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Près de Bordeaux, la famille Lebourg cultive des asperges sur des buttes de 70 cm de haut en arc de cercle

Des buttes de 70 cm de hauteur, implantées à 3,63 m d’écartement, en arc de cercle autour d’un pivot d’arrosage, l’aspergeraie de la famille Lebourg est « hors-norme ». Producteurs indépendants, Philippe et Thibaut Lebourg souhaitent se positionner sur le créneau premium de l’asperge.

« Nous avons toujours aimé les cultures complexes et diversifiées », confie Philippe Lebourg, responsable du Groupe Lebourg. La famille Lebourg est installée à Cestas, au sud de Bordeaux, sur l’exploitation de 800 ha achetée en 2006 à l’ancien maître de stage de Philippe - un stage réalisé en 1978, alors qu’il était étudiant. Lors de l’acquisition, l’exploitation produisait du maïs, du maïs doux, du haricot et 110 ha de bulbes de fleurs, tulipes et lys, en contrat avec des sociétés hollandaises. Mais la délocalisation de la production vers la Nouvelle-Zélande et l’interdiction d’usage du métam-sodium ont mis à mal cette activité. De fait, Philippe et Thibaut Lebourg ont recherché une culture de remplacement.

 

 

« Nous sommes contents d’avoir pris l’option de l’asperge. La culture de l’asperge, ce sont des buttes et de l’irrigation », résument-ils. Sauf que dans le massif forestier des Landes, la couche d’alios, qui limite la profondeur et le drainage du sol, peut être très proche. Chez les Lebourg, elle est à 40 ou 50 cm de profondeur, ce qui complique les choses. Mais la famille Lebourg, qui « aime les cultures complexes », trouve des solutions et innove techniquement. En 2018, elle se lance dans un chantier « hors-norme » : faire des buttes de 70 cm en demi-cercle pour suivre la trajectoire du pivot d’arrosage qui apporte l’eau avec des pendillards. « Nous nous sommes lancés dans un travail de terrassement, avec des rangs à grand écartement de précisément 3,63 m, pour pouvoir rapporter un gros volume de terre sur la butte. Et au lieu de planter à 20 cm en dessous de la surface, nous avons planté à 20 cm au-dessus. Le tout en arc de cercle concentrique guidé au GPS », explique Philippe Lebourg. Selon le professionnel, ce dispositif de plantation, conçu par Christian Befve, consultant asperge, doit permettre d’augmenter le potentiel de récolte en rapport avec le volume de terre disponible pour la plante, d’améliorer le drainage, d’augmenter la surface de réchauffement de la butte pour gagner en précocité. « Les grosses buttes permettent une production plus régulière car elles atténuent les contrastes de température. Au printemps, les premières récoltes tardent plus à venir mais les volumes deviennent rapidement plus stables », mentionne-t-il. De plus, les buttes sont couvertes d’un double paillage : paillage thermique et bâche. Le premier est posé sur des arceaux mini-tunnel, et la bâche sur des arceaux juste au-dessus de la butte pour maintenir un matelas d’air et réduire les risques de brûlure des pointes.

Des économies sur les fournitures et la main-d’œuvre

La plantation s’est faite en double rang à 30 000 griffes/ha, soit 11 griffes au mètre linéaire disposées tous les 18 cm sur le même rang. « Nous avons majoritairement planté Darzilla, à 70 %, pour sa précocité et sa qualité de turion. C’est une asperge tendre avec peu de fibres », mentionne le producteur. La variété donne aussi l’option de produire des asperges blanches ou vertes, ce qui permet de s’adapter au marché. « Il faut juste le savoir au mois de décembre », précise-t-il. Le dernier tiers variétal se répartit entre Vitalim, Terralim, Cygnus et Prius, pour leur précocité ou leur qualité. Des apports importants de matière organique ont été réalisés avant plantation. La fertilisation est ensuite assurée par des apports localisés d’engrais. L’irrigation est « moins conventionnelle ». Les apports d’eau sont effectués grâce à un pivot d’irrigation équipé de pendillards. « Ce type d’équipement nécessite une adaptation des apports d’eau car nous sommes en arrosage total », précise Philippe Lebourg. Mais la plus grosse adaptation a été celle du matériel. « Avec des buttes de 70 cm de haut, nous avons dû modifier et rehausser l’ensemble du matériel, du tracteur aux machines d’assistance à la récolte », explique le professionnel. Moins perceptible mais aussi surprenant, le passage à un grand écartement a permis de réduire les coûts de mise en place de la culture mais aussi de récolte. En effet, passer de 2,50 m à 3,63 m réduit de 45 % la longueur de buttes par hectare, qui passe de 4 000 mètres linéaires (ml) à 2 875 ml. L’économie est directe sur l’achat des arceaux et des plastiques. Elle s’applique aussi au coût de récolte, avec un gain de 30 % : moins de chemin parcouru et plus de turion à récolter au mètre améliorent le rendement horaire des cueilleurs. Une fois récoltées, les asperges sont immergées dans des palox placés en bout de champ pour maintenir leur qualité.

Produire la Mara de l’asperge

Après deux années de plantation, 2017 et 2018, respectivement 15 ha et 20 ha, Philippe Lebourg est pleinement satisfait de ce « concept de production ». « Nous avons commercialisé 35 t en 2018 et 180 t en 2019, avec un rendement de 4,3 t/ha en première récolte. Notre objectif est de 250 tonnes en 2020 », prévoit-il. La reprise des plantations est prévue en 2020 avec de belles perspectives : le pivot permet d’irriguer 50 ha et la nouvelle station de conditionnement a été dimensionnée pour traiter 70 à 80 ha de production. En producteur indépendant, la famille Lebourg dispose de quatre marques pour identifier et différencier sa production : Lebourg, La Compostelle, les Trois Lagunes, et Parenthèse pour le haut de gamme. Car elle souhaite se différencier sur le marché par la qualité gustative et un niveau premium de ses asperges. « Il existe Mara des bois pour la fraise, ce créneau peut aussi exister en asperge », conclut-il.

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