap dans le cadre du programme Serocaptank. Les agents de pesée d’Innoval prélèvent un échantillon au printemps et à l’automne dans un flacon stérile avec un conservateur puis le placent au congélateur avant de l’envoyer au laboratoire Lilco de Surgères (Charente-Maritime). Sur les 78 élevages avec plus de deux sondages, environ un tiers était potentiellement indemne et la moitié était considérée comme infectée.

« Ces prélevements se font dans le cadre d’un sondage plus large et, depuis plusieurs années, nous cherchons d’autres maladies comme les mycoplasmes, la fière Q et la paratuberculose, explique François Guillaume, vétérinaire conseil à Innoval/GDS Bretagne. Nous éditons un bilan de santé pour chaque élevage et ce bilan peut être utilisé dans le cadre de la commercialisation des animaux. » Les éleveurs régulièrement négatifs au Caev sont, eux, incités à passer en certification officielle.

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