Les races mixtes cultivent leurs aptitudes bouchères
La Normande, la Montbéliarde et la Simmental veulent redonner plus de poids au aptitudes bouchères. La Normande vient de les intégrer dans son nouvel ISU.
La Normande, la Montbéliarde et la Simmental veulent redonner plus de poids au aptitudes bouchères. La Normande vient de les intégrer dans son nouvel ISU.

Depuis peu, la Normande, la Montbéliarde et la Simmental disposent d’index d’aptitudes à la production de jeunes bovins (JB) et les deux premières d’index veaux de boucherie. Ces index économiques ont été établis à partir des données d’abattage Normabev (Association technique interprofessionnelle du bétail et des viandes). L’index de synthèse aptitude bouchères JB se compose de trois index élémentaires pondérés selon leur poids économique respectif : poids carcasse (24 %), conformation (70 %), âge à l’abattage (6 %). Pour les veaux de boucherie, s’y ajoute la couleur de la viande. Les données polygéniques (performances à l’abattage), qui ont servi à cette indexation, sont désormais intégrées à la chaîne d’indexation génomique pour la Normande et la Montbéliarde, qui disposent donc d’index génomiques sur ces caractères. « Contrairement à ce que l’on a toujours voulu nous faire croire, il n’y a pas d’antagonisme entre performances laitières et aptitudes bouchères, se réjouit Hervé Vignon, directeur de Simmental France. La sélection des index laitiers n’a pas d’influence sur la conformation des carcasses. Il y a même une corrélation positive entre lait et poids de carcasse. »
La Normande vient d’officialiser un nouvel ISU qui intègre les aptitudes bouchères à hauteur de 20 %, dont 7,5 % pour le format et la musculature des vaches et 12,5 % pour les index JB et veaux de boucherie. Des simulations, réalisées sur deux cas-types (mixte avec engraissement de bœufs, spécialisé lait), ont montré que le poids économique des caractères viande s’établissait respectivement à 30 % et 21 %. « Nous avons retenu le cas-type mixte, mais nous avons borné la viande à 20 % pour pouvoir redistribuer 6 points sur la matière grasse, la matière protéique et la mamelle », détaille Matthieu Chambrial, chef produit Normande à Origenplus. Un compromis entre sélection sur le lait et les aptitudes bouchères qui permet, selon l’organisme et les entreprises de sélection, de « temporiser le progrès uniquement sur la taille au profit des largeurs tout en gagnant en précocité bénéfique tant pour le lait que pour la viande ». Et qui vaut bien « de petits sacrifices sur la quantité de lait compte tenu de l’intérêt à améliorer la conformation des jeunes bovins et des veaux », ajoute Albéric Valais, directeur de l’OS. Pour identifier plus facilement les aptitudes bouchères, la race calcule un index de synthèse (SYBO) qui combine les index JB (39 %), veaux de boucherie (23,5 %) et format et musculature des vaches (37,5 %).
La Montbéliarde a mené plusieurs études préliminaires en vue d’indexer les aptitudes bouchères des vaches de réforme. « C’est un produit plus complexe à indexer que les jeunes bovins ou les veaux de boucherie parce que l’hétérogénéité dans la finition des animaux ne garantit pas une fiabilité suffisante, reconnaît Philippe Maître, directeur de Montbéliarde Association. Une étude, réalisée à partir des données Normabev, montre que des postes de morphologie, évaluée en première lactation par pointage, ont un impact favorable sur le poids et le classement des carcasses des vaches de réforme. Ainsi, une largeur supplémentaire aux trochanters d'un centimètre induit un supplément de poids carcasse de près de 4 kilos. Et, les index garrot et cuisse sont les meilleurs prédicteurs du classement des carcasses. Cette étude montre une différence de 53 kilos de poids carcasse et un écart de 3 classes de conformation entre les filles des deux taureaux les plus extrêmes, soit un différentiel de valorisation de 300 euros. « L’indexation du caractère vache de réforme semble incontournable », en conclut l’OS. De plus, veut croire Philippe Maître, « l’aptitude bouchère traduit une aptitude de la race à constituer des réserves musculaires qui peuvent être mobilisées en période critique et n’est pas étrangère aux excellents résultats de reproduction et à la longévité. »
La réflexion démarre pouf introduire une part d’aptitudes bouchères dans l’ISU de la Montbéliarde. « Nous sommes au début d’une démarche globale qui nous souhaiterions voir aboutir en 2019 », assure Philippe Maître. Avant d’intégrer les valeurs bouchères dans l’ISU, il faut déterminer le poids économique du coproduit viande dans la constitution du revenu des éleveurs et arbitrer au sein de la race la pondération des différents caractères dans l’index de synthèse.
La race Simmental en est au même stade que la Montbéliarde sur l’évolution de l’ISU. Une étude de cas-types est en cours pour établir le poids économique de chaque caractère en vue d’une refonte de l’ISU à l’horizon 2019. Les aptitudes bouchères seront bien évidemment prises en compte, à l’image de ce qu’ont fait depuis longtemps les sélectionneurs allemands et autrichiens, qui les ont intégrées à hauteur de 18 % dans l’index de synthèse.