Prix du matériel agricole : pas de baisse à l'horizon
Les difficultés de trésorerie rencontrées par les agriculteurs limitent leurs investissements. Cela va-t-il se traduire par une baisse des prix du matériel agricole ? Rien n’est moins sûr, à en croire les acteurs du secteur.
Les difficultés de trésorerie rencontrées par les agriculteurs limitent leurs investissements. Cela va-t-il se traduire par une baisse des prix du matériel agricole ? Rien n’est moins sûr, à en croire les acteurs du secteur.

Après l’euphorie des années 2022 et 2023, changement d’ambiance depuis 2024 sur le marché de l’agroéquipement : fin 2024, Axema, syndicat français des industriels de l’agroéquipement, estimait une baisse de prise de commande de 28 % par rapport à la même date en 2022.
Il y a deux ans, les résultats records avaient permis aux agriculteurs d’acheter du matériel malgré la flambée des prix, parfois pour faire face à un besoin de renouvellement, mais aussi par stratégie vis-à-vis de la fiscalité. Le retour de bâton se fait aujourd’hui sentir.
Une stagnation des prix du matériel à un niveau historiquement élevé
Les niveaux de rendement et de production figurent parmi les pires de ces trente dernières années et mettent de nombreux agriculteurs en difficulté. Les résultats des exploitations agricoles sont en nette baisse en 2024, voire en chute vertigineuse pour les grandes cultures, mais les annuités restent à payer. Difficile aujourd’hui pour bon nombre d’agriculteurs d’envisager sereinement de nouveaux investissements dans du matériel neuf, d’autant que les prix du matériel restent très élevés. Peut-on s’attendre à un changement de tendance ? Maigre motif de réjouissance pour les agriculteurs, depuis quelques mois, les prix ont enfin stoppé leur folle ascension.
Depuis 2020, d’après les chiffres d’Axema basés sur l’indice Ipampa de l’Insee (1), l’augmentation des prix se chiffre à 30 % en moyenne pour l’ensemble du matériel agricole. Sur une période plus longue, depuis 2010, la hausse des prix est de 60 %. Jusqu’à la crise du Covid-19 en 2020, les augmentations annuelles se faisaient au rythme de 2 ou 3 % par an, sous l’effet notamment des bonds technologiques et des changements réglementaires comme les évolutions sur les normes moteur.
Hausse des tarifs et hausse du prix de revient corrélées d’après Axema
L’augmentation du prix des matières premières et de l’énergie liée à la période post-Covid et à la guerre en Ukraine explique en partie l’envolée des prix depuis quatre ans. Mais est-ce suffisant pour justifier le maintien de prix du matériel aussi élevés ? Depuis quelques mois, les prix de l’acier et de l’énergie ont en effet baissé. « Les matières premières ont augmenté très fortement en 2020, 2021 et 2022. Malgré les baisses survenues ensuite, on reste 30 % au-dessus des prix d’avant 2020 », justifie Laurent de Buyer, directeur d’Axema. Concernant l’énergie, la baisse commence à s’amorcer, mais « les industriels ont des contrats pluriannuels sur trois ou cinq ans, donc certains supportent encore les fortes hausses des dernières années », assure le responsable. Il met aussi en avant d’autres hausses qui impactent le coût de production des constructeurs, comme les augmentations de salaires et de l’ensemble des fournitures liées à l’inflation générale. Pour lui, « les tarifs et les prix de revient des constructeurs ont augmenté dans les mêmes proportions, de l’ordre de 30 à 35 % selon les machines ».
Une amélioration de la productivité grâce à la mécanisation
Le syndicat des agroéquipements appelle aussi à prendre en compte dans la réflexion l’amélioration de la productivité liée à la mécanisation. « En 1960, un équivalent temps plein (ETP) gérait 8 hectares, en 1988, c’était 26 hectares, en 2020, 40 ha », détaille David Targy, de la direction des affaires économiques d’Axema. « Le prix de la machine ne s’apprécie pas qu’au travers de son prix intrinsèque, mais aussi par sa rentabilité, ajoute Laurent de Buyer. Il faut aussi bien sûr qu’on continue d’avoir des agriculteurs qui gagnent de l’argent, sous peine de scier la branche sur laquelle on est assis. »
Pas de baisse de prix en dehors d’opérations commerciales
Malgré la baisse des prises de commandes en 2024, cela n’a pour l’instant eu que peu d’effet sur les prix du matériel. « Mis à part des opérations commerciales spécifiques et ponctuelles pour déstocker, menées par des constructeurs en lien avec leurs distributeurs, il n’y a pas de raison d’avoir des baisses structurelles des tarifs », signale Laurent de Buyer. Les concessionnaires semblent sur la même longueur d’onde.
« Dans ce contexte, les agriculteurs temporisent leurs achats dans l’attente des résultats de la campagne en cours », constate Nicolas Primault, concessionnaire basé dans la Marne et rayonnant sur huit départements. Sur le deuxième semestre 2024, l’enquête de conjoncture économique réalisée auprès des adhérents du Sedima, le syndicat des distributeurs de matériels agricoles, faisait état de commandes de matériels neufs comme d’occasion, majoritairement en baisse ou en forte baisse. Désormais, tous les regards se portent vers la prochaine campagne qui déterminera la capacité des agriculteurs à investir.