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“Les meuniers souffrent encore de la volatilité”

Edouard Henry, membre de la direction de l’entreprise familiale Moulins Nicolas et président du Club des Jeunes meuniers.

La Dépêche - Le Petit Meunier : Quelles difficultés l’année 2011 a-t-elle posé en terme de gestion des achats de blé ?
Edouard Henry : L’année 2011 a été encore marquée par d’importantes fluctuations des cours du blé et une forte volatilité. En janvier, nous abordions la deuxième partie de la campagne 2010/2011 avec des cours à un niveau très élevé, deux fois plus cher qu’un an auparavant, en raison des mauvaises récoltes dans les pays de la mer Noire. De février à mi-mars, les mouvements dans les pays arabes et la crise libyenne, ainsi que l’accident nucléaire de Fukushima, deux évènements imprévisibles, ont provoqué une chute des cours de plus de plus de 20 %. Finalement, les prix sont remontés jusqu’en juin, en raison de la forte demande mondiale, dans un contexte d’incertitude sur les disponibilités en blé. Le niveau très élevé des exportations de blé français et la faiblesse des stocks de céréales nous ont fait craindre certaines difficultés pour la jonction entre les deux campagnes. Heureusement, la récolte 2011 s’est passée dans de bonnes conditions et nous avons pu assurer une transition en livraison de farine satisfaisante pour nos clients.
En dépit d’une récolte abondante qui a entraîné une baisse des cours du blé, ceux-ci se sont maintenus pour la première partie de la campagne 2011/2012 à un niveau élevé avec une volatilité toujours forte. Même si en 2011 la profession a été exposée à des écarts de cours moins importants qu’en 2010, les entreprises meunières continuent d’en souffrir.

LD-LPM : Avez-vous le sentiment que les meuniers parviennent désormais à mieux gérer la volatilité des marchés ?
E. H.  : Chaque meunier a probablement son avis sur la question et chaque entreprise appréhende au mieux l’évolution des marchés du blé que nous connaissons depuis trois ans. Pour ma part, en tant que chef d'entreprise, ma priorité est de tenter d'anticiper les mouvements des cours. Cela implique une nouvelle façon de gérer mes approvisionnements. Des outils de gestion tels que les marchés à terme existent. Si je les utilise de plus en plus, je m’appuie aussi sur les coopératives et les courtiers qui proposent des outils qui me permettent de gérer au mieux mes approvisionnements, c’est-à-dire mon entreprise.

LD-LPM : La crise économique a-t-elle des répercussions sur votre activité ?
E. H. : Je différencie deux types de conséquences en lien avec la crise économique. Aujourd’hui, il peut être difficile pour un chef d’entreprise d’envisager des investissements en raison des garanties demandées par les banques. Cela implique un frein au développement de nos activités et de celles de nos clients.
Par ailleurs, le climat général est morose en raison des perspectives économiques annoncées. Le pouvoir d’achat diminue et de fait la consommation est au ralenti. Nous ne pouvons pas exclure que nous ressentions un recul de la consommation notamment dans les achats quotidiens tels que le pain. Pourtant, paradoxalement, comme le montrent de nombreuses études, le pain est toujours l’aliment le plus consommé et auquel nous sommes le plus attachés.

LD-LPM : Comment se présente l’année 2012 ?
E. H. : A force de conviction et de persévérance, l’ANMF est parvenue à faire valoir le point de vue des meuniers pour obtenir plus de transparence et de règles dans le fonctionnement des marchés et notamment d’Euronext, ce qui est à saluer en ce début d’année. Aujourd’hui, nous espérons que ces mesures seront mises en œuvre dans les meilleurs délais. Cela nous donnera une meilleure visibilité.
Concernant le marché du blé, les cours sont en hausse depuis la mi-décembre, notamment en raison de la faiblesse de l'euro et des craintes sur les récoltes futures de maïs et de soja en Amérique du Sud. Les incertitudes liées au contexte macro-économique et financier rendent les prévisions difficiles à moyen terme.

LD-LPM : Quel est le rôle du Club des Jeunes meuniers dont vous êtes président ?
E. H. : Le Club des Jeunes meuniers réunit environ 60 membres, chefs d’entreprise ou dirigeants. Nous organisons des réunions et séminaires sur des thèmes liés à l’actualité et surtout sur les enjeux de la profession. Son président est coopté au conseil d’administration de l’ANMF. Ceci permet d’associer les jeunes entrepreneurs à la vie de leur organisation professionnelle et ainsi de les faire participer à la défense des intérêts de la profession. Il est fondamental que les membres du Club, souvent trop pris, particulièrement en début de carrière, par la gestion de leur entreprise, puissent partager et échanger avec leurs pairs. En tant que président de ce Club, cette mission est pour moi essentielle.

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